27ème dimanche du temps ordinaire

Marc, 10, 2-16: 27ème dimanche du temps ordinaire

Introduction

Ce dimanche s’ouvre à Rome le synode sur « la vocation et la mission de la famille dans l’Eglise et dans le monde contemporain ». C’est aussi la fête de saint François, fête du Pape et de tous ceux qui portent le nom du poverello d’Assise.
Nous ne sommes pas venus dans cette chapelle pour entrer dans les enjeux et les débats du synode, mais pour regarder nos vies personnelles, prier et soutenir ceux et celles qui souffrent de la situation présente.  C’est un temps pour défaire les nœuds concernant les divorcés remariés et la morale sexuelle. C’est le temps de sortir des catégories du défendu et du permis. C’est le temps de trouver un autre langage, d’associer les peuple de Dieu aux réflexions des évêques.
Au début de cette célébration, prions pour mieux rejoindre nos familles dans le concret de leur existence. N’oublions pas non plus les émigrés dont les familles sont divisées d’une autre manière, des familles pauvres dans la rue, des violences qui se multiplient dans certaines régions du globe.
Qu’une miséricorde évangélique nous habite et nous transforme en nous tournant vers Celui qui est doux et humble de cœur.

Homélie (Marc, 10, 2-16)

Qui veut mettre Jésus à l’épreuve doit savoir qu’il ne s’écartera pas de la mission que lui est confiée son Père. Interpellé par des pharisiens, Jésus renvoie ces contradicteurs au deuxième récit de la Genèse. Dans le premier, Dieu crée Adam. Adam, c’est en hébreu le terrien, l’humain, mâle et femelle à la fois. L’humain est là, seul dans le paradis, et Dieu trouve qu’il n’est pas bon que l’humain soit seul. Mais dans toute la création, vous l’avez entendu, ce dernier ne trouve aucune aide qui lui corresponde.
Aussi, dans le deuxième récit, repris par Jésus, Dieu fait tomber une torpeur sur l’humain. Le mot grec est exstasis, Extase ou torpeur, il dort. L’Adam, l’humain, cherche l’autre, l’être qui parle. L’autre qu’il désire n’est pas là. Il ne le trouve pas dans les autres créatures animales. Il cherche au plus profond de son être, dans son âme, à la naissance même de son désir, en son profond sommeil. Ce chemin vers ce qu’il désire et qui n’est pas encore, écrit Marie Balmarie, c’est cette torpeur, cette extase.
Dieu prend une côte d’Adam et sous elle referme la chair. Il façonne une femme (Gen. 2.22) et l’amène à Adam qui s’écrie : « Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle–ci sera appelée femme, car elle fut tirée de l’homme, celle-ci ». Trois mots-clés en hébreux pour comprendre ce récit : Adam, qui vient d’Adamah, la terre, la poussière : c’est l’humain ; Isha, la femme ; Ish l’homme.
Dans la Bible, c’est le mot femme, isha, qui surgit le premier. Elle est créée à partir de l’humain qui désire l’autre dans son sommeil le plus profond. Ce n’est pas du mental de l’homme que la femme est tirée, mais de son côté. Lieu du cœur, lieu du manque quand on aime, ce vide dans la poitrine. C’est alors que l’homme parle : « cette fois-ci, celle-ci est l’os de mes os ; la chair de ma chair ». Elle est tirée de sa propre substance. Elle est née d’un désir plus profond que celui de la sexualité.
Elle n’est pas son double, sa propriété, mais l’Autre : possibilité d’être soi, possibilité d’accueillir l’autre. Deux en une seule chair ; le respect dans la différence. Dans cette maturation de l’homme et de la femme, cette création au sein de l’Eden, du Paradis, il y a un interdit (celui de se mettre au centre du cercle). En fait, il s’agit moins d’un interdit que la source du bonheur pour que chacun croisse dans le dialogue, la communion, ce désir. C’est le grand voyage de la vie vers soi, vers l’autre, vers le bonheur.
Confronté au légalisme des pharisiens, Jésus énonce le commandement de Dieu selon lequel l’homme ne doit pas défaire ce que Dieu a uni. Comparée à l’histoire des religions, la monogamie se présente comme une spécificité christique. C’est un marqueur identitaire des premiers chrétiens et les trois évangiles en parlent : deux fois chez Marc et Matthieu, une fois chez St Luc. En outre, St Paul compare le mariage à une alliance entre Dieu et son Eglise. L’orientation de Jésus est claire : le mariage, fondé sur une volonté créatrice de Dieu devient chez Jésus « pour le meilleur et le pire » un chemin de conversion, un guide conduisant au royaume de la liberté, profondément enraciné dans la Genèse.
Jésus ravive le sérieux, la gravitas du lien conjugal qui tend de nos jours à être si fortement contesté par nos mœurs. Jésus souligne qu’il en va de l’humanité créée à l’image de Dieu.
​Baptisés dans la mort et la résurrection du Christ, nous sommes appelés à notre tour, à grandir dans la vocation qui est la nôtre. Le mariage reçu comme une vocation est un lieu de transformation, de sainteté quotidienne fondé sur le baptême. Et tout au long de l’histoire, l’Eglise catholique a défendu le principe de l’indissolubilité souvent démentie par la pratique des mœurs.
​Jésus ne se situe  pas sur un plan légaliste. Il parle autrement : dans une visée de l’humain selon le projet de Dieu, dans une nouvelle perspective anthropologique. Or précisément, nous vivons de nos jours un ébranlement anthropologique, un processus qui bouleverse les institutions et les personnes.
Le mystère pascal, de mort et de résurrection ne devrait pas apparaître comme un échec dans le monde contemporain là où des couples chrétiens font l’expérience de la déchirure et trouvent dans une nouvelle union cet amour indéfectible et authentique. L’être humain  dans sa liberté captive, résiste à un engagement pour toute une vie qui ne cesse de s’allonger et souvent oppose à la fidélité pour la vie, l’idéal de fidélités successives.
Des voix se multiplient dans l’Eglise catholique en faveur de cette reconnaissance. Deux clés évangéliques nous sont offertes : le baptême lié à la mort et à la résurrection du Christ mais aussi, le pardon, la justice et la compassion.
Le Pape François invite l’Eglise à revisiter, à redécouvrir la réalité insondable de la miséricorde. C’est le chemin d’une fidélité vraie à l’Evangile. Que l’Eglise montre le chemin d’une imagination évangélique. Laissons Dieu être Dieu et reconnaissons nos pauvres limites humaines face à l’amour de Jésus Christ qui est venu allumer un feu sur terre et comme il voudrait qu’il brûle.
Ce feu, alimenté par l’écoute docile de l’Esprit Saint conduit chacun et chacune d’entre nous à ce mystère de mort et de résurrection pour aboutir à la charité, l’agapè, l’amour qui surpasse tout. Dès notre baptême jusqu’à notre mort, nous sommes sur ce chemin d’amour qu’il faut toujours découvrir et chaque eucharistie est notre nourriture pour suivre Celui qui nous montre le chemin par sa parole et ses actes et qui offre à son Père notre amour et nos limites personnelles.

P. Martin

illustration: La création dEve, MichelAnge 1509-10. Fresque, 170 x260 cm. Vatican, Chapelle Sixtine

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