Dimanche 29 Novembre 1er dimanche de l'Avent, année c

Dimanche 29 Novembre 1er dimanche de l’Avent, année c

En ce dimanche, l’Eglise entre dans une nouvelle année liturgique. Elle nous invite à méditer les étapes de la vie de Jésus-Christ en commençant par l’Avent, Adventus en latin, c’est-à-dire ce qui est devant nous, l’Avènement du Maître de l’histoire, le Retour à la fin des temps de Celui qui vient chaque jour à la rencontre de notre histoire personnelle, de celle de toute l’humanité.
La semaine que nous venons de vivre fut dense, emplie d’émotions, d’angoisse et d’inquiétude, de souvenirs douloureux des évènements vécus en France et ailleurs : elle fut aussi source d’amour, de vie, de solidarité, si bien exprimée vendredi, aux Invalides, à Paris. Le temps de l’Avent, ce temps du long désir, est habité par l’attente du retour de Jésus-Christ, déjà présent dans l’épaisseur de notre vie quotidienne. Comment ne pas aller à la rencontre de Celui qui vient vers nous,  donne sens à nos joies et nos peines, nous fait don de sa parole et de sa vie, nous offre sa mort et sa résurrection.
L’Avent n’est donc pas l’attente de Noël déjà célébré dans l’humanité depuis 2000 ans, c’est prendre à bras le corps  notre existence en situant la réalité de chaque jour à la lumière de l’avenir, Jésus-Christ, Seigneur de gloire, qui rassemblera toute chose au temps voulu par son Père. C’est marcher dans la vie avec un œil sur la route et l’autre fixé sur l’horizon afin de mieux orienter notre marche.
Les textes de ce jour brisent nos souffrances, brisent même le ciel et la terre, révèlent la figure mystérieuse du Fils de l’Homme qui apparaîtra à la fin des temps, essuiera toutes larmes de nos yeux et nous fera entrer dans une joie et une allégresse sans fin.
Au début de cette célébration, humblement, ouvrons-nous à cette Attente de la grandeur d’un Dieu doux et miséricordieux, reconnaissons notre fragilité et nos manques d’espérance.

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Mes sœurs, mes frères, le temps de l’Avent se présente dans le déchirement de notre planète et le désir de toutes les nations. Nous attendons une Présence d’amour qui vient à notre rencontre, car il n’est pas d’attente sans amour et notre vie s’oriente vers l’espérance d’une nouvelle naissance. Le déchirement du monde, la vision du Fils de l’Homme dans sa gloire et ce qui est attendu de nous sont les trois pôles qui rythment les lectures de ce jour. Comme l’écrit un mystique : « Tu as vu l’éclair, garde ton secret. L’éclair a déchiré les nuages et t’a ouvert les abîmes. L’éclair avait déchiré le ciel que tu avais découvert en ton âme ».

L’évangile de Luc s’appuie sur l’évènement du moment : la destruction du Temple de Jérusalem annoncée par Jésus à ses disciples. Jésus élargit cette vision du Temple détruit par celle de bouleversements cosmiques annonçant son retour et son avènement : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Les nations seront affolées et désemparées. Alors on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée avec puissance et grande gloire ». S’en suit pour les disciples, un appel à la confiance, à la constance dans l’espérance, à la prière. Sommes-nous de nos jours dans cet état d’esprit ?  Je le pense.

Pourquoi ? Parce qu’une claire intuition habite chacun de nous : les choses ne pourront pas continuer comme cela. Jean-Claude Guillebaud écrit : « Trop de logiques nous semblent devenues folles. Celles qui gouvernent l’économie, la technologie, la biologie, la finance mondiale, le respect de notre planète etc…Trop de courses effrénées dans le brouillard du progrès. Trop de hâte, trop de courte vue, trop d’étourderie collective, trop d’injustices nouvelles ». Ce que le pape François a proclamé hier dans les bidonvilles d’Ouganda va dans le même sens. Effectivement, la vie des sociétés humaines ne pourra se poursuivre devant tant d’inégalités, de manque de responsabilités, d’absence de comportement humain. Un manque profond d’humanité s’est creusé dans notre univers actuel. Point n’est besoin d’allonger la liste.

Déjà au VIIe siècle avant notre ère, sous la menace de la déportation du peuple juif à Babylone, le Prophète Jérémie avait eu ses paroles réconfortantes : « Voici venir des jours – oracle du Seigneur- où j’accomplirai la parole de bonheur. Je ferai germer un Germe de Justice. Dans le pays, il exercera le droit et la justice et on habitera en sécurité. A l’annonciation, l’ange avait dit à Marie : « Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus qui signifie « Dieu sauve ». Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut…et son Règne n’aura pas de fin » Lc 1. 32

Quand, dans l’évangile de ce jour, Jésus parle à deux reprises de la venue du Fils de l’Homme  venant sur la nuée avec puissance et grande gloire, il annonce son propre avènement à la fin des temps, dans un règne de paix et de justice. Juifs croyants et chrétiens, ensemble, nous sommes habités par cette attente ardente du retour du Fils de l’Homme, le Messie pour eux ; le Christ pour nous. Il est le Seigneur de gloire et de puissance pour les juifs ; depuis le Venue de Jésus, il est en outre, pour nous, le roi doux et humble de cœur, héritier du Serviteur de Dieu, il a porté nos souffrances et Dieu l’a exalté. Vous connaissez cette anecdote d’Elie Wiesel où un chrétien et un Rabbin vont questionner Dieu à la fin des temps en posant la question : le Messie, est-il déjà venu ou non ? Et le Rabbin de glisser à l’oreille de Dieu : « surtout ne réponds-pas à cette question ».

Chrétiens, nous savons que le Christ est venu habiter parmi nous et qu’il reviendra dans la gloire.  En ce temps du long désir de cette Rencontre, une nouvelle naissance nous est demandée. Laquelle ? A vrai dire, nous ne le savons pas trop devant l’inconnu de nos vies et l’inconnu de l’évolution du monde. Parfois, nous attendons sans savoir ce qu’il va en être : c’est l’enjeu de nos vies dans la maladie, dans des épreuves ; ce l’est aussi devant un grand amour. Thérèse de Lisieux a vécu des moments dans la foi pure, confiante en son Seigneur qui l’avait dépouillée de tout signe sensible. C’est l’épreuve des grands mystiques, Saint Jean de la Croix et d’autres. C’est aussi l’épreuve de tout chrétien. Vivre à chaque instant dans une confiance donnée sans réticence, dans l’espérance, et même dans l’action de grâce pour cette présence qui nous accompagne.

Les signes avant-coureurs du retour de Jésus, nous les connaissons. Ce sont ceux d’hier, de demain, d’aujourd’hui. Ils nous sont familiers par d’autres paroles de Jésus, proclamés dans les Béatitudes : larmes, persécutions, insultes, mises à mort. Lui-même a été le premier à les subir dans sa vie comme dans sa mort. Il disait à ses disciples : « c’est à travers beaucoup d’épreuves qu’il nous fait entrer dans le Royaume des cieux ».

Cette fresque immense de peuples marchant sur les routes de la vie, en attente d’un permis de séjour, porte sur son visage les traits du Fils de l’Homme qui reviendra sur les nuées. Je termine par ces quelques mots de Gertrud von Lefort concernant l’avènement du Fils de l’Homme :

Quand un jour arrivera la grande fin de tous les mystères, quand Celui qui est caché apparaîtra parmi les éclairs dans les effrayantes tempêtes de l’amour déchaîné,
Quand les globes  du firmament éclateront en flammes et que de leurs cendres se lèvera brusquement la lumière libérée,
Quand les âmes les plus solitaires viendront à la lumière et que seront lavées toutes fautes et jusqu’à celles  que nous ignorions ;
Alors le Seigneur relèvera ma tête, et devant son regard mes voiles seront happés par le feu et je resterai là comme un miroir dépouillant à la face des mondes. Dieu reconnaîtra en moi son amour. Alors le monde disparaîtra. Et le voile s’appellera grâce et la grâce s’appellera infini et l’Infini s’appellera Béatitude.

frère Martin.

illustration: La nuit étoilée, Vincent van Gogh, 1889

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