La fin d'un monde

La fin d’un monde

33è Dimanche ordinaire (Mc 13, 24-32)

Chaque année, à cette époque, nous lisons les dernières prédications de Jésus à Jérusalem où il annonce sa venue ultime dans un fracas de fin du monde. Ce sont des textes que nous ne lisons pas spontanément dans nos aimables partages d’évangile. On est bien loin des douces images campagnardes des paraboles galiléennes. Jésus parle maintenant de catastrophe cosmique et de terrible détresse, les mêmes images et les mêmes mots que le prophète Daniel. Tous les prophètes, dans des contextes différents, ont annoncé ce grand jour du Seigneur, jour de colère, dies irae, jour de détresse et de tribulation, jour du grand jugement et jour du salut définitif. Le Moyen-Âge chrétien a frémi de ces terribles messages au moment de la peste noire. Et ces images ont ressurgi lors des grandes persécutions nazies: Nacht und Nebel, nuit et brouillard.

Nous retrouverons ces textes au premier dimanche de l’Avent. Il vaut alors la peine de chercher ce qu’ils peuvent nous dire aujourd’hui.

Nous pouvons déjà penser aux peuples qui vivent la fin de leur monde dans une terrible détresse, qui cherchent leur salut dans des fuites à grands périls et qui n’ont d’autre espoir que notre accueil.

Mais nous pouvons aussi recevoir les paroles de Jésus dans le temps où nous sommes. Car nous sentons tous plus ou moins confusément que nous sommes à la fin d’un monde. Nous parvenons aux limites de notre système mondial, de notre fonctionnement économique et des ressources de notre planète; La très grave crise qui secoue l’Islam se répercute dans le monde entier, et tous ces paramètres interfèrent entre eux. Des signaux et des appels urgents nous sont adressés de tous côtés, à commencer par ceux du pape François. Nous ne vivons plus dans l’espoir d’un progrès continuel et d’une croissance sans fin, comme il y a quelques décades. Il nous faut plutôt envisager maintenant des formes de décroissance. Nous sommes inquiets pour l’avenir de nos enfants. La peur étouffe l’espérance. Or nous savons que la peur n’est pas bonne conseillère, et nous constatons déjà partout en Europe les replis, les fermetures, les égoïsmes que la peur engendre.

Un ouvrage récent de deux jeunes chercheurs s’intitule: « Comment tout peut s’effondrer ». Ils se consacrent à une nouvelle discipline, la collapsologie, qui analyse les interactions de tous les paramètres d’un effondrement. Un collapse, ou un collapsus, est un effondrement. Nous avions, nous, l’eschatologie pour désigner cette partie de la théologie qui s’occupe de ce que nous appelions les fins dernières, de l’attente du retour du Christ et du jugement dernier. Nous voilà maintenant avec la collapsologie, l’étude des effondrements. Ces chercheurs veulent prévoir ce qui risque fort de se produire pour envisager la suite.

Jésus n’était pas si loin de ces propos quand il disait: « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous. » Nous savons aujourd’hui que si nous ne changeons pas notre manière de vivre, et donc le système global dans lequel nous vivons, nous allons dans le mur. Or nous ne changeons pas nos habitudes de consommation, nos modes de transports, nos consommations d’énergie. Curieusement nous autres, les plus anciens, y sommes le moins enclins alors que nous avons connu une enfance et une jeunesse bien plus austères. Les plus jeunes se préoccupent davantage de changer leur mode de vie parce qu’ils pensent à l’avenir des enfants qu’ils mettent au monde.

Or l’évangile de ce jour nous offre une belle image bien différente des catastrophes cosmiques annoncées. Jésus nous invite à regarder le figuier: « Dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. » Nous n’avons pas de figuiers dans nos contrées, mais où sont les tendres feuilles printanières qui annoncent l’été sinon dans nos rencontres entre générations pour changer le monde et le sauver. Nous avons la chance et la grâce de pouvoir croiser nos désirs profonds de vie et notre foi dans le Royaume du Christ qui vient toujours, qui est à nos portes, à nos parvis., dans les grands enjeux du monde.

Quand Jésus parle des fracas de la fin, c’est pour annoncer sa venue. Nous le disons bien dans le Credo: « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts ». Et au cœur de l’eucharistie: « Nous attendons ta venue dans la gloire. » Comme ce retour du Christ est lié à la fin du monde, nous pensons par devers nous que ce n’est pas demain la veille, que le soleil a encore du combustible pour quelques millions ou milliards d’années. Et si nous réalisions que toute fin, la fin de notre vie personnelle, mais aussi toutes les fins des systèmes de civilisations, tous les effondrements, peuvent être aussi des venues du Christ et des bourgeonnements du Royaume. C’est ainsi que j’incline à comprendre: « Cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive ». Toutes nos générations sont confrontées à une crise profonde qui peut provoquer des effondrements. Mais nous croyons que le Christ vient en ce temps et dans ce monde. Il est venu au cœur de l’humanité et de l’Histoire et il est à son terme pour l’attirer vers lui.

Mais comme je ne trouve pas de meilleur moyen de préparer ma mort qu’en vivant le présent qui m’est offert, je ne vois pas d’autre sens à l’attente de sa venue que la vigilance attentive à ce qui nous advient aujourd’hui, et donc l’engagement dans ce qui est à notre portée là où nous sommes.

Nous avons en commun la conviction que c’est en laissant l’évangile résonner dans nos vies que nous en sommes les témoins et que le Christ vient parmi nous. « Lorsque vous verrez arriver tout cela, nous dit Jésus, tout ce qui arrive aujourd’hui et qui est si lourd de menaces, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. »

Frère Bernard

illustration: Le Breton – Figuier gigantesque à Nouka Hiva – 1836

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