La force d’une espérance

La force d’une espérance.

Troisième dimanche de l’Avent, année C

En écoutant ou en lisant les lectures de Sophonie et de Saint Paul pour ce troisième dimanche d’Avent, nous pourrions nous demander si elles sont audibles dans la situation actuelle du monde et le trouble qu’elle provoque en nous.

Tout le Moyen-Orient est à feu et à sang, les pays musulmans sont menacés par les métastases de l’islamisme, et Sophonie nous appelle à crier de joie, à tressaillir d’allégresse, et il nous annonce que Dieu veut danser au milieu de nous. Nos démocraties occidentales sont gravement malades, et Paul nous demande de ne pas nous inquiéter mais de vivre dans la sérénité.

Mais si nous regardons ces textes de plus près, ils nous parlent autrement. D’où viennent-ils? Dans quels contextes ont-ils été écrits? Le livre du prophète Sophonie tient en quatre pages. Il date d’une époque de bouleversements et de ruines de tout le Moyen-Orient (déjà!) qui aboutit à la ruine de Jérusalem et à la déportation. Et c’est à Sophonie que nous devons l’expression « jour de colère », dies irae, suivie de « jour de détresse et d’angoisse, jour de désastre et de désolation, jour de ténèbres et d’obscurité ». Il fallait alors au prophète une singulière espérance pour annoncer l’incroyable allégresse qui termine sa prophétie et dire que Dieu brûlait d’envie de venir danser au milieu de son peuple.

Quant à Paul, il chérissait les Philippiens et trouvait dans leur ferveur un soutien, mais quand il leur demandait de se réjouir constamment et de n’être inquiets de rien, il était lui-même prisonnier, et il parle aussi de ses combats et de ses angoisses. L’invitation à la joie et à la sérénité ne relève donc pas de la méthode Coué.

Le message de ces textes est alors celui de la force de l’espérance. Sophonie croit que Dieu veut le bonheur de son peuple envers et contre tout. Paul est tout entier tendu vers le Christ parce qu’il a été saisi par lui. À nous alors d’aller chercher notre joie dans notre espérance et de dire encore au monde, en ces jours qui nous acheminent vers Noël, que Dieu l’aime irrésistiblement et que cet amour nous donne d’espérer toujours un salut pour l’humanité.

« Le peuple était en attente » dit Luc. Nous pourrions bien dire aujourd’hui que nos peuples n’attendent plus rien, qu’ils sont abattus par une lourde déception, la perte des grands rêves qui ne sont plus que des illusions. Et nous en voulons à nos dirigeants politiques qui ne comprennent pas cette amertume et qui ne discernent pas toute la soif de vérité et de justice que menace le désespoir.

Vous aurez remarqué que dans cette page d’évangile les foules demandent à Jean: « Que devons-nous faire? » Voilà une belle question à renvoyer à ceux qui ne savent plus que se désoler: arrêtez de gémir sur le temps qui est le nôtre, cessez d’incriminer toujours les autres, demandez-vous: que devons-nous faire, nous?

Or Jean ne demande pas de faire la révolution. Il leur dit simplement de partager ce qu’ils ont, à ceux qui collectent les impôts de ne pas pressurer les gens, et aux soldats de ne faire ni violence ni tort, ce qui est tout de même un comble. Il s’agit de quoi? Simplement de bonne volonté et de générosité. Or nous avons là de belles raisons d’espérer et de nous réjouir si nous savons regarder toute la bonté, toute la générosité autour de nous. Car le plus souvent tous ces gens qui se lamentent et sont désabusés sont en même temps pleins de bonté et croient toujours en la beauté de la vie. Ils savent se soutenir dans les épreuves. Ils résistent aux pires menaces en préparant quand même la fête. Et là, il y a bien de quoi se réjouir. Quand les gens se mobilisent pour accueillir les réfugiés, quand ils bravent les fous en s’installant aux terrasses des cafés, quand ils ont du bonheur à réjouir leurs enfants, alors, oui, Dieu danse au milieu de son peuple.

Il ne s’agit pourtant pas seulement pour nous d’une confiance en la noblesse du cœur des hommes, ce qui est certes déjà beaucoup. À la source de cette confiance, il y a pour nous l’assurance que le Père tient le monde dans ses mains, qu’il le berce de sa miséricorde alors même qu’il est meurtri par tout le mal dont nous souffrons et le mal que nous faisons. C’est dans cette assurance que Paul peut nous inviter à une profonde sérénité qui nous permet de mêler comme des enfants nos prières et nos supplications à nos actions de grâce.

Nous tenons bon aussi dans toutes nos épreuves parce que nous croyons que le Christ est là, qu’il vient toujours, et que nous allons fêter à Noël non seulement sa naissance de petit d’homme mais sa venue constante parmi nous. Il est pour nous toujours celui qui vient. C’est notre foi de l’Avent.

Et il vient, dit Jean, nous baptiser dans l’Esprit et le feu. Le feu est justement l’un des noms que nous donnons à l’Esprit Saint. L’Esprit embrase. Nous voici donc conviés, en ces jours d’Avent, à nous laisser embraser par le feu de l’Esprit. S’agit-il là de belles paroles et de belles images pour nous réconforter aux temps difficiles et aux jours d’épreuve? Il faut plus que des belles paroles pour rendre l’espérance à nos peuples. Mais il faut bien encore et encore le feu d’un amour qui brûle les cœurs. Alors, comme nous répétons sans cesse au Christ en ces jours: viens! répétons aussi notre appel à l’Esprit: Viens, Esprit Saint, embraser nos cœurs, embraser le monde du feu de ton amour.

Tout au long des siècles passés, malgré les famines et la peste, malgré des guerres épouvantables, le peuple chrétien a relu à chaque approche de Noël les grandes prophéties d’Isaïe, de Sophonie, et les messages du Baptiste, dans la foi et l’espérance. J’étais enfant pendant la dernière guerre et nous allions tous ensemble à l’église la nuit de Noël avec nos lanternes. Nous disposions nos crèches comme les chrétiens réfugiés le font aujourd’hui dans leurs camps à Erbil, dans la rue. Nous sommes les héritiers de toutes ces générations de croyants et d’espérant, et nous sommes les frères des chrétiens pourchassés, exilés, qui fêtent un enfant né au hasard d’un déplacement pour un recensement et vite emmené en fuite hors de son pays. Il faut honorer nos ancêtres et être dignes de nos frères dans la tourmente. Des menaces nous inquiètent, mais nous nous préparons quand même à fêter Noël dans la paix. Nous n’avons pas le droit de le fêter dans la tiédeur, en nous préoccupant de nos menus et de nos cadeaux. « Tenez en éveil la mémoire du Seigneur, dit Isaïe, ne prenez aucun repos. »

Fr. Bernard

Illustration: La Danse, Henri Matisse, 1909

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