Nuit de Noël 2015

Nuit de Noël 2015

Mes soeurs, mes frères,

En cette nuit de Noël 2015, nous célébrons la Nativité de Jésus, fragile bébé et déjà Sauveur par son nom ; à côté de Joseph Marie est là émerveillée devant un tel évènement. Toute mère ne vibre-t-elle pas au mystère de la nativité qui renvoie à toute naissance ? Et tout enfant qui naît n’est-il pas ouverture à la création et au sens de l’existence humaine ?

Ces réalités si profondes, ancrées dans nos cœurs humains, nous font dépasser le cadre historique présenté et les images d’Epinal que l’on perpétue. Il n’y a pas eu sous Auguste de recensement universel dans l’empire romain, mais plutôt plusieurs recensements locaux et celui de Quirinius a eu lieu en Judée dix ans avant la naissance de Jésus. Laissons de côté l’aspect misérable de l’étable isolée, où régnait le silence, la solitude aussi.

« Dans cet enclos sacré, Marie vit avec l’enfant cette intimité absolue dans l’émerveillement du commencement. Son enfant, elle le tient, elle le prend dans ses bras, le regarde, sourit à ses premiers frémissements de vie. France Quéré d’écrire : « C’est merveilleux de l’avoir dans ses bras, et puis ce langage admirable par les visages, ce face à face prodigieux, ces yeux de nouveau-né qui vous boivent littéralement » se souvient-elle. Marie n’a pu être privée de cette jubilation absolue, jardin secret de toute mère, encore ravie de ce bonheur d’avoir mis un enfant au monde. Devant cette présence indicible, si fragile, Marie, Mère de l’enfant, allait devenir la Mère de tous les croyants comme l’enfant allait nous ouvrir les cieux par sa mort et sa résurrection.

Aujourd’hui, en cette nuit, mes sœurs, mes frères, c’est la jubilation et l’émerveillement qui doivent envahir nos cœurs. La mère contemple l’enfant dans la nuit. Les anges et les bergers, humbles veilleurs, se réjouissent avec elle et nous annoncent déjà que cette joie insolite sera universelle et touchera en priorité les petits, les humbles, les doux.

Saint Luc, dans son récit de l’enfance de Jésus, répète à deux reprises : Marie gardait tous ces évènements et les méditait dans son cœur. Le verbe grec n’est pas le même, sunterein (Lc 2. 19), c’est mettre ensemble, garder précieusement en soi ces moments de bonheur intense. Le second verbe diaterein (Lc 2. 51) souligne une dispersion, un vide, une réalité informe et inconnue. Marie ne pouvait oublier l’annonce bouleversante où l’ange Gabriel attendait son consentement.

Mes sœurs, avant la naissance de Jésus, le monde était en quelque sorte informe et vide, comme l’Esprit de Dieu qui planait sur les eaux de la création au début de la Genèse, qui voletait comme un oiseau au-dessus de son nid. Il était là à la création du monde, il avait couvert de sa nuée lumineuse la traversée du désert du peuple juif. Marie se souvenait en cette nuit des paroles de l’ange : « L’esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ». Ce moment était advenu, et l’Esprit saint avait cédé la place aux anges qui chantaient : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes, ses bien-aimés ».
Pourquoi ne pas nous réjouir à notre tour ? Bien sûr, nous savons que le temps des mutations, des douloureuses transformations allait venir. Nous les connaissons dans la vie de Marie, de la naissance au pied de la Croix ; et cette terrible annonce de la prophétesse Anne qui se vérifiera : « Un glaive de douleur te percera l’âme (Lc 2. 35) » ; de la Croix à la Pentecôte où elle deviendra la Mère de tous les croyants.

Nous connaissons ces douloureuses transformations de l’enfant Jésus vivant paisiblement à Nazareth travaillant humblement avec Joseph, son père. Au moment de son baptême par Jean, l’Esprit-Saint est présent et le Père céleste proclame : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ». La mission est là : ce sera une vie itinérante, sans une pierre où reposer la tête, annonçant la bonne nouvelle du salut révélation de l’amour divin, ouvrant l’avenir à la miséricorde et au bonheur éternel, déchirant toute hypocrisie, suscitant tant d’opposition. Dans l’évangile de Luc, L’Esprit saint se manifeste à nouveau à Gethsémani, l’heure du combat ultime : « Père que cette coupe s’éloigne de moi, mais que ta volonté soit faite » et sur la Croix, Jésus poussa un grand cri et dit : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ».

Ces déchirements et ces combats sont ceux de notre temps. Le prophète Isaïe avait proclamé : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ». De nos jours encore, ce peuple, un million de personnes, ne cesse de marcher, d’errer sur les chemins des frontières, d’attendre de nous, chrétiens, une source de lumière. Que ferons-nous ? Il n’est pas nécessaire en cette nuit bénie d’énumérer ces détresses proches et lointaines. Nous les connaissons, nous les portons dans nos cœurs, comme Marie qui gardait toutes ces choses dans son cœur, tantôt vibrante de bonheur, tantôt mère des douleurs.

En cette fête de Noël 2015, beaucoup, croyants ou non, marchent dans les ténèbres. La grande Lumière du Christ qui reviendra en gloire ne s’est pas encore manifestée. Mais l’ombre lumineuse de l’Esprit de Dieu les accompagne sur la route, les libère du chaos pour les conduire sur des chemins moins tortueux. La présence d’hommes et de femmes de bonne volonté habités par la grâce des Béatitudes leur témoignera ces signes discrets d’espérance et d’amour. Nous pouvons être a notre tour des bergers de Noël révélant la Bonne nouvelle de la naissance de Jésus, le Sauveur.

Tout cela se passait à Bethléem, la maison du pain où le tout petit enfant était né, l’infiniment fragile et délicat allait ouvrir le monde aux réalités du Royaume. Bethléem annonçait déjà la parole de Jésus : « « Je suis le Pain de vie ». Ce fut le miracle de la multiplication des pains où, à partir d’une miche de pain, il rassasie les foules. Par sa vie, ses actes, ses paroles, il nous donne jour après jour le Pain de vie.
Noël, Bethléem, c’est la maison du pain. Infime début qui évoque cette infime parcelle du pain eucharistique et cette infime goutte de vin qui est son Corps et son sang, présence discrète de l’Esprit de Dieu nous accompagnant sur la route jusqu’à ce qu’Il revienne.

Mes sœurs, mes frères,
Nous voici réunis pour célébrer ensemble la Nativité de Jésus-Christ. Si nous sommes venus dans cette chapelle, c’est pour entrer dans le mystère de cette naissance, c’est pour célébrer avec la Vierge Marie la destinée de cet enfant-Dieu qui ouvre pour nous les portes du Royaume de dieu, qui fait de nous des enfants de Dieu.
Noël 2015 : entente universelle pour plus de respect de la création à laquelle participent peut-être les chants des anges ; c’est une entente nouvelle pour arrêter la guerre en Syrie, est-ce le chant des bergers et la musique de leurs pipeaux la paix des pauvres de coeur. 2015, c’est aussi l’année de la miséricorde ouverte par le Pape François, c’est aussi l’enfant Jésus et Marie sa Mère qui vont nous révéler que la nature même de Dieu est amour et miséricorde.

Certains d’entre nous sont venus parce qu’ils ont dans leur cœur la nostalgie des chants de Noël et des célébrations de leur enfance . Pour d’autres, cette célébration conforte les liens de leur famille à travers les générations. Au repas de fête se joint ce souci de renforces les liens familiaux. D’autres encore découvrent en cette fête une souffrance plus grande encore, une solitude qui s’accentue en voyant le bonheur des uns, la maladie des autres, le décès d’êtres proches.

Quel que soit notre cœur, c’est l’amour divin qui vient discrètement, timidement à notre rencontre. Il se présente à nous comme l’enfant fragile. Il nous est offert dans le bonheur infini de la Vierge Marie, de Joseph, des bergers et des anges. Que notre cœur se laisse envahir par cette joie imprenable qui vient d’ailleurs et peut transformer notre vie et nos cœurs.

Fr. Martin

illustration: Georges de La Tour, Le Nouveau-né, 1648

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