La joie du désir

Mercredi des Cendres

Nous voici devant un carême tout neuf, un carême à inventer.

L’Évangile nous en donne le cadre que nous connaissons bien: la prière, le jeûne, le partage. L’une de vous m’a écrit: « sous la poussière, retrouver une belle qualité de vie et de spiritualité. » Chacun de nous peut bien ce soir, après avoir mangé sa soupe, prendre le temps de chercher comment retrouver cette belle qualité de vie et de spiritualité, comment il va s’inventer un beau carême. Trouver des jeûnes qui ne seront pas des privations tristounettes mais des ouvertures intérieures pour mieux habiter paisiblement avec soi-même. Raviver le goût de vivre, car ouvrir le carême c’est déjà ouvrir Pâques. Consentir à mourir pour ressusciter avec le Christ. Accueillir le printemps en prenant soin du jardin secret du cœur. Non seulement chercher ce qu’on va encore pouvoir donner, mais réapprendre à ouvrir les mains et les yeux pour recevoir ce que les autres nous offrent pour vivre amicalement les différences.

Mais il ne peut pas s’agir de programmer quelques nouvelles performances personnelles. Nous ouvrons le carême en prenant notre place dans le monde, un monde de violence et de bêtise, un monde d’immenses souffrances. Le prophète Joël invitait les prêtres à pleurer entre le portail et l’autel. Saint Benoît, lui, nous appelle à la prière avec larmes. Dans la prière, il nous faut pleurer sur le monde comme Jésus pleurant sur Jérusalem, mêler nos larmes aux pleurs de Dieu devant l’écrasant péché des hommes. C’est notre manière démunie de communier à la miséricorde et à la compassion du Père.

Bien sûr, nous ne ferons pas que pleurer. Nous ne serons pas captifs de la bêtise et de la méchanceté. Tant d’hommes et de femmes autour de nous et partout dans le monde, même dans les pires situations, résistent, se battent, inventent, tissent du lien. Nous allons donc aussi sourire au monde, guetter les générosités et la créativité pour nous y joindre. Voyez comme ce que nos gouvernants ne parviennent pas à faire: donner du sens et de l’espérance, partout sur le terrain des hommes et des femmes le font avec une étonnante persévérance. Il faudra prendre le temps entre nous de nous dire toute l’amitié et le partage dont nous sommes les témoins autour de nous, dans nos magasins, dans nos hôpitaux, dans les résidences des vieillards. Nous retrouverons alors le sens de l’action de grâces pour dire à Dieu notre Père qu’il peut encore être fier de ses enfants, qu’ils sont beaux, qu’ils ont du cœur.

Au fond, allez, voici un carême pour reprendre souffle et donner du souffle. Secouer la médiocrité, les tristes habitudes, les petites manies. Nous donner les uns aux autres envie d’autre chose.

Saint Benoît dit que la carême est le temps de la joie du désir spirituel. Nous parlons davantage du désir, du long désir, au temps de l’Avent que Benoît ne connaissait pas. Alors, j’ai envie de vous dire: n’attachez pas trop d’importance à ces tristes cendres que nous recevons quand même. S’il ne tenait qu’à moi, je vous offrirais plutôt des fleurs et des parfums. Souriez donc au prêtre qui vous impose ces cendres. Et souriez-vous les uns aux autres. Souriez au monde. Il en a bien besoin et il le mérite. Voici le temps de la joie du désir spirituel. C’est ce que nous offrirons au monde avec candeur et simplicité de cœur.

Frère Bernard

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