Aurore Pascale

Frères et sœurs bien-aimés,

L’aurore de ce matin de Pâques nous découvre le mystère de la mort de Jésus, de sa descente aux Enfers et de sa Résurrection. Un matin nouveau se lève qui éclaire doucement l’obscurité qui s’était étendue sur la terre au moment où Jésus remet son Esprit à son Père et s’était écrié : « Tout est accompli ».

Déjà Homère chantait l’aurore aux doigts de rose et l’Egypte pharaonique célébrait la déesse de la nuit étoilée, qui avait retenu cachée la présence du soleil et qui l’avait rendue le matin, lorsque l’aurore annonçait une espérance nouvelle. C’est aux premières lueurs du matin, le premier jour de la semaine, que les femmes apportent les aromates qu’elles avaient préparées et trouvent la pierre roulée devant le tombeau. Le mystère est là entier.

Le fr. Grégoire a chanté l’Exultet pascal : « En cette nuit, le Christ, ayant rompu les chaînes de la mort (Act. 2.24), est remonté victorieux des Enfers. Ô nuit bienheureuse qui seule a pu connaître le temps et l’heure en lesquels le Christ est ressuscité des Enfers ».

Job, dans sa souffrance, s’exclame : « Que se voilent les étoiles de son aube, qu’elles ne voient point s’ouvrir les paupières de l’aurore » Job 3. 9. Dieu lui répondra plus tard : « Job, as-tu, une fois dans ta vie, commandé au matin ? assigné l’aurore à son poste » ? Job 38. 12. Oui, l’aurore marque un tournant et la fin d’un long combat. Le patriarche Jacob se bat corps à corps avec Dieu toute la nuit jusqu’au lever de l’aurore et Dieu lui dit : « lâche-moi ; l’aurore est levée » Gen.32. 25. C’est alors que Dieu bénit Jacob et lui donna le nom nouveau, Israël. Moïse est attiré par Dieu près du buisson de feu où Il lui déclare son Nom : « Je suis celui qui suis ; j’ai vu la misère de mon peuple. Tu le libéreras de ce pays et le conduiras à travers le désert ».

Durant cette traversée du désert, une colonne de nuée leur indiquait la route le jour et une nuée lumineuse la nuit. Ex 13. 21-22. C’est aussi de bon matin que Moïse, seul sur la montagne, reçoit les tables de la Loi inscrites sur la pierre. Ce matin de Pâques, la pierre est roulée, le lieu est vide, le ressuscité est ailleurs.

Pareil au soleil qui se cache la nuit, Pâques est ce temps de passage, celui de l’obscurité qui a envahi le ciel le Vendredi Saint. Jésus s’est enfoncé jusqu’aux enfers le Samedi Saint et resurgit à l’aube de ce jour portant sur lui les stigmates de la Passion. Cette ligne lumineuse à l’horizon, annonçant la Résurrection du Christ, est signe de l’immense souffrance des hommes qui débouche sur une nouvelle espérance : « Vraie Lumière, celle qui jaillit de la Nuit ; et vraie Nuit, celle d’où jaillit la Lumière » écrit François Cheng.

L’Orient chrétien exprime ce Passage en des termes inoubliables que je reprends à mon tour. La terre a tremblé le Vendredi Saint, l’obscurité s’est étendue sur le monde, parce que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles.

Il va visiter ceux et celles qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Le Seigneur Jésus entra dans les Enfers, tenant les armes victorieuses de la Croix, de la Passion qu’il a traversée pour nous. Lorsque le premier Père, Adam, le vit, plein de stupeur, il se frappa la poitrine et cria aux autres : « Mon Seigneur soit avec vous » et le Christ répondit à Adam : « Et avec ton Esprit ». Et lui ayant saisi la main, il dit : « Eveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera ». Et il ajouta à tous : « Levez-vous, soyez illuminés. Je ne vous ai pas créés pour demeurer ici, enchaînés dans les Enfers. Levez-vous, œuvres de mes mains, créées à mon image. Partons d’ici. Car vous êtes en moi et moi en vous ».

Mes sœurs, mes frères bien-aimés, voilà l’aurore pascale, voilà l’espérance nouvelle dont nous sommes les témoins. Aux premières lueurs du matin, le premier jour de la semaine, les femmes apportent les aromates qu’elles avaient préparées et trouvent la pierre roulée. Le Cantique des cantiques pose la question : « Qui est celle qui surgit comme l’aurore ? » Saint Jean y répond dans l’Apocalypse : « C’est le peuple des croyants, la fiancée de Dieu, qui descend, parée comme une épouse pour son époux ».

Pâques est à la fois l’aurore et le plein éclat du soleil. L’éclat du Christ ressuscité qui apparaîtra à Marie-Madeleine dans le matin de Pâques, aux disciples enfermés dans la crainte, aux disciples d’Emmaüs sur la route. Il demeure pour nous l’aurore du ciel à venir, d’une terre nouvelle et il nous demande d’œuvrer à ce monde nouveau.

Guetteurs de l’aube, les moines ne cessent de chanter : « Eveille-toi, harpe, cithare, que j’éveille l’aurore » Ps 57. 9 ; 108. 3. « Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur n’attend l’aurore » Ps. 130. 6.

Si l’Esprit de Dieu lui-même nous accompagne dans notre marche, comme il a éclairé le peuple qui marchait dans le désert, nuée lumineuse le jour, colonne de feu la nuit, il nous rappelle sa présence tout au long de la vie des hommes. La vie et la mort de Jésus nous tournent vers la Pâque définitive. L’aurore de la Pâque 2016 est là. Nos cœurs sont dans la joie. Une joie qui traverse les douleurs du monde et les nôtres. Une douleur qui rejoint celle du Christ pascal. Une joie vécue de l’attente de la Pâque définitive où Jésus-Christ, Soleil de nos vies, nous réunira toutes et tous, vivants et morts, dans son Royaume de douceur, de paix, de communion.

Fr. Martin

Illustration: Roma, Basilica di San Paolo fuori le Mura. (Candelabro pasquale, XIII sec. Dettaglio: Cristo esce dal sepolcro. Détail : Le Christ sort du sépulcre. Detail: Christ comes out of the tomb).

Billets apparentés

Homélie de Pentecôte ​Dimanche 4 juin 2017 Homélie de Pentecôte Nous avons suivi Jésus sur les routes de Palestine, nous l’avons accompagné durant sa Passion,​ sa mort e...
Fête de saint-Benoît du 21 mars 2017 ​Introduction Il nous est bon d’être réunis ce soir pour célébrer le passage de Benoît au « Royaume des splendeurs », comme l’écrivait notre frère Je...
Mercredi des Cendres 1/03/2017 Homélie du mercredi 1 mars 2017 Mercredi des Cendres En ces 40 jours de Carême, Benoît entend, avant tout, nous préparer dans la joie du Saint-Espri...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.