Homélie du 3e Dimanche de Pâques (année C): Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 21,1-19. La pêche miraculeuse

3e Dimanche de Pâques

La première lecture nous a rappelés que l’évangile de Jésus Christ a toujours dérangé les pouvoirs publics. Au temps de Jésus, c’était davantage le pouvoir religieux qui poursuivait les déviants. C’est lui qui a condamné Jésus, c’est lui qui poursuit les Apôtres pour être coupables, selon lui, d’enseigner au nom de Jésus-Christ et même de prononcer son nom. Il est vrai que les persécutions actuelles de chrétiens sont le fait d’extrémistes musulmans ou hindous; ils disent agir au nom de leur religion, d’Allah ou et de sa grande miséricorde. Les Apôtres ont échappé à la mort grâce à l’intervention de Gamaliel, un membre modéré du grand Conseil. « Si leur action vient de Dieu, disait-il à ses pairs, vous ne pourrez pas les faire tomber ». Une des dominantes du livre des Actes des Apôtres est la prière et une de ces formes la louange.

La deuxième lecture est précisément une invitation à élargir notre prière et notre louange jusqu’à inclure toutes les créatures célestes et terrestres. Saint Jean nous emmène en effet dans une immense liturgie aux dimensions cosmiques qu’il perçoit et qu’il décrit avec des symboles tels que l’Agneau immolé pour désigner le Christ glorieux qui reçoit l’acclamation de tous les êtres vivants au ciel et sur la terre. Nous retiendrons de cette lecture que notre liturgie dominicale est largement imprégnée de cette liturgie apocalyptique, même si nous ne nous en rendons pas toujours compte. Ajoutons que chacun de ces grands symboles parfois étranges a un enracinement biblique. l’Agneau immolé, par exemple, est une allusion à un des chants du Serviteur d’Isaïe, cet Agneau qui est déclaré seul capable (digne) d’ouvrir le livre scellé des Ecritures anciennes.

Venons-en à l’évangile tiré du chapitre 19 de l’évangile saint Jean que beaucoup de spécialistes considèrent comme ajouté plus tard. J’aime bien la formule suivante : ce chapitre 19 est « un prolongement ecclésiologique à un évangile à dominante christologique ». Il nous donne en appendice des enseignements relatifs au gouvernement de l’Eglise que Jésus a voulue.

On peut distinguer facilement 2 parties : la dernière apparition de Jésus à un groupe de disciples, qui vivent avec lui une pêche miraculeuse et un repas quasiment eucharistique. Vient ensuite l’institution de Pierre comme premier pasteur de son Eglise. Mais il y a des liens très évidents qui traversent ces deux parties. C’est l’Apôtre Pierre qui fait ce lien. Dans la première partie, il décide hardiment de partir à la pêche. Même accompagnés d’autres disciples, il échoue. Cet échec est symbolique, vous l’aurez certainement deviné: sans la grâce de Dieu, Simon-Pierre échoue dans ses projets, fussent-ils très courageux. Pour exercer son ministère, il a besoin de faire un passage que Jésus va lui faire vivre. C’est tout l’enjeu de ce chapitre 19. On pourrait dire que c’est le passage d’une foi volontariste, qui est peut-être la nôtre aussi, à une foi confiante qui consiste essentiellement à s’en remettre à Dieu plutôt qu’à soi-même ou aux hommes.

Avouons que tout cela est subtil et délicat dans la mesure – osons-le dire – où la limite entre moi et Dieu n’est pas toujours très claire, et pourtant cela est très décisif. La foi de Simon-Pierre devait être assez forte au lendemain de Pâques, mais lui et ses compagnons, n’ont rien péché de toute la nuit, ils n’avaient donc rien non plus à manger ni à offrir à leur Seigneur. La proposition de Jésus de jeter le filet d’un autre côté va tout changer : ils font ce que leur Seigneur ressuscité leur dit de faire et ils sont comblés bien plus qu’ils ne l’espéraient. Tout le reste que nous connaissons est bien sûr symbolique : les 153 poissons, le filet qui est tiré par Simon-Pierre sur le rivage, qui ne se déchire pas malgré la grande quantité de gros poissons qu’ils ont pris : ce sont là tous des symboles de l’Eglise une qui doit arriver à bon port.

Essayons de comprendre ce qui s’est passé. D’abord une longue nuit de peine, d’angoisse, nuit infructueuse et désespérante. Et puis une question qui surgit à l’aurore « Eh les enfants, n’auriez-vous pas un peu de poisson ? », question de Jésus qui met le doigt sur la cause même de leur désespoir, sur ce qui n’a pas marché pas dans leur vie. Les limites humaines qui nous empêchent de bien vivre, voilà ce que Jésus vient toucher pour en faire un lieu de rencontre. Tout ce qui ne va pas, même le péché, voilà ce que Jésus vient toucher de façon un peu provocante. Jésus leur dit : «Jetez le filet à droite » Dans une démarche de foi, il ne s’agit plus ici de réfléchir et de se dire : c’est mon métier, je sais comment faire ; et d’ailleurs j’ai déjà tout essayé, ça ne marche ni à gauche ni à droite. Pour Pierre, jeter le filet à droite c’est une manière de tout recommencer, ou mieux encore de prendre le risque de tout recommencer en faisant confiance à son Seigneur. Après que Jean lui ait dit que c’était le Seigneur, il se jette à l’eau après avoir revêtu quelque chose car il était nu comme tout bon pécheur à l’époque. Se jeter à l’eau est une belle expression française qui permet de bien comprendre toute la scène mais aussi pour nous de pouvoir nous mettre dans la peau de l’apôtre Pierre et de l’imiter dans certaines occasions où nous sommes invités par Jésus Christ notre Seigneur à lui faire totalement confiance. Au seuil de la mort, par exemple.

Pierre va donc se jeter à l’eau, pour quoi faire ? le texte ne le dit pas mais il nous le laisse deviner : c’est pour se prosterner au pied de Jésus, le remercier, le vénérer comme on voudra. Pierre va accéder à un autre statut. Il doit se préparer, se rhabiller et s’approcher de son maître. La manifestation du Ressuscité se poursuit par un repas d’alliance, un repas eucharistique à peine esquissé (qui rappelle un peu les noces de Cana au début de l’évangile de Jean). Il est suivi sans transition par la seconde partie de notre texte qu’on pourrait appeler l’institution de Pierre comme pasteur suprême.

Cela se passe à travers un dialogue extraordinaire entre Jésus et Pierre. Trois fois, jésus lui demande : M’aimes-tu ? en sous-entendant certainement : comme moi je t’aime et je te fais confiance pour la lourde tâche que je vais te confier. L’amour dont il s’agit est la confiance que Pierre doit avoir dans l’amour que Jésus lui porte. L’amour et la confiance l’un en l’autre se rejoignent totalement. Il faut que cet amour de Pierre pour Jésus soit très grand, que la confiance en lui soit totale. Désormais, c’est un autre qui te conduira, ce n’est plus toi-même.

La conclusion « Suis-moi » intervient après ce cheminement spirituel qui a abouti à une purification, une simplification. Que cette expérience soit la nôtre lorsque nos voies semblent infructueuses. Laissons-nous rejoindre par le Ressuscité qui en fera un lieu de rencontre d’où nous pourrons repartir pleins de force et de joie.

frère Yves de Patoul

note: je remercie Arnaud Chillon (dans la revue Feu Nouveau) de m’avoir si bien inspiré.

Illustration: La pêche Miraculeuse, 1308, vue par DUCCIO di Buoninsegna (1260-1319)

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