Dimanche 31 juillet 2016: Mélancolie ou colère ?

Dimanche 31 juillet 2016: Mélancolie ou colère ?

Dimanche 31 juillet 2016

Mélancolie ou colère?

Connaissez-vous Qohélet? Dans nos Bibles, son petit livre s’appelle l’Ecclésiaste, celui qui parle dans l’assemblée. Et ce livret est ponctué par un refrain d’une lassitude désabusée: « Vanité des vanités, tout est vanité ». Le mot hébreu est hevel, la buée, la vapeur. Donc pour Qohélet, tout est buée qui s’évapore. Nous avons gardé de lui ce proverbe: Nihil novi sub sole, rien de nouveau sous le soleil.

Les propos de Jésus rapportés par Luc ne sont pas très loin de cette tristesse privée d’illusions: l’homme riche de la parabole est préoccupé de ce qu’il va faire de son bien. « Que vais-je faire? » Et il trouve la réponse dans une accumulation de greniers. Nous parlerions aujourd’hui de capitalisation, de placements, de fonds de pension, d’assurance-vie. Combien parmi nous n’ont-ils pas pris ce genre de précautions pour le reste de leur vie en pensant par devers eux: « Te voilà tranquille pour plusieurs années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence. » Et c’est souvent bien légitime après des années de travail. Sauf pour ceux qui ont trop peu gagné pour accumuler et qui terminent leur vie dans de tristes maisons où l’on n’attend plus que la fin. Alors en considérant le sort des uns et des autres, il nous arrive de penser comme Qohélet que tout est vanité, buée: « Que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil? »

je voudrais bien vous tenir des propos un peu plus sereins et confiants, mais en vérité mes sentiments en ces jours sont plutôt de colère. je rejoins bien le cri de l’évêque de Rouen après l’horrible assassinat de son prêtre. De belles âmes nous répètent à l’envi qu’il faut pardonner et répondre à la haine par l’amour. Mais nous pouvons aussi crier que c’est assez, qu’il faut d’abord rejeter et condamner la violence; Le dialogue entre les religions passe aussi par cette exigence de vérité. Nous ne sommes pas condamnés à être des victimes bêlantes sous les coups. Jésus nous a demandé de tendre l’autre joue quand nous sommes giflés, mais lui, quand on l’a giflé, a riposté: « Montre-moi ce que j’ai dit de mal! »

J’ai souvent plaidé pour témoigner de notre foi avec douceur. Aujourd’hui, j’incline à dire qu’il nous faut aussi la défendre avec vigueur, et c’est bien le beau témoignage des milliers de jeunes rassemblés autour du pape en Pologne. N’avez-vous pas ce sentiment lorsque nous sommes étourdis par la vacuité des joutes de nos politiciens? Le monde est lourd de menaces. Nous ne sommes plus nulle part en sécurité quand nous voyons un petit village frappé par le terrorisme. Voilà bien le mot qui revient toujours: le terrorisme, la terreur. C’est bien plus que la peur. Et en tous cas infiniment plus que la mélancolie de Qohélet.

Combien de fois Jésus n’a-t-il pas dit: « N’ayez pas peur! Ne craignez pas! » Or il a été, lui le premier, pris de colère. Vaincre la peur est peut-être plus facile quand on libère la colère.

Mais retenons aussi l’expression de Jésus: « être riche en vue de Dieu ». Elle rejoint bien le propos de Paul: « Recherchez les réalités d’en haut… Tendez vers les réalités d’en haut et non pas vers celles de la terre ». Cela ne peut signifier se désintéresser des lourdes crises de notre monde, mais bien au contraire y chercher le projet de Dieu, sa volonté pour nous. Paul parle de « l’homme nouveau » que Dieu veut « refaire à neuf à son image ». Nous voyons souvent le contraire: une humanité qui se défait. Et pourtant, ce monde est aussi plain d’hommes et de femmes pacifiques dont la persévérance nous sauve. Et nous en sommes, nous tous ici. Vous pourriez bien témoigner de la bonté, de la gentillesse, des prévenances que nous voyons partout autour de nous. C’est ce qui fait le prix de notre vivre ensemble.

Alors nous pouvons narguer Qohélet et sa mélancolie. Il y a du nouveau sous le soleil. Dieu fait toujours du neuf, mais c’est au cœur de l’inépuisable bonté des hommes simples et fidèles. Voyez toutes les solidarités qui se manifestent à chaque épreuve qui frappe. Nous tenons à nos valeurs, à ce qui nous tient ensemble. Et nous avons une extraordinaire capacité à faire du neuf, parce que c’est Dieu qui nous l’a mise au cœur. Nous allons encore inventer,, vous verrez. Même les vieux en sont encore capables, parce qu’ils sont restés malins sous leurs dehors tranquilles. Bénissons Dieu pour cette complicité qu’il nous donne pour devenir toujours des hommes et des femmes nouveaux à son image, lui qui veut toujours rendre toutes choses nouvelles.

fr. Bernard

peinture de Pablo Picasso: Nature morte avec poireaux, crâne et pichet, 1945

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