Fête de Saint Benoît: 11 juillet 2016

Fête de Saint Benoît: 11 juillet 2016

Introduction

Fête de Saint benoît du 11 juillet 2016

Avec les frères de Clerlande, rendons grâce à Dieu pour ces liens qui nous unissent et nous donnent ensemble de célébrer en ce jour Benoît, patron de l’Europe. Au début du XXe siècle, il existait seulement une poignée de monastères en dehors de l’Europe. Depuis lors, près de 400 communautés sont nées sur tous les continents, l’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie. D’où vient cet engouement pour la tradition bénédictine ?

Elle trouve sa source chez les Pères du désert d’Egypte à partir du 3e siècle. Ce courant irradie autour de la méditerranée, Lérins et Cassien, saint Martin et Ligugé, saint Patrick en Irlande, saint Colomban, grand voyageur (Luxeuil 590) et son disciple St Gall en Suisse.

Benoît, né en 480, vit en solitaire, fonde Subiaco, puis le monastère du mont Cassin à l’âge de 49 ans. Il y rédige sa Règle, chef d’œuvre d’équilibre, de paix, d’harmonie entre des frères et des générations différentes. Progressivement, cette Règle s’impose à l’Occident, source de paix, de prière et de travail en communauté. La liste des figures est longue : le moine wisigoth Benoît d’Aniane (817), Cluny (910), Cîteaux (1098), Clairvaux, saint Bernard, la Trappe (1662). L’essor s’est transplanté aux USA au XIXe siècle…ensuite sur les autres continents.

L’Occident a retenu de cette tradition : la recherche d’équilibre et de paix, la vie fraternelle et l’accueil, la promotion de l’écologie, une spiritualité universelle dont les racines sont communes avec la tradition orientale et l’orthodoxie.

Plus que jamais, dans l’Europe et le monde actuel, le monachisme reste un modèle d’auto-développement économique, social et culturel. Le seul but de la vie des moines et des moniales est cette quête essentielle de Dieu, « ne rien préférer à l’amour du Christ ». Pour être accordé à ce que nous célébrons, tournons-nous vers la Croix du Christ doux et humble de cœur.

Homélie de ce jour

En ce jour de fête, l’occasion nous est donnée de renouveler en nous-même et avec nos frères l’appel que nous avons reçu, l’engagement qui fut le nôtre, le chemin qui est devant chacun de nous. Que l’Esprit puisse mener à bon terme ce qu’Il a commencé en nous.

         Un des Pères ascétiques qui ont formé la tradition de l’Orient chrétien, Jean Climaque, rappelle que l’être humain doit apprendre « à circonscrire l’incorporel dans le corporel », s’arrachant à la surface pour remonter, dans la profondeur même du corps, vers une plus grande transparence.

A travers le souffle sensible, au-delà, une autre respiration se déclenche, on respire l’Esprit dans un sentiment de plénitude de tout l’être. Se tourner vers l’intérieur, s’abstraire des bruits et des remous de notre monde tout en sachant qu’ils existent. Notre cadre de vie, le monastère, la chapelle, la nature qui nous entoure, les rayons de soleil quand ils nous arrivent, les oiseaux qui chantent, parfois un chevreuil qui traverse notre espace, tout nous est donné pour s’éloigner de l’agitation destructrice du monde, quitter un monde en flamme pour découvrir un monde illuminé par une présence secrète.

L’œil du cœur, dépouillé d’un repli sur soi, perçoit la transparence de la création qui se communique tout en restant inaccessible, comme l’exprimait Maître Eckhart.

Ce regard sur les réalités quotidiennes, sur nos vies quotidiennes, dans leur pauvreté et leur richesse, dans leur beauté comme dans leurs fragilités comporte une dimension eucharistique et ultime.

Ce qui est ressenti comme don transcende les habitudes, les énervements, les regards et les attitudes distraites. Ce qui est ressenti comme don, éveille en nous la gratitude, l’émerveillement. Au long de nos existences, nous sommes appelés à devenir des êtres eucharistiques au sens fort du terme.

L’eucharistie, habitée par le Souffle de l’Esprit, est ce grand mouvement christique qui monte vers le Père. Elle nourrit le cœur de notre vocation et nous fait entrer dans le mystère de notre être. Elle nous donne de rendre grâce en tout et d’intercéder pour ceux et celles qui tissent nos vies, nos frères malades, au loin ou proches, les pauvres et les réfugiés.

 L’office divin, qui ponctue notre journée, l’éclaire inlassablement, nous ramène à cette transparence intérieure oriente notre marche vers le Père, nous apprend à nous aimer, à supporter nos faiblesses du corps et du caractère. La louange dans l’aube naissante, l’intercession dans le soir tombant sont les ailes de notre prière qui rejoignent le mystère du Christ qui ne cesse de s’offrir au Père.

L’eucharistie irradie sur les moments de la journée, la nuit et le jour, le travail et la prière. Chaque instant est un appel à la prière continuelle, au mystère eucharistique, comme ces vagues de la mer qui montent et descendent selon les marées.

Et la vie commune ? A Clerlande, elle se présente comme un grand atelier où chacun est au travail, de l’accueil aux finances, dans sa cellule à rédiger un texte, à préparer la liturgie, ou ailleurs, à préparer le repas, à entretenir ce vaste bâtiment jardin, chemins, colmater les brèches qui inondent la cuisine et des cellules. Dans cet atelier où le magasin s’ouvre sur l’accueil et les icônes, les personnes ont une place privilégiée, celle du Christ dans nos frères malades, dans nos hôtes, dans le pauvre qui survient à l’improviste et bouscule nos projets.

Dans ces réalités quotidiennes, au fil des jours qui sans cesse se répètent et nous interpellent, sommes-nous des vivants, des êtres de joie et d’action de grâce ?  des chercheurs de Dieu, des guetteurs de l’aurore ? Des moines joyeux comme le vin qui bonifie ? Des êtres de devoir ? Des cœur ouverts et généreux ? Des surveillants les uns des autres ? Certes, des êtres attentionnés, mais l’amour entraîne toujours plus loin, comme l’Evangile du bon Samaritain. Notre communauté, comme mystère eucharistique, nous donne la clé d’un univers créé pour devenir eucharistie : 1 Thess. 5. 18 : « En toutes choses faites eucharistie ». C’est la métamorphose des énergies divines en chacun de nous ; Olivier Clément écrit : « Déceler et assumer sous la cendre de nos péchés, le corps glorieux du Christ ressuscité, « un buisson ardent ». L’être est transparence aux énergies divines dont la source est le Père, qui rayonnent du visage du Ressuscité et que le Souffle vivifiant nous communique. De Dieu à chacun de nous, de chacun de nous à chacun de nous. La plénitude de l’amour personnel est à l’origine de notre vie commune, de toute existence en communion.

L’être aimé, dévoilé dans sa transparence, a quelque chose d’eucharistique et d’ultime. Si nos yeux s’ouvrent, si nous recommençons à voir, nous nous laisserons toucher par cette Présence qui nous entraîne de commencement en commencement jusqu’à des commencements qui n’ont pas de fin. Nous y découvrirons une lumière nouvelle dans l’amour de nos frères, de nos oblats et nos hôtes, dans ce qui s’ouvre devant nous, témoins du Christ qui nous a aimés jusqu’au bout.

fr. Martin

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