Homélie du 17e T.O. (C), Luc 11, 1-13

Homélie du 17e T.O. (C), Luc 11, 1-13

24 juillet 2016

Homélie du 17e T.O. (C), Luc 11, 1-13,

Nous savons bien qu’il existe de nombreuses formes de prière : la prière de louange, la prière d’action de grâces, ou de confession de foi, ou de protestation, ou encore, de souffrance, ou d’interrogation, ou de repentir, et encore et encore, bref. Et il y a la prière la plus simple, la prière de demande. Et c’est cette prière dont il s’agit dans les 13 versets du ch.11 de S. Luc que nous venons de réentendre, dans une lecture inhabituellement longue lors d’une messe dominicale. C’est donc un peu déconcertant que cette prière de demande, apparemment la plus simple, exige un commentaire aussi long.

Mais, en fait, c’est tout à fait normal, parce que la prière de demande attend une réponse, l’espère, l’exige même, tandis que les autres prières n’attendent rien en retour. Ce sont des prières, appelons-les, gratuites. Nous louons Dieu parce que nous savons pourquoi ; également lorsque nous lui rendons grâce. Et nous chantons notre Foi sans y mettre des bémols. Et lorsque nous protestons ou crions notre souffrance et nos interrogations, nous n’attendons même pas des réponses toutes faites à notre désarroi. Par contre, la prière de demande, réputée la plus simple, est la plus difficile à pratiquer, parce qu’elle est habitée instinctivement par l’espoir d’une réponse, et d’une réponse idéalement adaptée à nos souhaits.

Cette conception de la prière de demande a fait et continue à faire bien des dégâts chez des personnes profondément croyantes au départ, et qui, usées par des demandes inlassables et jamais exaucées, perdent leur confiance en Dieu et perdent leur Foi baptismale en Jésus Christ. Je vais insister, parce que ma longue expérience pastorale me permet et me dicte de vous mettre en confidence. J’ai connu et je connais encore des personnes chrétiennes que je viens d’évoquer, ayant perdu leur confiance en Dieu – en tous cas au Dieu qu’elles imaginaient -, qui cherchent un refuge dans leur désolation.  Par exemple et d’abord chez les cartomanciennes (ne pensez pas que leurs clients sont uniquement des femmes), qui finissent par faire croire à leurs clients que ce qu’ils vivent ou vont vivre sans délai correspond exactement aux prévisions des cartes. Leurs clients deviennent de plus en plus pacifiés de voir que leur sort est bien pris en charge. Ça coûte un peu plus cher qu’un cierge à S. Antoine de Padoue, mais au moins on est sûr des résultats. Un autre refuge est celui des sectes évangéliques de guérison qui, elles aussi, jouent le désir impatient de voir une intervention divine concrète. Les dérives sont fréquentes et les déceptions parfois suicidaires, car on en arrive à penser avoir été trompé par le prédicateur évangéliste, ou s’être soi-même trompé sur qui est vraiment Dieu.

Nous en arrivons aussi à constater que la prière de demande, estimée généralement comme la prière la plus simple, apparaît en fait comme la prière qui exige la plus profonde conversion de notre esprit et même de vivre notre relation de Foi au Dieu de Jésus Christ. C’est d’ailleurs frappant de constater à quel pont Jésus privilégie son enseignement sur cette prière parmi toutes les autres. Au souhait des apôtres « Seigneur, apprends-nous à prier », on aurait pu s’attendre à ce que Jésus leur apprenne à glorifier Dieu, à lui rendre grâce, à l’interpeller dans nos détresses, à lui avouer sans honte nos folles prétentions. Et bien non. Jésus leur apprend la prière de demande. Et il le fait avec une concision parfaite (en 4 versets) dans l’admirable prière du « Notre Père » qui se développe sur deux demandes qui nous situent exactement devant Dieu, devant le vrai Dieu. Un Dieu tellement vrai, une Divinité qui sonne tellement juste, qu’il est arrivé plusieurs fois, dans des rencontres de large œcuménisme que, aux chrétiens ont associé leurs voix les Juifs, les Musulmans, les religieux bouddhistes, indouistes, et même des croyants des religions primitives, dans une récitation unanime de la prière du Notre Père.

Quel est donc le génie de cette prière de demande qui semble l’emporter sur toutes les autres formes de prière ? Tout d’abord, elle est brève et d’une pudeur spirituelle parfaite. Elle ne demande rien en notre faveur, mais en faveur de Dieu, de son Règne, mieux que des demandes intéressées, ce sont des souhaits désintéressés.
Ton Nom, ô Dieu, qu’il soit sanctifié, c’est-à-dire honoré, reconnu, sur la terre, comme il l’est déjà dans le ciel des anges et des élus. Ton Règne, ô Dieu, qu’il arrive sur la terre comme il est déjà établi dans le ciel de ta demeure éternelle. Et, selon l’évangile de Matthieu :
Ta volonté, ô Dieu, qu’elle soit accueillie sur la terre, comme elle l’est déjà au cœur de ta Trinité, depuis toujours, comme elle fut révélée à S.Paul : « Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ : il nous a choisis en lui avant la création du monde pour que nous soyons saints sous son regard dans l’amour ». Cette révélation est époustouflante et est en train de se réaliser. Quand et comment, ce n’est pas de notre pouvoir : il faut laisser Dieu faire son ouvrage, dans le monde et en chacun(e) de nous, même à notre insu.
A notre insu certes, mais pas tout à fait. Et c’est alors qu’intervient la seconde partie de la prière du Notre Père, où nous sommes alors personnellement impliqués. Elle distingue trois demandes. « Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour ». Ce qui est important dans cette demande c’est « pour chaque jour », car ici intervient notre manière de nous situer dans cette demande : le pain selon notre besoin journalier, et pas plus. Cette précision fait allusion aux Hébreux qui, dans le désert, ne pouvaient ramasser de la manne quotidienne que la quantité pour la journée. Ce que certains dérobaient en plus moisissait sous leur tente durant la nuit. C’est donc, de notre part, un engagement à nous contenter de ce qui suffit pour vivre simplement, en permettant ainsi à tous d’avoir au moins le minimum vital.

La 2e demande nous implique également. Pas question de demander « le pardon de nos péchés » si nous ne pardonnons pas à autrui. C’est la clef de la paix, du bonheur et de l’unité fraternelle du genre humain qui commencent dans notre maison, notre rue, notre travail, notre communauté.

Et la 3e demande : « Ne nous laisse pas entrer en tentation » précise bien que ce n’est pas Dieu qui nous envoie les tentations – car, dans ce domaine, le diable est plus fort que lui pour nous suggérer tous les fantasmes de l’argent, de la sensualité débridée et du pouvoir oppressant sur nos semblables, les trois tentations de Jésus au désert –  mais Dieu nous envoie la force de ne pas entrer dans le jeu du diable. Là, Dieu est le plus fort, et cette force, nous pouvons l’acquérir par les vertus spirituelles du désert : la faim de la Parole divine, la prière, et la retenue dans tous nos appétits.
Bref, et voilà que tout a été dit sur la prière de demande véritablement chrétienne.

Et cette prière dite avec honnêteté, nous pouvons être sûrs qu’elle est toujours exaucée de la part de notre Dieu, ce Père qui ne donne pas un serpent à ses enfants qui lui demandent un poisson, car il sait ce qui est bon pour eux.
Ainsi : c’est à Lui qu’appartiennent le Règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

fr. Dieudonné

Peinture: La prière au jardin des oliviers, Giovanni Bellini

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