Jésus, l’homme qui marche. 16ème dimanche C

Jésus, l’homme qui marche. 16ème dimanche C

Jésus, l’homme qui marche

16ème dimanche C

 

Cet évangile est bien connu. Les commentaires sont innombrables, pour prouver la supériorité de la vie contemplative, à l’exemple de Marie ou, au contraire, pour défendre Marthe qui aime son Seigneur en acte et en vérité. Je n’entrerai pas dans cette querelle de ménage entre les deux sœurs. Je limiterai ma méditation à la première ligne de ce texte d’évangile : « Alors qu’il était en route avec ses disciples, Jésus entra dans un village ».

Jésus est en route ; il est toujours en route. Les évangiles le décrivent toujours en marche, parce qu’il n’a pas de domicile fixe, semble-t-il. Il entre alors chez les uns et les autres pour recevoir le vivre et le couvert. Mais on ne décrit jamais sortant de sa maison, parce qu’il n’a plus de maison, depuis qu’il a quitté sa bonne maison familiale de Nazareth. Il est l’homme qui marche.

Il me semble qu’il y a là un trait tout à fait remarquable et même unique de la personne de Jésus. Tous les grands sages, même le Bouddha, ont un habitat fixe, au moins à certaines périodes de l’année. Mais pas Jésus. En tout cas il n’en est jamais question dans les évangiles. Quand il a besoin de se reposer, il -va à l’écart, dans un lieu désert, et puis, il se remet en route, de village en village, et enfin vers Jérusalem. Mais, comme dans le passage de ce jour, il est dit souvent qu’il entre chez des amis : ici : « Une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison ».

« Il n’a pas de lieu où reposes la tête ». Il vit grâce à la générosité de ses compatriotes. Sans cette sollicitude de ses amis, il ne pourrait pas survivre ! Les évangiles signalent souvent qu’il demande l’hospitalité : par exemple à Simon, un Pharisien, ou à Lévi, le publicain, ou à Zachée, ou encore chez Pierre l’apôtre où la belle-mère le sert, comme Marthe. (C’est pourquoi, soit dit en passant, on peut trouver un peu injuste ses reproches à Marthe qui s’affaire si généreusement pour bien le recevoir.) Après sa résurrection l’évangéliste Luc raconte encore comment il a marché avec des disciples sur la route d’Emmaüs, et comment il s’est révélé à eux quand ils lui ont offert l’hospitalité.

Vous voyez : la démarche de l’hospitalité est centrale dans les évangiles ; elle n’est pas seulement anecdotique ; elle est essentielle pour comprendre la façon dont Jésus a vécu parmi nous.

La liturgie de ce dimanche fait bien de rappeler cette démarche, en mettant en parallèle avec l’évangile le récit de l’hospitalité d’Abraham. Le Seigneur Dieu y apparait également comme un hôte, et c’est Abraham qui l’invite à entrer sous sa tente ou sous le chêne de Mambré. Tous les traits de l’hospitalité sont réunis dans ce merveilleux petit récit : l’empressement d’Abraham qui prend l’initiative d’inviter ces passants, son humilité, sa générosité en offrant ce qu’il a de meilleur, et puis, en finale la bénédiction de Dieu qui annonce la naissance d’Isaac. Car toute hospitalité est assortie d’une bénédiction.

Pour revenir au Nouveau Testament, l’évangéliste Jean, dès le prologue de son évangile, nous révèle que « le Verbe est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à ceux qui l’ont (quand même) reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ». A la fin de l’évangile de Matthieu, dans son discours sur le Jugement dernier, Jésus nous révèle que la façon la plus sûre de le rencontrer, et de recevoir la bénédiction du Père, est encore de l’accueillir dans l’étranger, le SDF, le malade, le prisonnier… Enfin dans l’Apocalypse, il est encore question de l’accueil du Christ : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je souperai avec lui et lui avec moi. »

Décidément l’image du Christ-hôte est partout.

Mais on représente le plus souvent Jésus au centre, comme le Pantocrator vers lequel tout converge. Et de fait, il est Seigneur et Christ. Or il me semble qu’il est aussi, et d’abord, celui qui met les autres au centre, comme le Bon Samaritain dont il était question dimanche passé : il ne s’est pas posé la question, comme les autres : Que m’arrivera-t-il je m’arrête ? mais : Que lui arrivera-t-il si je ne m’arrête pas ? Il ne s’est pas demandé, comme le docteur de la Loi : Qui est mon prochain ? mais : De qui suis-je le prochain ? C’est bien ainsi que Jésus se présente devant nous. Il est comme ce voyageur étranger, sans domicile, qui peut vraiment compatir à tous ceux qu’il rencontre sur sa route, démunis comme lui. Il est l’homme pour les autres.

A côté des noms de Jésus, innombrables, et dont on a fait une belle litanie (Jésus, roi de gloire, auteur de la vie, messager du plan divin, modèle des vertus, jaloux du salut des âmes, sagesse éternelle, bonté infinie, notre voie et notre vie) ne devrait-on pas ajouter les noms de Jésus-l’homme-qui-marche, Jésus-pèlerin, Jésus-sans-domicile-fixe, Jésus-demandeur-d’asile, Jésus-hôte ?

Et, de notre côté, notre ‘imitation de Jésus-Christ’ ne devrait-elle pas aussi être un peu renouvelée, convertie ? pour suivre Jésus qui marche. Il nous faut tout d’abord développer un immense respect pour ceux qui sont comme lui, des ‘sans domicile fixe’ de tout genre, nous souvenant, comme l’écrit saint Paul, que « Dieu a choisi ce qui est vil et méprisé, ce qui n’est rien, pour réduire à rien ce qui est ». Nous pouvons aussi nous demander ce que ces personnes plutôt marginalisées, parfois toues proches de nous, ont à nous dire de la part de ce Jésus qui demande l’hospitalité, au sujet de ce  « Dieu qui a besoin des hommes ». Il nous faut ensuite aller nous-mêmes vers lui, sans trop de bagages, nous libérer autant que possible, du fardeau de nos préoccupations personnelles, et attendre avec plus de confiance l’aide des autres. Oui, pour réaliser dans notre vie quotidienne ce mouvement de l’hospitalité si caractéristique de la démarche de Jésus, nous devrions nous demander si nous, qui sommes généreux pour donner, nous sommes également désireux de recevoir de la part de ceux que nous aidons, et aimons, nous demander si nous attendons d’eux quelque chose de précieux en retour, si nous espérons, si nous croyons en eux, comme Jésus croit en nous. Aimer, c’est dépendre de ceux qu’on aime. L’Évangile nous demande d’aller jusqu’au bout de cette conversion.

fr. Pierre

Image: Hendrick Van Steenwyck, le Jeune (1580 – 1649), Jésus chez Marthe et Marie, 1620

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