Trésor au coeur.

Trésor au cœur

Dimanche 7 août 2016

Trésor au cœur

Quand Luc parle d’argent et de biens, il est plus que méfiant: il voudrait être assez radical tout en sachant que ce n’est pas possible. Dans le livre des Actes des Apôtres, il souligne régulièrement la résistance de l’argent à l’évangile, ou mieux l’opposition de l’évangile à l’argent et aux biens. Son idéal est celui de la première communauté: vendre tout et partager selon les besoins de chacun. Et dans notre page d’évangile d’aujourd’hui: « Vendez ce que vous avez et donnez-le en aumône… Faites-vous un trésor inépuisable dans les cieux… Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur ».

Notre trésor, c’est bien notre monastère, et nous n’avons aucune envie de le vendre, pas plus que vous vos maisons. Mais notre vrai trésor n’est pas ce hameau monastique mais la communauté qui y vit, comme le vrai trésor de vos maisons ce sont vos familles qui les habitent. Il vous arrive bien d’appeler un enfant: mon trésor.

Au lieu donc de vendre la maison, nous accueillons la parole de Jésus: « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume ». Voilà notre trésor: le Père nous donne le Royaume. Alors que les temps sont tellement incertains, que des figures grimaçantes nous obsèdent, et que nous manquent cruellement des paroles fortes, sauf celles du pape qui occupe heureusement tout l’espace, voilà le message de Dieu pour nous: il nous donne le Royaume. Et du coup, c’est à nous de nous demander ce que nous en faisons. Et nos lectures aujourd’hui nous disent quoi en faire, de deux manières paradoxalement opposées:

D’abord partir comme Abraham et nos Pères. Abraham est parti sans savoir où il allait. Mieux: il a vécu dans un campement sur la terre qui lui était promise. Et c’est bien notre situation: la terre où nous vivons est une terre pleine de promesse. Nous sommes partis depuis bien longtemps, et nous continuons notre marche sans trop savoir où elle nous mène, mais avec cette assurance que le Royaume nous est déjà donné. Il faut avancer avec confiance malgré les menaces qui pèsent sur nous, et notre manière d’aller de l’avant est le témoignage qui nous est demandé.

Mais aussi, et ce n’est pas contradictoire: être à notre place, en tenue de service, et donc dans la fidélité à nos tâches quotidiennes. Seulement, Jésus nous précise encore: à notre place en veillant, ce qui signifie ne pas s’en tenir aux tâches du moment mais être attentifs à ce qui advient. Ce qui survient eu jour le jour et qui dérange nos programmations, et ce qui advient dans le monde et nous provoque. La grande et grave question qui nous préoccupe aujourd’hui est celle de le place de l’Islam dans nos sociétés occidentales et de nos rapports avec les musulmans. Quelques-uns parmi nous pourraient en parler mieux que moi, et notre communauté n’est guère sollicitée à cet égard, même si nous produisons de beaux textes sur l’inter-religieux. J’ai eu le bonheur de vivre quelques années en terre d’Islam, comme un hôte étranger, et ce fut une expérience singulière: J’ai été fasciné par le prosternement des bergers solitaires dans la montagne à l’heure de la prière et par l’arrêt de toute une ville pour la grande prière du vendredi. Je comprends que ces peuples qui attestent la grandeur absolue de Dieu soient scandalisés par l’oubli de Dieu dans nos sociétés. Il nous faut bien reconnaître que la question de Dieu et celle de la religion dans l’espace social est aujourd’hui posée par les musulmans bien plus que par les chrétiens. Et notre chère laïcité en est offusquée.

Or nous avons la responsabilité de nouer des relations fraternelles avec les musulmans. La triste actualité des jours derniers nous l’a durement rappelé, et nous avons eu de beaux témoignages de rencontre. Le pape François vient de rappeler qu’il n’est pas juste d’identifier l’Islam avec la violence. Cela ne peut pas non plus nous empêcher de reconnaître ce que Abdelwahab Meddeb appelait les maladies de l’Islam et leurs métastases dans toutes les parties du monde.

Et puisque je viens d’évoquer la belle figure de Meddeb, trop tôt disparu, je voudrais citer ce beau texte de lui précisément sur la veille dont parle l’évangile: « L’état de veille qui appelle à guetter ces points d’éternité, à se les suggérer, à susciter leur présence et à s’en saisir pour en jouir, cet état de veille vous accorde le privilège de mener votre vie comme une oeuvre d’art, dans l’honneur et l’orgueil qui se mêlent au souci de soi ».

Voilà. J’ai réussi à commenter l’évangile à l’aide d’un bel esprit tunisien.

fr bernard

Photographie de Karees LeRoy: Jeune berger de Koya | Iraq

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