Nativité

Homélie du Jeudi 8 septembre 2016

Nativité

Bien sur, il y a la généalogie longue et fastidieuse que nous venons d’entendre. Un peu arrangée, accommodée, harmonisée ou trafiquée, sans aucun doute. Mais bon.

Et puis il y a la finale de l’évangile d’aujourd’hui qui sonne comme un commencement. « Une jeune femme accordée en mariage à Joseph » ; « enceinte par l’action de l’Esprit Saint ». Et Joseph, « juste » et troublé – oo le serait pour moins ! –  par ce qui lui arrive. Une parole : « ne crains pas »…

« Tout cela est arrivé », ajoute l’évangéliste.

Pour tout dire, on ne sait rien de la naissance de Marie, mais on la fête quand même. Il a bien fallu qu’avant de se mettre en route, elle vienne de quelque part, cette fille. Alors on fête l’aurore de celle qui a – un jour du temps – mis au monde « le soleil levant » venu réchauffer et éclairer notre vieille terre.

Ce qui est beau à contempler, chez cette petite femme de Nazareth, c’est son goût pour la route, son goût de l’aventure, son consentement au surgissement de Dieu, son obéissance à la vie ordinaire, mais pas si ordinaire que ça.

On dit dans l’évangile qu’un jour elle s’est « mise en route, rapidement », pour s’en aller à la rencontre de sa vieille cousine. C’est peut-être ça, l’essentiel de Marie : en tout cas, c’est ce qui me touche en elle. Qu’elle se soit mise en route. Qu’elle ait accepté, jour après jour, de sortir d’elle-même, et de se laisser conduire ; qu’elle ait choisi sans réserve d’accueillir dans son corps et dans son cœur la vie de Dieu. Pas seulement durant un jour, pas seulement le temps d’une grossesse, mais toujours.

Et pour tout dire, le reste, on s’en fiche un peu !

Pour sortir, il a d’abord fallu qu’elle ait un « dedans ». Celui qui sort le fait toujours de quelque part, sans quoi il risque l’épuisement, la dispersion. Le « dedans » de Marie, c’est une vie toute imprégnée de l’amour et de la tendresse de ses parents, la culture de son peuple devenue sienne ; c’est la foi d’Israël manifestée dans cette longue généalogie, devenue sa propre foi, les Écritures accueillies comme une promesse…

La juste image de Marie, c’est sans doute celle d’une femme aux pieds usés d’avoir marché, mais aux yeux habités par cette clarté nouvelle qu’elle ne cesse d’accueillir. Elle n’a rien donné d’autre, Marie, que ce qu’elle a elle-même d’abord reçu.

Elle a mis Dieu au monde. Quelques années plus tard, Dieu l’a mise à son monde à lui : on dit ça le 15 août.  Quoi de plus logique ?

Elle a mis Dieu au monde… et c’est l’Eglise qui prend maintenant le relais.  Non pas que l’Eglise rende présent le Christ : il est plus libre qu’elle, libre d’aller et de venir. Mais elle le met au monde comme Marie, ce qui revient à dire qu’elle a charge de le révéler comme un Seigneur qui s’intéresse à l’homme d’aujourd’hui.

Lorsque nous fêtons la Nativité de Marie, on ne peut pas ne pas penser à la naissance de l’Eglise, à ce point de naissance que sont chacun de nos jours, pour nous et nos communautés.

Viens nous apprendre ta jeunesse, Seigneur !

Nous n’en sommes, nous aussi, qu’à un commencement.

P. Raphaël Buyse

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