Homélie du dimanche 30 octobre 2016

Homélie du dimanche 30 octobre 2016

Homélie du dimanche 30 octobre 2016. .

Le récit pittoresque du petit Zachée perché dans son platane d’où Jésus le fait dégringoler n’a rien d’un fait divers pour la gazette de Jéricho. Il s’agit, sous la plume de l’évangéliste Saint-Luc, d’un récit symbolique, c’est-à-dire qui renvoie, qui ouvre à un événement caché à découvrir avec les yeux de la Foi, une histoire qui n’est plus celle de Zachée et Jésus autrefois en Palestine, mais une histoire d’ici et d’aujourd’hui qui concerne le Christ vivant au milieu de nous. Un événement spirituel, celui de la rencontre entre l’homme qui cherche le Christ et le Christ qui se fait trouver par l’homme.

A lire attentivement le texte de cet Evangile, on découvre que Luc, qui par ailleurs est le saint patron des peintres, a choisi de peindre notre rencontre avec le Christ par le jeu du regard. Sur les quelques versets de cette histoire, par cinq fois revient le verbe voir et ses composés :

– Zachée cherche, en curieux, à apercevoir Jésus
– Il grimpe sur un sycomore pour voir Jésus et se faire une idée sur le personnage dont tout le monde parle.
– Jésus aperçoit Zachée et lève les yeux vers lui, en s’invitant chez lui.
– Les amis de Zachée, en voyant cela, ont un regard noir et récriminant.
– Zachée accueille Jésus en l’invitant à voir ce qu’il va donner aux pauvres : vois ici, Maître. C’est le signe visible de sa conversion.

C’est le moment merveilleux de la rencontre entre le pécheur et le Sauveur :
Le salut est arrivé pour cette maison, dit Jésus, car le Fils de l’homme est venu à la recherche de celui qui s’était perdu.
On pense ici à un hymne du temps de l’Avent :
Si nos mains pour t’accueillir
sont trop fermées sur nos richesses,
Seigneur Jésus, dépouillez-les
Pour les ouvrir à ta rencontre.

Reste maintenant à comprendre ce que cet itinéraire représente pour nous, tous et chacun(e).
Parlons d’abord de notre curiosité à l’égard de Jésus. Il y a une bonne curiosité, celle de chercher à savoir et à comprendre selon l’adage : mieux connaître pour mieux aimer. Dans le langage de la vie spirituelle, il s’agit du désir, du désir du Désiré, ce désir du Bien-Aimé qui traverse toute l’aventure du Cantique des Cantiques : Vous, les gardes de la ville, avez-vous vu celui que mon cœur aime, dites-moi, que j’aille le trouver où il habite.

Mais il y a, à l’égard de Jésus, une mauvaise curiosité, celle de chercher à travers les livres les plus récents, les hypothèses les plus farfelues, les suppositions les plus juteuses, quelque peu scandaleuses si possible, afin de découvrir le Jésus qui me convient, qui correspond à ma sensibilité, à ma philosophie de la vie, à des évidences déjà solidement acquises, oui à ce Jésus là et pas un autre. Lorsque nous nous livrons à ce genre de recherche, en fait, nous exposons le Christ à un examen. Et pour rester dans la symbolique du regard : nous dé-visageons le Christ, avec inévitablement une certaine impertinence, ou en tout cas, un manque de confiance.

Dès lors, au départ de ma conversion, au lieu de dévisager le Christ du haut de mon sycomore, j’accepte de me laisser envisager par Lui, de me laisser transformer par ses propres traits qu’il va amoureusement dessiner sur mon visage. Ainsi en va-t-il dans la prière lorsque je contemple silencieusement une icône : je ne regarde pas une icône, je me laisse regarder par elle, dans un mouvement d’abandon, par lequel je me désiste de mes richesses, c’est-à-dire de mes remparts, autrement dit de mes manques. Il n’y a que devant les autres que je suis tenté de me grimer, de me cacher dans la peau d’un personnage. Il n’y a que devant les autres que je passe pour être quelqu’un, forcé de plaire ou de déplaire.

Achevons, sœurs et frères, cette méditation par une prière pour prendre le risque de nous laisser envisager par le Christ :
Seigneur Jésus, je sais que j’ai du prix à tes yeux, et que, devant toi, il suffit d’être.
Je retrouve ainsi mon vrai visage, le tien, sans nul besoin de retoucher le mien.
Accorde-moi la grâce de me savoir enfant dans le creux de ta main. Amen.

fr. Dieudonné

Photographie fr Thibaut: Haute futaie, Clerlande, 31 octobre 2016

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