La foi comme une graine de moutarde

Homélie du dimanche 3 octobre 2016

 

La foi comme une graine de moutarde (Lc 17,5-10)

 Notre évangile de ce jour commence par une prière : « Augmente en nous la foi ». Cette demande, — qui n’est pas vraiment une prière au sens fort du mot, elle n’en a pas la forme, — nous paraît cependant heureuse et sincère. Elle semble animée par l’humilité des Apôtres qui reconnaissent leur peu de foi, et nous-mêmes, nous en faisons autant : nous nous sentons souvent faibles dans la foi conçue comme une force, une énergie pour accomplir les lourds commandements de l’amour du prochain. Très volontiers alors, nous nous tournons vers le Christ pour lui demander de « faire grandir notre foi ». Jusque-là, c’est bien, c’est très rassurant.

 Maintenant, observons bien la réponse de Jésus à ses chers disciples : il ignore carrément leur demande, celle d’augmenter leur foi, et il leur répond en termes différents, en changeant de registre. « Si vous aviez de la foi grande comme une graine de moutarde » — laissons tomber la suite, — le sous-entendu est celui-ci : la vraie foi, celle que moi je vous l’ai enseignée, vous n’en avez pas !, c’est donc inutile de me demander de l’augmenter en vous ! Et il ajoute ceci : si vous en aviez de celle-là, ne fût-ce qu’un seul grain, vous pourriez faire l’impossible, par exemple, planter un arbre dans la mer, car il n’y a rien de plus difficile que de mettre un arbre, qui symbolise la vie florissante, au milieu de la mer qui engloutit tout, et qui est le grand symbole du mal dans la tradition juive.

En d’autres termes, la foi n’est pas vraiment ce que les Apôtres pensent qu’elle est lorsqu’ils demandent de l’augmenter. Elle n’est pas une affaire de force, d’énergie, de puissance qui permettrait de réaliser des choses fantastiques, mirobolantes, des choses qui feraient de nous des héros. Nous connaissons tous suffisamment les évangiles pour savoir qu’ils contiennent plusieurs de ces petites histoires où l’un ou l’autre Apôtre avait rêvé d’un avenir glorieux. Les saints, eux aussi, ne sont pas des êtres exceptionnels qui auraient accompli des choses extraordinaires, du moins pas tous, loin de là. Si vous avez encore cette idée-là, je vous suggère de l’abandonner le plus vite possible. L’obstacle difficile à surmonter est que souvent les hagiographes, ceux qui écrivent la vie des saints, en rajoutent presque toujours; et celui de saint Benoît, saint Athanase, en est un exemple classique : il attribue à Benoît toute un série de miracles qui sont difficiles à gober, sinon en les rattachant à des miracles que des saints prestigieux de l’A.T. ont accomplis. Le mieux encore, pour vous convaincre du contraire est de regarder la vie des saints modernes : Thérèse de Lisieux, Jean XXIII, Jean-Paul II, Mère Teresa de Calcutta, l’abbé Pierre j’ajouterais très volontiers.

         La suite du texte qui fait l’éloge de l’homme ordinaire dans la personne de ce « simple » serviteur qui a obéi aux ordres de son maître en le servant après avoir trimé dans les champs sous une forte chaleur, elle confirme notre manière de comprendre cet évangile comme nous l’avons fait jusqu’ici : la foi telle que l’aime Jésus ne consiste pas à réaliser des choses difficiles qui feraient de nous des gens admirables. La nouvelle traduction des textes liturgiques a très heureusement remplacé l’adjectif « inutile, ou quelconque» par « simple ». Nous sommes « des simples serviteurs » qui n’avons fait que notre devoir ».

J’aime le petit texte reproduit dans le Missel des dimanches. Il est signé d’une religieuse carmélite qui parle ainsi à l’occasion de la canonisation de Thérèse de l’Enfant-Jésus : « Je crois bien que c’est la première fois qu’on canonise une sainte qui n’a rien fait d’extraordinaire : ni extases, ni révélations, ni mortifications … Toute sa vie se résume en un seul mot : elle a aimé le Bon Dieu dans toutes les petites actions ordinaires de la vie commune, les accomplissant avec une grande fidélité. Elle avait toujours une grande sérénité d’âme dans la souffrance comme dans la jouissance, parce qu’elle prenait toutes choses comme venant de la part du Bon Dieu ».

A travers ce texte, je voudrais répondre aussi à la question restée en suspens : si la foi n’est pas cette force qui me permettrait de réaliser de grandes choses, alors c’est quoi ? La carmélite nous le dit simplement avec ses mots : prendre toutes choses comme venant de la part du Bon Dieu. La foi est un don que nous avons à recevoir et non pas quelque chose à prendre. Elle est de l’ordre du qualitatif ; on ne peut pas l’augmenter ; il suffit d’en avoir, même un tout petit peu.

Recevons chaque jour des mains de Dieu le pain quotidien qui nous rassasie. Tu es mère ou père de famille, fais tout ce qu’il faut pour que tes enfants croissent en force et en sagesse, pour que ton mari ou ton épouse soit heureux à la maison. Tu es moine, lève-toi chaque matin pour louer le Seigneur et remplis toutes tes obligations et tes charges avec humilité et avec zèle le mieux que tu peux. Tu es serviteur, fais tout ce qu’un serviteur doit faire. Ne te mesure pas aux autres, mais fais tout ce que tu dois faire. Voilà me semble-t-il ce que l’Evangile de ce jour nous enseigne. Les miracles que Jésus laisse entrevoir ne proviennent pas d’une foi démesurée, mais seulement d’une foi véritable en Dieu. Cette foi, nous devons la recevoir. Si nous l’avons, elle fait de très grandes choses que les hommes peuvent admirer ou pas, cela n’a pas d’importance. Car c’est Dieu qui voit, c’est lui qui récompense.

« Bien-aimé, dit Paul à Timothée, ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains », depuis notre baptême, dirions-nous.

fr. Yves de Patoul

Photo: Vierge du bois de Clerlande, 2016
fr Thibaut

 

 

 

Billets apparentés

5è dimanche de Pâques. 14/05/2017 Jean 14, 1-10 : « Je suis la voie, la vérité et la vie » Homélie du 5è dimanche de Pâques. 14/05/2017 Ainsi commence le long discours d’adieu de J...
3è semaine du T.o. 22/01/2017   En ce début d’année, nous commençons un nouveau parcours évangélique avec l’évangéliste Matthieu. Deux faits marquants dans le passage que...
3e Dimanche de Pâques La première lecture nous a rappelés que l’évangile de Jésus Christ a toujours dérangé les pouvoirs publics. Au temps de Jésus, c’était davantage le po...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.