Deuxième Dimanche de l’Avent A

Deuxième Dimanche de l’Avent A

(Is. 11, Rm 15, Mt 3)

Deuxième Dimanche de l’Avent A

C ’est une particularité de ce temps de l’Avent : la liturgie de ces premiers dimanches fait retentir dans toute leur force les textes les plus puissants du Premier Testament, dont Jean-Baptiste est le dernier témoin.
Elle nous fait surtout entendre la voix du prophète Isaïe. A travers ce vieux texte, nous percevons une aspiration profonde qui est toujours d’actualité. « …L’enfant étendra la main sur le trou de la vipère. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur la montagne sainte… » Mais nous ne pouvons pas nous limiter à y voir la merveilleuse évocation du paradis perdu ou un rêve nostalgique de l’âge d’or. Et pas davantage une annonce de la paix, toujours à venir, depuis qu’Isaïe l’a si bien décrite, il y a 27 siècles. Combien de siècles nous faudra-t-il encore attendre ? En fait la seule chose qui nous intéresse est la paix aujourd’hui, peace now, comme l’appellent de toutes leur force les israéliens les plus lucides. Et ils ajoutent, sous forme de boutade, que leur premier ministre actuel « aime tellement la paix qu’il veut encore en parler pendant 50 ans ». Mais précisément, il ne s’agit pas d’en parler, seulement de la réaliser, comme Jésus nous y appelle : « En avant, les artisans de paix, vous serez appelés fils de Dieu ! »
Alors, comment construire la vraie paix, concrètement, ici, maintenant, avec nos moyens si limités ?
En réfléchissant aux façons concrètes de hâter la venue du Règne de Dieu parmi nous, sous la conduite du ‘Roi pacifique’, je vois trois attitudes, telles que les lectures de ce jour les proposent : trois A : accueil, audace et ardeur.

Accueil

Nous avons entendu saint Paul dans l’épitre : « Accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. » Cette disposition à accueillir est à la source de toute démarche de paix. De fait, le Christ a accueilli tous ceux qui s’adressaient à lui, compatriotes ou étrangers, juifs ou païens. Dans ce domaine surtout, il a mené a à leur accomplissement les promesses des prophètes. Il les a libérées d’un certain ethnocentrisme étroit qui les entravait encore, quand notamment ils invitaient tous les peuples à « monter à la montagne du Seigneur », Jérusalem, le seul lieu de paix. La paix que Jésus réalise est sans aucune discrimination et se répand en toutes les directions.
Mais commençons autour de nous. Tant que nous donnons la paix à certains et pas à d’autres de notre entourage, nous ne pouvons pas donner de vraie paix. Toute limitation compromet l’ensemble du mouvement. Or c’est précisément en accueillant nos proches « comme le Christ nous a accueillis », en ce qu’ils ont d’étranger, d’étrange, voire d’apparemment menaçant, que nous pouvons aussi respecter et prendre à cœur ceux qui sont plus lointains et construire un monde de paix. Et par ailleurs nous découvrons qu’un tel accueil purifie le cœur, le guérit de beaucoup d’amertume et le dilate aux dimensions du monde. Les deux Béatitudes, celle des artisans de paix et celle ders cœurs purs sont toujours liées.

Audace

Tous les témoins, à commencer par Jean- Baptiste, sont unanimes : il ne faut pas avoir peur de dire toute la vérité. Avec celui qui a peur, il est impossible de travailler pour la vérité et la paix. Jésus, qui nous connaissait bien, nous redit à travers tout l’Évangile : « N’ayez pas peur » pour ceux qui vous menacent ; allez de l’avant ; n’hésitez pas à dire toute la vérité…
Aujourd’hui, plus que jamais, la crainte pour les lendemains nous habite et nous sommes obsédés par la sécurité à tous les niveaux. Nous avons constamment tendance à nous protéger. Mais que vaut notre paix si elle est assurée de cette façon ? En fait la recherche continuelle de sécurité paralyse notre bienveillance profonde, parce qu’elle est une manière d’être toujours sur nos gardes contre une possible danger. En contraste avec cette attitude je pense ici à la prière que Christian de Chergé répétait au moment où les frères étaient le plus menacés : « Désarme-moi, désarme-les ! » il faut en effet commencer par baisser la garde, oser rencontrer les autres. Nous pouvons faire une telle expérience entre nous : quand nous entretenons dans notre cœur la méfiance et la peur, nous suscitons aussi chez les autres le soupçon et la fermeture. Tant que nous avons peur, nous ne pouvons pas être des pacificateurs. Tant qu’il y a quelque part en nous du mépris, du rejet et du ressentiment, nous ne pouvons construire aucune relation vraiment paisible avec qui que ce soit. Ce temps qui précède Noël et sa trêve, n’est-il pas le moment favorable pour tenter des réconciliations ou simplement des rapprochements, ̶ ou encore des découvertes ? Il apparaîtra alors que l’audace n’est pas une vertu extraordinaire, réservée à ceux qui ont une forte constitution… Mais il faut être très motivé.

Ardeur

C’est pourquoi il nous faut ajouter l’ardeur à l’audace dans l’accueil. Il ne suffit pas de savoir combien la paix est importante, il faut la désirer, « la rechercher et la poursuivre », de toutes ses forces, comme le demande saint Benoît, en citant le psaume. Et pour cela il importe d’avoir goûté la saveur de la vraie paix, la paix de l’âme, du corps et de l’esprit. Le shalôm dont parlent les textes du Premier Testament ne signifie pas absence de guerre, mais plénitude de vie. L’esprit du Seigneur est un esprit de force. Et Jésus baptise dans l’Esprit saint et le feu. Sans ce feu ardent, sans cette bonne ardeur, nous ne pouvons rien entreprendre de très valable. En entendant pendant tout ce temps de l’Avent les prophéties qui évoquent avec tant de belles images un monde possible où règne le respect, la bienveillance, l’amour et « la connaissance du Seigneur [qui] remplit le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer », nous pouvons mieux reconnaître ce shalôm et raviver notre désir profond de paix tout autour de nous.

Mais, encore une fois, il ne suffit pas de parler de paix ; les paroles sont du vent, tant qu’elles ne sont pas incarnées. Or nous célébrons ici la Parole faite chair, l’Amour de Dieu vécu et partagé parmi nous.
Prions les uns pour les autres pour que nous soyons de ceux qui réalisent la Parole et qui font l’expérience de la Béatitude des artisans de paix. Nous découvrirons alors avec joie, en fêtant Noël, qu’au-delà de tous nos efforts, la paix est un don de Dieu, comme le chantaient les anges à Bethlehem : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes qu’il aime ».

fr. Pierre

illustration: Chagal, La Paix, 1963

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