Messe de la nuit de Noël – 24/12/2016

Samedi 24 décembre 2016

Messe de la nuit de Noël 2016

Mot d’accueil

A u nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Que le Dieu de l’espérance et de toute consolation vous donne en plénitude la paix et la joie et que le Seigneur soit toujours avec vous.
Mes sœurs, mes frères, nous avons vécu ensemble cette année des moments intenses de joie et de peine, de douleur et de sérénité. Nous avons ressenti le départ du Frère Jean-Yves comme un arrachement qui nous a atteint personnellement. Dans notre fondation à Kinshasa, nous avons fêté l’inauguration de l’Ecole secondaire et dans deux semaines, quatre frères congolais vont prononcer leurs premiers vœux.

Ces réalités s’inscrivent dans une humanité profondément blessée par ces millions de migrants et de réfugiés qui fuient leur terre pour chercher, quelque part, un asile bienveillant. Noël, en cette nuit, nous invite à plonger à nouveau au plus profond de notre espérance. Par Marie et Joseph, Dieu se mêle à l’histoire des humains pour lui donner sens, la sauver, la transfigurer. Car, Jésus, Enfant-Sauveur, si humainement fragile et démuni, entre, encore et toujours, dans nos histoires humaines.
A l’entrée du monastère, dans l’abside, sur la peinture de Georges de la Tour, la lumière de l’enfant emmailloté illumine d’une douce lumière chaque visage sous un angle particulier. En cette nuit, cette lumière peut pénétrer chacune de nos vies, nos foyers, notre communauté. Elle nous révèle en nous-même un autre chemin, plus intérieur, vers cet endroit d’où nous sommes partis, et que nous pouvons découvrir cette nuit, comme si c’était la première fois.
Celui que nous célébrons, si humble et si doux, demeure la source inépuisable de notre espérance et de notre consolation. Qu’il éveille en nous cette source de consolation et nous donne de chanter « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes qu’il aime ».

Fr. Martin.

OUVERTURE

« Alors qu’un silence paisible enveloppait toutes choses, et que la nuit parvenait au milieu de sa course rapide, du haut des cieux ta Parole toute-puissante s’élança du trône royal. » C’est écrit au Livre de la Sagesse et nos pères ont retenu le milieu de cette nuit pour fêter la Nativité du Seigneur.

L e Fils éternel du Père est né parmi les hommes, petit d’homme, lui qui est né du Père avant tous les siècles. C’est son nom : Natus, si difficile à dire en français, celui qui naît, qui est né. Car le Fils de Dieu est en naissance éternelle. La naissance est dans l’être même de Dieu, et c’est ce qui nous émerveille d’abord cette nuit.

Le vieux texte de la Sagesse le disait autrement : la Parole s’est élancée du sein d’un profond silence. Le monde, cette nuit, n’est pas en silence, il est en fête, et la fête fait du bruit. Tout juste met-on les vieux cantiques de Noël comme un décor sonore autour du sapin. Il faut pourtant un grand silence pour entendre le frémissement de la présence de Dieu. Joseph nous y conduit, qui ne dit mot et veille sur cette nativité. Veillons donc à côté de Joseph le silencieux.

Mais nous ne pouvons pas entrer dans le silence sans rejoindre les silences lourds de tristesse, le silence des pauvres esseulés privés de fête, le silence de la mort quand les derniers gémissements s’éteignent, le silence qui suit l’éclatement des bombes avant les cris et les pleurs, le silence de toute souffrance, le grand silence de Jésus après le dernier cri sur la Croix. Car il faut bien toujours aller de la crèche à la Croix.

La crèche était un pauvre refuge dans le remue-ménage du recensement. Ainsi entrait Dieu subrepticement dans le brouhaha de l’Histoire. Il fallait être tout pauvre comme les bergers pour voir cette belle lumière. C’était la lumière de la tendresse de Dieu.

Fêtons Noël dans cette tendresse qui enveloppe toute humanité.

Et souvenons-nous : Jésus a dit qu’il faut toujours naître de nouveau pour entrer dans le Royaume. Que ce Noël soit pour chacun de nous une naissance secrète, toute neuve, encore pleine de promesses.

Fr. Bernard

Homélie

A u temps de Jésus, dans le Temple de Jérusalem, le grand-prêtre entrait une fois par an pour invoquer le Nom au-dessus de tout nom que nul ne pouvait prononcer. Au milieu du Saint des Saints, se tenait l’Arche d’Alliance. Taillée dans un bois d’acacia et plaquée d’or, elle avait à l’intérieur un propitiatoire, un espace sacré couvert lui aussi d’une plaque d’or, sorte de tabernacle propice à Dieu. Aux extrémités de l’Arche, deux chérubins étaient tournés vers ce centre, se faisant face. Ils regardaient l’espace intermédiaire entre eux, présence mystérieuse, tissée de silence, signe de l’intensité de la rencontre.

Les ailes des chérubins étaient déployées vers le haut et en couvraient l’intérieur, évoquant la présence divine qui pardonnait le péché du peuple, à l’image de Jean-Baptiste qui baptisera près du Jourdain pour la conversion. C’est dans cette disposition intermédiaire, qu’habitées par le silence, les religions peuvent trouver un lieu de communication. Le dialogue silencieux des Chérubins devient le langage muet de qui s’approche du divin, percevant une parole infinie que l’on entend lorsque rien ne se fait entendre.

En cette nuit silencieuse, nous célébrons le mystère infiniment plus grand d’un petit enfant né dans le secret d’un jeune couple, tourné vers l’intérieur, dans le silence de Dieu, couvrant l’humanité de son manteau de compassion. Les chérubins sont là, l’espace intermédiaire s’ouvre à toutes les religions dans un nouveau dialogue du cœur : les bergers présents relient les gens simples et les pauvres à toute la création.

Il faudrait retracer le chemin de l’histoire sainte pour entrer dans les vues de Dieu et dévoiler sa manière de transformer l’humanité en un lieu propice, lieu de grâce et de joie, de pardon et de compassion. Car dès les origines Dieu s’efface progressivement pour confier sa création à la responsabilité des humains. Dieu se fait tout petit et se retire comme la mer laisse surgir les continents.

Trois rencontres, où les Chérubins agissent, vont préparer cet « enfant dans la nuit », ce désir de Dieu qui, mystérieusement, va orienter nos vies, la face cachée de notre être, la part secrète de chacun de nos proches. Trois rencontres, trois songes, trois renversements préparant l’histoire des hommes.

D’abord, l’Annonciation, cet immense moment où l’Esprit Saint nous donne Jésus à travers Marie. La Vierge Marie accepte le message de l’ange et, ce faisant, elle pénètre profondément dans la vie des trois personnes divines. C’est le grand tournant de l’histoire du monde, vécu humblement, secrètement, au fond du cœur. C’est l’épreuve de l’amour. Marie épouse l’Esprit Saint avant même d’être mère. Le cœur à cœur entre Marie et son Fils se prolongera près de trente ans dans une vie cachée.

Ensuite, Marie entre dans la voie du dépouillement intérieur. Elle va vivre trois mois chez Elisabeth et Zacharie. Zacharie est muet ! Marie et Elisabeth gardent souvent le silence. Le secret de cette naissance est bien gardé ! Une connivence profonde habite les deux femmes, un tressaillement intérieur surgit quand Jean-Baptiste ressent la présence de l’enfant Jésus. Tout baigne dans le silence, le secret, l’émerveillement d’un monde nouveau qui naît dans l’épreuve. Il y a là une complicité dans l’amour.

Enfin, à la naissance de Jean-Baptiste, Marie quitte cette maison, elle retourne à Nazareth. L’Esprit de Dieu la conduit dans un détachement plus grand. Elle retrouve Joseph : elle pressent qu’il va souffrir devant cet enfant. Tous deux se taisent. Tous deux s’aiment d’un amour vrai habité par Dieu. C’est à l’Ange, au Chérubin de parler à Joseph dans un rêve, de le libérer de son angoisse. Le sommeil et les songes sont une réalité très mystérieuse : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse, car ce qui est engendré en elle est l’œuvre de l’Esprit Saint » Mt 2…Joseph reçoit cette parole étrange et ne dit rien. Il prend donc Marie sous son toit et partage avec elle l’attente de l’enfant.

Devant l’édit de l’empereur, ils sont forcés de prendre la route au moment où le Fils de Dieu va naître. C’est un contraste inouï. D’un côté, l’empereur Auguste, maître du monde ; de l’autre, l’Enfant de la crèche, si fragile, si démuni dans cette grotte de Bethléem. Isaïe avait bien prophétisé : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi (Is. 9. 1). A Noël, une joie lumineuse éclate au milieu de la nuit.

Est-ce le passé ? le présent ? Et si, à notre tour, dans le monde d’aujourd’hui, nous avions à renouer avec le chemin qui est le nôtre pour aller vers l’insondable mystère de cet enfant-Dieu ? Appelés à une joie et une paix sans borne, nos cœurs brûleront de bonheur. Attirés par l’amour et l’appel divin, nous pourrons nous aussi renaître, découvrir cet espace intérieur d’où nous sommes partis, ce lieu protégé par les Chérubins qui nous fera chanter du plus profond de notre être : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime ».

Les monastères de par le monde, dans toutes les religions, vivent de cet espace de silence, de recueillement et de fraternité dans lequel jaillit un chant d’espérance et d’amour. Nos monastères chrétiens y découvrent une dimension divine si cachée, si fragile, portant la souffrance et le mal du monde. Nous pouvons être proches tantôt de Joseph, tantôt de Marie, de l’Enfant Jésus, des Anges ou des bergers. En cette nuit, le chœur des moines est relié à la louange des Anges. Il se prolonge chaque jour dans la liturgie et nous ne pouvons ignorer l’immense détresse de tant d’êtres humains sur cette terre. Nous les rejoignons par l’accueil, la prière, la compassion. Nos frères à Kinshasa vivent Noël dans un contexte social et politique bien différent, les réfugiés, le Moyen-Orient de même.

Cependant, seule la présence de l’Enfant Jésus, à l’image de l’Arche d’Alliance protégée par les ailes des Chérubins, peut guérir et sauver. Pour nous, seul est réel le chemin du retour vers la Source et la Fin de toute chose, l’Eucharistie que nous célébrons en mémoire de Celui qui nous a révélé l’inouï de Dieu, un Dieu fait chair, mort et ressuscité pour nous et pour le salut du monde. En cette nuit très sainte, adorons le Dieu trois fois saint à travers cet enfant si petit, doux et humble, né dans une famille qui repose à l’ombre de l’Esprit Saint.

fr Martin.

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