8è dimanche du T.O. Matthieu 6 24-34

Homélie du 26 février 2017

8è dimanche du temps ordinaire. Matthieu 6 24-34
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Ce dimanche encore nous entendons le ‘Sermon sur la Montagne’. L’évangéliste Matthieu y a rassemblé les paroles les plus neuves de Jésus. Il y a recomposé son programme, on dirait même son ‘manifeste’.

Il y annonce surtout que Jésus n’est pas venu abolir la Loi, mais bien plutôt l’accomplir. Mais ce mot ‘accomplir’ est lui-même ambigu. Il ne suffit pas d’accomplir la Loi, comme on accomplit un devoir, pour être en règle avec elle, pour en être quitte… En tout cas, avec l’Évangile, on n’est jamais quitte ! On peut prétendre ‘accomplir’ la Loi, mais on ne pourra jamais ‘accomplir’ l’Évangile’. C’est évident dans la partie du Sermon sur la Montagne que nous avons reçue aujourd’hui.

Mais pour bien comprendre le passage lu aujourd’hui, et d’ailleurs tout l’ensemble du ‘Sermon sur la montagne’ , il nous faut partir de ce que dit Jésus en conclusion : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. » Autrement, en négligeant ce qu’il faut « chercher d’abord », nous risquons d’entendre ces belles images des oiseaux du ciel et les lis des champs comme une invitation à l’insouciance et un excuse à l’irresponsabilité. Or l’accomplissement de l’Évangile n’est pas une vie dans les nuages. À l’Ascension, quand les disciples fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, des anges leur ont dit : Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? »

Mais la conclusion de notre évangile dit clairement : « Cherchez d’abord…. » cherchez, efforcez-vous, travaillez à la réalisation du Royaume. En d’autres termes : « Aide-toi et le ciel t’aidera ». Il faut commencer par nous aider nous-mêmes. Pas moins nous engager personnellement, parce que nous savons que le ciel nous aidera, ̶ pas moins prier le ciel de mener à bonne fin notre travail, parce que nous nous nous engageons à corps perdu dans notre tâche.

Or pour trouver cet équilibre, Jésus ne nous enseigne pas des règles de discernement subtiles ; il nous donne seulement une piste : développer notre foi. Il doit en effet constater que le développement de la foi n’est pas tellement la préoccupation de ses disciples, et ici encore, comme souvent dans les Évangile, il s’adresse à eux : « Hommes de peu de foi », (oligópistoi) pourquoi ne comprenez-vous pas encore ? Oui, tout cet enseignement est une invitation à développer notre foi, une foi efficace pour l’édification du Royaume de Dieu.

Si nous voulons dépasser la façon de vivre des pharisiens qui se contentaient d’accomplir la Loi, pour être en règle avec Dieu, si nous cherchons efficacement à « accomplir la justice » de l’Évangile, nous avons besoin de davantage de foi. Pratiquement, cela consiste à faire ce que nous avons à faire dans notre vie quotidienne, dans notre métier, mais toujours avec à l’horizon le Royaume qui est justice, paix, miséricorde, simplicité, accueil. La foi est cette écoute, en toute noter vie, d’un appel à vivre en enfants du Père céleste, un appel à l’ouverture sur un dépassement, en tout ce que nous faisons.

Un exemple nous est donné un peu plus haut dans le texte que nous avons entendu : « Vous ne pouvez pas à la fois servir Dieu et l’Argent ».

Jésus ne condamne pas l’argent. Il a lui-même manipulé de l’argent. Il ne le maudit pas. Il sait qu’il peut parfois être une bénédiction, quand il vient au secours d’un pauvre. Il payait les impôts. Et d’ailleurs il fréquentait les collecteurs d’impôt et les riches.

Par contre il sait être dur quand il constate les ravages que la richesse peut causer, quand le luxe effréné du riche lui fait oublier Lazare à sa porte, quand la soif du gain aveugle même les disciples les plus proches : il sera lui-même trahi pour 30 pièces d’argent. Oui, l’argent peut être une cause de totale déchéance.

Cependant ce qui le consterne plus encore est de constater que la richesse rend imperméable à la grâce, comme dans le cas du jeune homme riche qui avait voulu suivre Jésus. Il accomplissait aussi toute la Loi, mais finalement il est reparti « tout triste, car, nous dit l’évangile, il avait de grands biens ». L’argent peut non seulement aboutir à la déchéance, quand il fait tomber l’homme en dessous de sa vraie dignité ; il peut aussi inhiber tout accueil de l’Évangile, tout dépassement, et empêcher la vraie joie.

Pour nous, qui ne sommes pas malhonnêtes, ni exploiteurs des pauvres, c’est à ce niveau que se situe l’appel de Jésus. La question que nous devons nous poser est : dans quelle mesure la richesse inhibe-t-elle notre accueil plénier de l’Évangile ? Car telle est bien la préoccupation de Jésus : que rien ne nous empêche d’accéder à la joie des Béatitudes.

Notez bien qu’en disant : « Vous ne pouvez pas servir deux maîtres », Jésus n’est pas d’abord préoccupé de défendre l’honneur de Dieu. Son Dieu n’est pas un dieu jaloux qui exclurait tout autre attachement. Le ‘Fils de l’homme’ part de notre point de vue. Il veut défendre la dignité de l’homme. Il essaye seulement de nous avertir qu’en nous agrippant à nos richesses nous nous rendons incapable de tout dépassement, incapable de développer le meilleur en nous. Ce qui importe pour Jésus, c’est l’homme vivant, et cette liberté spirituelle qui permet à l’homme de vivre dans la confiance et la simplicité.

En définitive, l’argent doit toujours rester une question : tout, autour de nous, nous pousse à penser que la seule question est : comment le gagner, comment le garder ? Mais Jésus ne cesse de nous demander : une fois que vous l’avez acquis, qu’en faites-vous ? Et il précise ailleurs (Luc 16, 9) « Eh bien ! moi, je vous dis : faites-vous des amis avec cet argent ! » pour qu’à leur tour, ils vous accueillent, un jour. Tel est, me semble-t-il, le sens ultime de l’argent. Nous voyons qu’il est, hélas, souvent la cause de conflits et d’injustice, mais Jésus reconnait la valeur de l’argent, précisément parce qu’il y voit un merveilleux moyen pour créer des liens et faire des amis.

C’est là que, pour nous, la foi intervient. La foi, selon l’Évangile, c’est connaitre les priorités ; c’est savoir, en toutes choses rendre grâce à Dieu ou défendre l’honneur de Dieu, toujours menacé en ses pauvre, en nos frères ; c’est « ne rien préférer à l’amour du Christ ». Si ces priorités sont vraiment devenues les nôtres, alors les questions de nourriture, de santé ou de vêtement ne seront plus des exigences absolues qui absorbent toute notre attention et toute notre énergie, voire tout notre argent. Il reste possible et même nécessaire de prendre bien soin de la nourriture, pour qu’elle soit savoureuse, et de nos vêtements, pour qu’ils soient adaptés et beaux, ̶ mais pas au point de revendiquer cela absolument, pas au point de défendre nos droits contre les autres, et même au prix des autres. Car, en vivant dans la foi et la confiance, nous n’en serons plus obnubilés.

En évoquant les oiseux du ciel et les lis des champs, Jésus ne nous demande donc pas de vivre comme eux. Ce n’est pas en vivant dans l’insouciance que nous pouvons plaire à Dieu, parce que qu’alors nous ne faisons qu’être à charge des hommes. Mais en développant notre foi et en entrant résolument dans la dynamique du Royaume de Dieu, nous pouvons vivre dans une grande liberté spirituelle. Alors, libérés de trop de soucis personnels, nous pouvons bien nous soucier de nos frères et sœurs. Oui, libres par rapport à tout ce dont nous disposons, par rapport à notre argent, nous aurons alors la joie de toujours pouvoir faire des amis avec.

Fr. Pierre

Photographie: La promenade en montagne, Tamié, février 2017. Fr. Thibaut

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