La Transfiguration de Jésus…

Homélie du 2e dimanche de carême, 12 mars 2017

La Transfiguration de Jésus…

C’est assez redoutable de devoir en parler, d’éventuellement la commenter, à la limite de l’expliquer. Vingt siècles de Pères de l’Eglise, de théologiens et de mystiques s’y sont risqués. Vingt siècles de chants et d’hymnes liturgiques n’ont pas eu peur de l’approcher.

Plusieurs siècles d’iconographes orientaux ont préféré le silence du pinceau, tel l’auteur de cette icône ici exposée aux bons soins du fr. Grégoire.
Et nos trois évangélistes, Matthieu, Marc et Luc, ont eu bien des difficultés à en relater l’événement, pour autant que la Transfiguration fût un événement visible à l’œil nu. Pour Mt et Mc, Jésus leur serait apparu « métamorphosé » (c’est le terme qu’ils emploient : « metamorphosis »). Pour luc, c’est le visage de Jésus qu’ils ont vu « tout autre » (« éteron »), dans un rêve, semble-t-il, car ils étaient « écrasés de sommeil ».

Ces imprécisions de vocabulaire n’ont pas empêché, depuis le 8e siècle, toutes les Eglises orientales et l’Eglise romaine de fêter unanimement, le 10 août, la Transfiguration du Christ, que l’Eglise de Byzance appelle la fête de la « metamorphosis tou Kuriou Christou », fête de la « métamorphose du Seigneur Christ ».

CCependant, aujourd’hui, ce n’est pas un doublet de la fête de la Transfiguration que nous célébrons. Son récit doit se lire dans le temps du Carême où la liturgie, dans chacun des trois cycles A, B, C, inaugure notre marche vers Pâques par, le 1e dimanche, une manifestation de Jésus dans le désert aux prises avec les tentations diaboliques, et ce 2e dimanche, par la manifestation du Christ en gloire, sur la montagne.

Ces deux récits ne supportent pas, faut-il le redire, des faits journalistiques, mais se proposent comme des approches en paraboles d’une expérience spirituelle, l’expérience de Jésus tout au long de son existence terrestre, et l’expérience des Apôtres aux approches de la Passion de leur Maître.

Et de fait, nous y voilà. Matthieu rapporte la Transfiguration au chapitre 17, dans les derniers chapitres donc de son évangile, chapitre 17 qui précède quasi immédiatement le récit de l’entrée de Jésus à Jérusalem, le lieu de sa Passion et de sa mort ignominieuse.
Vient alors la question du comment nous impliquer dans cette expérience spirituelle, dans cette connaissance mystique, osons le dire, de la métamorphose pascale.
Saint Paul, dans sa seconde lettre aux Corinthiens, nous en assure la possibilité, lorsqu’il écrit :
« Le Seigneur est Esprit, et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. Et nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes TRANSFIGURÉS – littéralement « métamorphosés » écrit saint Paul – en cette même image, avec une gloire toujours plus grande, par le Seigneur qui est Esprit. » ( 3, 18.)
En d’autres termes, la vision de la transfiguration du Christ engendre notre propre transfiguration. Mais les choses ne sont pas si simples, car nos yeux de chair sont incapables de voir le Christ transfiguré. Ce fut le cas des apôtres, comme le nôtre.

Comment pouvons-nous parvenir à ce dévoilement du mystère divin de Jésus ? Remarquons d’abord que, selon les évangélistes, la transfiguration a lieu dans un endroit retiré, sur la montagne, sur une haute montagne, à part, et, précise saint Mc, dans la prière. Et c’est dans ce climat de solitude et de prière que les apôtres entendent la révélation divine : « Celui-ci est mon fils bien-aimé. Ecoutez-le ».
*

Ce n’est donc pas par la vue, mais par l’oreille – l’oreille du cœur – que nous pouvons accéder à ce mystère. L’écoute jouit du privilège de percevoir l’invisible. C’est dans l’écoute silencieuse de la parole divine de Jésus que l’inouï de Dieu peut se dire.

Notre vie de Foi est ascétique, je ne vous l’apprends pas, car il n’y a rien d’extraordinaire à voir – et heureusement, car notre liberté est ainsi sauvegardée. Mais si Dieu se dérobe aux yeux de chair, il nous donne rendez-vous dans le silence de notre cœur, et son éloignement devient si intime que son Esprit nous rend tangible l’invisible. Dans nos moments de doute, – et la Foi n’est-elle pas le doute constamment dépassé -, le silence de Dieu avive le nôtre et notre solitude n’est plus seule.

Le Carême est dès lors un temps de joie parce qu’il est un temps de recueillement silencieux qui nous révèle la patience immense de Dieu qui nous précède et nous attend fidèlement. Et si nous-mêmes l’écoutons fidèlement, c’est comme chaque fois une renaissance qui nous dévoile le vrai visage de sa voix, et, comme on dit des amoureux, nous en devenons métamorphosés.

fr. Dieudonné

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