4è dimanche de Paques. 7/05/2017

Temps pascal, année A

« Je suis la porte »

4è dimanche de Paques. 7/05/2017

Quand Jésus dit: « Je suis la lumière du monde« , nous comprenons tout de suite qu’il chasse les ténèbres, qu’il dissipe l’obscurité, qu’il permet de voir clair dans la confusion du monde. Quand il dit: « Je suis le pain qui donne la vie« , nous avons l’expérience d’être vraiment nourris par son évangile. Dans ce chapitre 10 de l’évangile de Jean sur le thème du berger, il dit aussi qu’il est la porte. C’est une belle image, mais plus délicate à décoder, car elle évoque aussi bien l’ouverture que la fermeture. Une porte est ouverte ou fermée. Il y a bien un intermédiaire: la porte entrebâillée, mais elle est alors déjà ouverte.

Dans la vie commune, les portes sont souvent un sujet de crispations: les uns aiment les laisser ouvertes quand les autres s’empressent de les fermer. Et ces situations peuvent s’entendre plus largement: ouvrir les portes signifie accueillir. C’est ainsi que l’on peut proposer des journées « portes ouvertes » et donner à voir un lieu et sa vie.

A l’inverse, la porte fermée est ambivalente: elle peut exprimer l’intériorité; Jésus recommande d’entrer dans notre chambre et de fermer la porte pour prier le Père dans le secret.

Mais la porte fermée signifia aussi le refus d’accueillir, ou encore la peur des autres, comme on le lisait à Pâques des disciples enfermés au cénacle dans la peur. Jésus vient au milieu d’eux toutes portes closes. Et tout de suite il les envoie: ils devront donc bien ouvrir les portes pour sortir et aller au monde. L’Eglise devra toujours laisser ses portes ouvertes, pour laisser entrer et faire sortir.

Quand la porte est fermée, il faut frapper. Jésus nous y a poussés: « Frappez, on vous ouvrira. A qui frappe, on ouvrira« . Il s’agit de la prière et de l’insistance dans la prière: demandez, cherchez, frappez! Pourquoi faut-il tellement insister? Dieu n’est ni lointain ni endormi. Il sait de quoi nous avons besoin avant que nous le demandions. Il ne peut que vouloir nous le donner. « Si vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il L’Esprit Saint à ceux qui l’en prient. » (Lc, 11, 13) L’Esprit Saint, c’est la force et la douceur, l’ardeur, la paix et la joie. C’est tout ce que Dieu veut nous donner. S’il nous faut le demander avec insistance, c’est pour augmenter notre vouloir. Le vouloir de Dieu cherche notre vouloir. Il ne peut pas vouloir à notre place. C’est ainsi que je comprends la prière du Seigneur: « que ta volonté soit faite »: que notre volonté aille à la rencontre de la tienne. S’il faut frapper avec insistance, c’est pour fortifier notre volonté.

Dans la parabole des dix jeunes filles, les cinq imprévoyantes trouvent la porte close. C’est trop tard. La grâce était passée, il fallait la saisir. Si le coeur n’est pas prêt, on rate la chance du moment qui s’offrait.

Car il s’agit bien finalement de la porte du coeur. ouvrir sa porte, c’est ouvrir son coeur. Patet janua, magis et cor: la porte est ouverte, et le coeur plus encore. C’est à la porte du coeur que le seigneur vient lui-même frapper dans ces versets de l’Apocalypse que nous chantons chaque soir en ce temps pascal: « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un m’ouvre la porte, j’entrerai et je dînerai avec lui, et lui avec moi« . Jean-Paul II lançait cet appel au début de son pontificat: « Ouvrez toutes grandes vos portes au Christ« .

Le Christ est lui-même la porte pour aller au Père. Toute notre prière eucharistique l’exprime si bien: pour lui, avec lui, en lui, nous nous rassemblons pour faire monter vers le Père notre louange et nos demandes.

Mais il est aussi notre porte pour aller et venir librement. Il va même jusqu’à dire qu’il est le seul à nous l’offrir, que tous ceux qui sont venus avant lui sont des voleurs et des bandits, ce qui est tout de même difficile à appliquer à David, à Salomon, et à tous les prophètes. Retenons pour nous ce grand message de liberté: « Je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. » L’Eglise doit donc être un lieu où l’on peut aller et venir librement, et c’est bien l’image que nous en formons ici. Mais nous avons aussi à offrir ce témoignage dans un monde où tant de leaders et de pécheurs veulent imposer leur système. nous n’avons pas le droit de penser et de dire n’importe quoi et n’importe comment. Mais nous avons le droit et le devoir de l’analyse et de la critique. nous ne voulons pas être un troupeau bêlant derrière nos bergers. Nous avons tous un seul et même berger: le Christ. Nous cherchons ensemble à entendre sa voix. Chacun est appelé par son nom, et cet appel est sa vocation propre.

Le Christ est devenu le berger parce qu’il a été l’agneau du sacrifice, comme la lettre de Pierre nous l’a exprimé, en ajoutant: « pour que vous suiviez ses traces ». Suivre les traces du Seigneur, c’est devenir bergers de nos frères, bergers les uns des autres, et donc en même temps agneaux. C’est précisément dans la mesure où nous sommes agneaux avec le Christ, l’Agneau de Dieu, que nous devenons bergers.

Suivre ses traces, c’est aussi être comme lui des portes qui permettent à chacun d’aller et venir, des portes ouvertes donc à tous les courants d’air, aux courants qui donnent de l’air. Ouvrons nos portes au souffle de Dieu. Ouvrons nos coeurs à ceux qui cherchent un peu de chaleur et de lumière. nous en avons tellement besoin. A nous d’être une Eglise où souffle un vent de liberté pour permettre à chacun d’être et de donner le meilleur de lui-même. Il suffit pour cela d’imiter Dieu qui se retire pour laisser être le monde et laisser les hommes faire l’histoire. Laissons-nous donc assez de place les uns aux autres, et la vie jaillira, une vie en abondance.

fr. Bernard

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