15è semaine du Temps Ordinaire. A. 2017

Dimanche 16 juillet 2017

15è semaine du Temps Ordinaire. A. 2017

Les pins sylvestres qui nous entourent nous délivrent un message continu de prodigalité: ils parsèment leurs pommes, des centaines de pommes de pins qui donnent quelques dizaines de jeunes arbres. La nature se moque superbement du gâchis, elle choisit plutôt la profusion, la largesse. Elle sème des milliers de graines pour faire pousser quelques plantes. Dieu dans sa création n’est pas avare, ni calculateur. Il privilégie l’abondance et la surabondance. Il est le maître puissant de l’efficacité et de la fécondité.

Pourtant Paul nous dit que la création a été livrée au pouvoir du néant à cause de nous, mais qu’elle est dans l’espérance d’être libérée de la dégradation pour connaître la liberté et la gloire. Avec nos mots et nos concepts, nous dirions aujourd’hui que nous courons le risque redoutable de dégrader la planète, la terre et les océans, et d’aller ainsi à rebours de la création que Dieu nous a chargés de poursuivre. Bergson disait qu’il nous faudrait un supplément d’âme pour équilibrer la croissance de notre efficacité.

Mais de quelle efficacité est-il question ici ? Isaïe nous parle de l’efficacité de la parole de Dieu: il n’a pas peur du gâchis, il jette. « Ma parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission« . Il vaut la peine de considérer cette efficacité dans la Parole de Dieu en nous. Il y a un signe de cette action intérieure de la parole en nous: c’est qu’elle nous dérange, elle nous fouille et nous juge. Et aujourd’hui particulièrement elle stimule notre largesse, notre profusion, c’est-à-dire notre générosité.

La parabole du semeur a bien deux visées. Elle parle de la prodigalité de Dieu qui sème sa parole à tout va, sur tous les terrains. Mais elle pointe aussi la qualité du terrain qui la reçoit: le bord du chemin, les cailloux, les ronces, la bonne terre. Et l’explication donnée par Matthieu nous rejoint bien:
– entendre sans comprendre. C’est souvent notre cas, et il peut être aggravé quand nous comprenons encore moins l’homélie qui voudrait l’expliquer et l’appliquer. Mais notez tout de même au passage que les mots d’Isaïe cités par Matthieu ne mettent pas en cause le prédicateur, mais ceux qui écoutent sans écouter parce qu’ils sont durs d’oreille et que leur cœur s’est alourdi. Ce n’est pas toujours le sens qui est en panne.
– Recevoir la Parole avec joie, mais pour un moment. « Quand vient la détresse », dit le texte, on tombe parce qu’on n’a pas de racines. Beaucoup font l’expérience de ces moments de détresse où la Parole de Dieu n’est plus d’aucun secours. Est-ce parce qu’on n’a pas de racines, ou parce que l’épreuve est trop lourde ? C’est le silence qui est le compagnon de nos détresses.
– Les soucis du monde, poursuit Matthieu, peuvent étouffer la Parole. Il ajoute: les séductions de la richesse. Disons plutôt pour nous: le souci de ne pas être dans le manque, de préserver nos avantages, notre sécurité. La Parole de Dieu aime le risque, elle entraîne à l’aventure. Quand on veut trop prévoir et organiser, elle ne trouve plus de place.

Jésus a fait l’expérience de cette diversité des terrains où tombait sa parole, mais rien ne l’a arrêté, ni les rejets ni l’hostilité. Il y a laissé sa vie, mais sa parole court encore à travers le monde. Elle est plus forte que nos faiblesses à l’annoncer. Elle se joue de nos êtres timorés et pusillanimes. L’Évangile a la même prodigalité insouciante, désintéressée, que la nature autour de nous. Et comme la nature a sa propre puissance qui la déploie toujours, l’Évangile nous entraîne encore au-delà de nous-mêmes.

Je reprends volontiers ici ce que j’écrivais il y a quelques années:

Sens-tu monter du plus profond de la terre, perçois-tu sur toute sa surface ce mélange de désir et d’angoisse, de lassitude et d’espérance ? C’est cela le monde que Dieu a lancé dans l’être et qu’il laisse devenir. C’est dans ce monde-là qu’Il s’est mis en tête d’advenir. Laisse monter en toi la poussée du désir. C’est Dieu qui vient à la rencontre de la terre qui se soulève vers lui. A ta mort même, ton désir et le sien s’embrasseront, et ce baiser te relèvera.

fr. Bernard

photographie de fr Thibaut: Autour de Clerlande

Enregistrer

Enregistrer

Billets apparentés

Vigne et ouvriers Dimanche 8 octobre 2017, 27è TO Vigne et ouvriers Je chanterai pour mon ami, dit Isaïe,  le chant du bien-aimé à sa vigne. Ce chant est une compla...
Assomption Mardi 15 aout 2017 Assomption La relation de l'Eglise avec Marie est complexe et fascinante, tout comme la dévotion du peuple chrétien à Marie. De b...
Transfiguration 18è semaine TO (A) Dimanche 6 aout 2017. Transfiguration. Les visions nocturnes de Daniel sont surréalistes et hallucinantes: un trône de feu avec ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.