Profession solennelle à Mambré

Homélie du dimanche 2 juillet, à Mambré

Profession solennelle à Mambré

Cher P. Prieur Clément, frères bien-aimés, chers amis et fidèles de Mambré, chers Frères Léon et Fidèle,

C’est un grand bonheur pour moi d’avoir pu suivre votre recherche de Dieu et de pouvoir célébrer en ce jour votre profession solennelle, c’est-à-dire que votre appel à ne rien préférer à l’amour du Christ soit en ce jour confirmé par l’Esprit-Saint et l’Eglise. Nous rendons grâce ensemble pour cette présence divine qui rayonne en vous et en même temps, je tiens à vous féliciter d’avoir traversé les doutes, les combats, les épreuves qui sont celles des disciples de Jésus-Christ et de les avoir vaincus.

Être moine aujourd’hui en RDC, qu’est-ce que cela signifie ? La première réponse est simple : désormais, vous devenez des signes vivants de la Gloire de Dieu, par la prière, le travail. Désormais, vous devenez pour votre famille et vos amis des adorateurs du vrai Dieu trois fois saint. Vous êtes des reflets sur terre de son amour, de sa vérité, de son pardon, de sa miséricorde. Dieu vous a choisis pour chanter la gloire de son Nom. Vous avez rompu avec les affaires du monde. Et vous portez le trésor de Dieu qui vous est confié dans des vases d’argile, car l’être humain est toujours fragile et il a besoin de la miséricorde de Dieu et du soutien de ses frères.

Pour saint Benoît, comme pour les saints Pacôme, Augustin et Basile, le modèle de toute vie communautaire est, sans contestation possible, la vie des premiers chrétiens au lendemain de la descente de l’Esprit à la Pentecôte. C’est la source inépuisable du monachisme : le partage des biens, la prière continuelle, le travail des mains, l’hospitalité, la vie fraternelle vécue dans un grand amour du Christ. C’est votre manière de montrer humblement par l’exemple que vous êtes de vrais citoyens de ce pays ; qu’ensemble à Mambré comme à Clerlande, c’est la justice et le partage qui est votre souci, plus par l’exemple vécu que par la parole. Comme le disait déjà St Benoît : « sois leur modèle et non leur législateur ». La vérité passe par la vie de tous les jours et pas seulement dans les discours !

Votre style de vie, toi frère Léon dans l’agriculture que tu as perfectionné en passant deux mois en Inde au monastère du P. Clément à Kappadu, toi frère Fidèle dans tes compétences d’électricien, que tu as perfectionné au Bénin dans le monastère de ……, est centrée sur le cœur. Faire descendre son esprit dans son cœur et vivre en présence de Dieu. C’est un style de vie centré sur la vie intérieure nourrie de la Parole de Dieu et des études ; ce style obéit aux rythmes de chaque jour et en même temps est pénétré d’une grande espérance, car chaque jour nous rapproche du retour de Jésus et nous marchons vers Lui. En un mot, c’est prendre conscience, s’éveiller à la présence de Jésus-Christ à chaque instant de votre vie. C’est le sacrement de l’aujourd’hui. Si le Christ est présent dans notre cœur, il brûle en nous et nous sommes habités par cette présence.

La vie monastique n’est pas un ensemble de règles, c’est un organisme vivant, complexe, où nous sommes liés les uns aux autres, à nos familles, à tous ceux qui nous entourent, à l’Eglise de Kinshasa et de la RDC. Dans les éléments fondateurs d’un style de vie, la Règle bénédictine envisage toujours une convivialité, une vie commune durable et une influence réciproque entre les frères plus âgés et les frères plus jeunes, les bien portants, les malades, les frères au travail et d’autres qui, à cause de leur âge ou de leur faiblesse, travaillent de manière réduite. C’est une vie quotidienne qui nous appelle à approfondir nos relations, toujours les mêmes, toujours différentes. Oui, c’est un trésor de charité qui nous enveloppe mystérieusement.
​Nous puisons nos forces dans la prière continuelle. Les Anciens répétaient à leurs disciples : « Mets ton esprit dans ton cœur et demeure sans cesse en présence de Dieu » et aussi « Fais reposer la douceur dans ton cœur et souviens-toi du Christ, Agneau et Pasteur, et de ce qu’Il a souffert pour toi ». Ecoute est le premier mot de la RB et parvenir au but les derniers mots. Comment y arriver ? Comment avoir le cœur dilaté ? Comment être joyeux de vivre avec nos frères ? Par la simple lecture de toute la Bible et en faisant de celle-ci notre nourriture quotidienne, lue, mâchée comme on mâche la nourriture, ruminée, digérée jusqu’à ce qu’elle habite en nous comme une vie nouvelle.

Cette prière continuelle nourrie par la lectio divina, la rumination de la Parole de Dieu, pénètre toute notre vie et notre prière commune. C’est l’Eucharistie qui est la Source et le But de notre vie, « jusqu’à ce qu’Il revienne… ». Les Laudes du matin, chant de joie et d’adoration ; les Vêpres du soir, prière d’intercession pour les autres frères, nos familles, ceux qui peinent et souffrent, tout s’unifie dans le don du Corps et du Sang du Christ. Comme disait un père de famille qui avait assisté à l’accouchement de son enfant et qui s’exclamait : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ». Jésus-Christ fait de nos communautés son Corps et son Sang. Ensemble, nous sommes le Corps du Christ. Malheur à qui le détruit ; béni soit celui qui le construit, chacun à sa place.

Nos vies s’inscrivent dans un rythme bien équilibré : ni trop lourd ni trop léger pour que nous tenions dans la durée sans troubler ni écraser personne. Saint Benoît est très équilibré. La prière personnelle comme celle de la communauté est semblable à une plante fragile et humble qui, sous l’action de Dieu et dans la ligne des saintes Ecritures, se développe lentement chaque jour. Comme le paysan qui voit grandir ce qu’il a planté de nuit et de jour. Nous voyons notre cœur se dilater peu à peu, devenir compatissant, patient, supportant tout, aimant nos frères, habités par l’Esprit Saint. Le respect et l’attention aux personnes accueillies comme le Christ se manifeste partout : à l’hôtellerie, dans le travail, les sports, les rencontres. Le moine est infiniment respectueux des autres, sans orgueil, avec humilité et non en manifestant sa supériorité, sa prétention d’être mieux que les autres. Il n’est pas le pharisien du XXIe siècle !

Chez Benoît, le travail manuel fait corps avec la prière et avec tous les hommes obligés de gagner leur vie à la sueur de leur front. Le moine doit vivre « du travail de ses mains comme les Pères et les Apôtres » RB 48. 8. Toute l’existence du moine est un retour vers Dieu. « Prie et travaille au milieu de tes frères » est la ligne directrice de sa vie.

​Le travail acquiert une dimension très profonde car le cycle de la création, saison des pluies et saison sèche, semailles et récoltes s’unissent au rythme de la vie commune, jour après jour, dans un horaire propre à la tradition monastique, unique dans la vie religieuse. Chaque tâche a son rythme : à l’infirmerie, c’est la qualité des soins en même temps que l’extrême souci du malade. Le malade est honoré car on voit en lui la présence du Christ. Il est là en chacune de nos rencontres. Le rythme de vie s’adapte à toute activité : l’infirmerie, l’accueil, le fonctionnement du bélier, l’eau, l’électricité (je me souviens que le fr. Fidèle se levait souvent la nuit pour mettre en marche le moteur du bélier afin que se remplissent les réservoirs d’eau du monastère).

Saint Benoît se préoccupe de chaque personne, qu’il s’agisse du cuisinier, du portier, du cellérier ou de l’abbé en personne. « Si la communauté est nombreuse, on donnera des aides au cellérier afin qu’il puisse accomplir sa tâche d’un cœur paisible ». RB 31. 17. Il en va de même pour tous. Ce cadre de vie qui lie le rythme de la vie commune à celle de la Création en respectant toute chose conduit à un dernier point : l’insistance sur la stabilité. Benoît pense que le monastère doit pouvoir se suffire à lui-même et ainsi pouvoir aussi aider les familles qui l’entourent. C’est un univers complet où il est important d’harmoniser toutes les composantes de la vie quotidienne : la prière et le travail, la lecture et le sommeil, les repas, le soin des malades, la solitude, la rencontre, l’accueil. Tout doit trouver son lieu et sa juste intégration. A cet égard, les bâtiments à Mambré sont bien disposés et devront toujours s’ajuster aux justes réalités d’une vie commune, dans le silence et la communication, dans le recueillement et le service demandé.

Je conclurai par l’accueil à Mambré. Nous rejoignons par ce mot la Bible elle-même et l’Evangile. L’exemple des premiers chrétiens se poursuit en chaque communauté monastique ; les trois anges qui apparaissent au chêne de Mambré, symbolisent les trois personnes de la Trinité conférant à chaque accueil cette dimension divine et très humaine à la fois.

Mes frères bien-aimés, chers amis, chers frères Léon et Fidèle, que le Seigneur Jésus, dans cette Eucharistie, vous donne d’entrer plus profondément dans le mystère de votre vocation. Que l’Esprit-Saint poursuive en chacun de vous votre vocation personnelle au service de toute la communauté, de l’Eglise et du monde, et qu’il la mène à bon terme avec la grâce de Dieu le Père. Amen. En tout cela, reconnaissons aussi tous ceux qui vous ont formés, vos parents, vos formateurs et le P. Clément qui porte une charge lourde et qui conduit la vie de ce monatère.

fr. Martin

photographie: Profession solennelle des frères Léon et Fidèle à Mambré. fr. Thibaut

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Une réflexion sur “ Profession solennelle à Mambré ”

  1. Merci Martin pour cette magnifique homélie que nous avons écoutée ensemble ce soir à la mer, Christian et moi, tandis que dormaient nos petits enfants. C’est un très beau témoignage évoquant ta vocation bénédictine et celle de tes frères. Belle préparation aussi à notre temps de réflexion en fraternité de Clerlande qui commence dimanche prochain.
    Fraternellement
    Chantal et Christian

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