24è Dimanche T.O. (A)

Mt 18. 21-35

Dimanche 17 septembre 2017 – 24è Dimanche T.O. (A)

Un personnage de Dostoïevski prononce ces paroles : « Seigneur, tout est en toi, moi-même je suis en toi. Accepte-moi. Je ne peux mettre un pied devant l’autre, non seulement dans la rue mais dans l’existence qu’en me rappelant ton pardon et ta miséricorde, et aussi ta volonté que j’existe, sinon le dégoût de moi-même et le sentiment de mon inexistence me désintégreraient dans le néant, ou pour être plus précis : dans l’enfer ».

Cette parole nous remet devant l’essentiel de nos vies, l’amour de Dieu et du prochain. Cette double perspective s’inscrit dans l’Evangile de ce jour : le pardon sans limite 7 fois 77 fois et la parabole du débiteur impitoyable.

Voici un roi qui veut régler ses comptes avec ses serviteurs. Cette mention initiale du roi donne à ce règlement de compte la valeur d’un jugement dernier, d’un jugement sans appel. Notre vie repose sous sa parole créatrice et aimante de Dieu. Refuser cette relation, c’est nous tourner vers le néant, vers le vide. Et même si nous nous tournons vers le néant, le Dieu incarné, Jésus crucifié, descendu aux enfers, nous attend pour remettre nos dettes. Dieu ne nous demande rien d’autre que notre amour en échange du sien, il nous acquitte de nos dettes.

Au-delà des mathématiques, des comptes, c’est de nous-mêmes dont il est d’abord question. Jetons-nous aux pieds du Seigneur Jésus, en clamant comme saint Pierre ; « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur » (Lc 5. 8). Chacun de nous, comme le débiteur qui se jette aux pieds du roi, est appelé à poser ce geste d’adoration qui émeut le cœur du Père pris aux entrailles par ce geste de pardon.

Notre prochain, lui aussi objet de dettes à l’égard de Dieu, mérite le respect de sa relation au mystère et le secret de sa vie. C’est un être éminemment libre, créé à l’image de Dieu. Qui sommes-nous pour le juger ? Pourquoi nous l’approprier en lui enlevant sa liberté ? Les autres ne nous appartiennent pas. Il faut bien comprendre en ce sens le mouvement de la parabole.

Le serviteur libéré de sa dette se précipite sur un de ses compagnons qui lui doit une somme modique. Il le prend à la gorge avec une totale férocité et le fait jeter en prison. Est-ce parce que Dieu nous pardonne, nous libère, nous ramène à lui, nous donne de lui rendre grâce, de l’adorer, qu’à notre tour, nous allons encombrer les autres de notre égocentrisme. Allons-nous le laisser exister, bénéficier de la même grâce que celle que nous avons reçue de Dieu ?

Dieu nous pardonne nos dettes, à notre tour nous avons à lâcher prise et à pardonner aux autres. Ce n’est pas l’inverse : nous pardonnons et Dieu nous pardonnera ! Le pardon reçu appelle à un retournement complet de nous-mêmes. Nous sommes appelés à aimer sans compter, sans juger, sans comparer. Pardonner libère. Ce pardon est pure grâce, source de miséricorde. Si nous n’arrivons pas à pardonner, nous n’arriverons pas à le recevoir de Dieu.

Un frère interrogea Abba Poemen : « Si je suis témoin de la faute d’un frère, est-ce bien de la cacher ? » L’ancien répondit ; « A l’instant où nous couvrirons la faute d’un frère, Dieu aussi couvrira la nôtre ; à l’instant où nous la dévoilerons, Dieu, lui aussi, dévoilera la nôtre ».
​Peut-on insérer ici la question de Pierre qui devait être d’actualité dans l’Eglise fondée par Matthieu ? Candeur de Pierre pardonné trois fois, candeur de Matthieu le publicain converti : « Seigneur, quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois lui pardonnerai-je ? Jusqu’à sept fois. » Pardonner sept fois, ce sont les sept jours de la Création et les sept jours de la semaine.

Le Dieu de l’Ancien Testament prononce l’outrance de la violence quand il menace de tuer cette fois qui s’en prendra à Caïn et septante sept fois sept fois avec ses successeurs (Lamek). Cette spirale de la violence, si cruelle à notre époque, est abolie par Jésus qui inverse les perspectives : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois ». Jésus nous appelle à devenir disciple miséricordieux du Père miséricordieux, portant les fardeaux du prochain comme Lui-même a porté nos propres fardeaux, aimant sincèrement les hommes comme lui-même nous a aimés.

Nous voici devant les choix cruciaux du Jugement dernier. Notre vie se déroule devant un monde d’une violence inouïe que nous regardons souvent muets devant la télévision. Notre vie est-elle faite de douceur et d’humilité à l’égard de ceux et de celles avec qui nous vivons ? Sommes-nous habités par le pardon et la miséricorde ? Dans l’eucharistie de ce jour, Jésus, notre Seigneur nous appelle au pardon infini de ceux qui ne savent pas ce qu’ils font et il s’offre pour nous dans ce mouvement de lâcher prise et d’amour qui fait de nous des fils et des filles de Dieu, des frères et des sœurs entre nous.

La Paix offerte à ses disciples par Jésus le matin de Pâques soit également avec vous

​Chères sœurs, chers frères,
​Nous voici réunis dans cette chapelle pour nous retrouver, conscients d’être là ensemble au nom de Jésus. C’est son Esprit qui nous rassemble et donne sens à ce que nous avons vécu cette semaine. Évènements douloureux et tragiques à travers le monde, évènements joyeux, comme la fête de la Wallonie et l’action de grâce célébrée en ce moment même à Court Saint-Etienne à l’occasion des 20 ans de sacerdoce du Père Jean-Marc Abeloos, ami du monastère. Déposons tous nos soucis dans cette eucharistie qui transforme toute chose en Lui.

Là où deux ou trois sont réunis en son Nom, nous dit Jésus, « Je suis là au milieu de vous ». Notre assemblée dépasse les réalités humaines, elle est une assemblée de Dieu, elle est Église. En ce jour, Jésus nous apprend à pardonner sans cesse, jour après jour, jusqu’à septante sept fois sept fois. Conscients de nos limites, de notre faiblesse, de notre péché, tournons-nous vers la Croix glorieuse du Christ, signe de mort devenu signe de vie, d’espérance et de paix.

fr. Martin

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