Vigne et ouvriers

Dimanche 8 octobre 2017, 27è TO

Vigne et ouvriers

Je chanterai pour mon ami, dit Isaïe,
 le chant du bien-aimé à sa vigne.
Ce chant est une complainte, la mélopée de l’amertume d’un dépit. Il avait tout fait pour sa vigne, le bien-aimé, il l’avait clôturée pour la mettre à l’abri des prédateurs, il avait bâti une tour de garde, il avait même prévu le pressoir pour les lourdes grappes qu’il attendait. Mais tout ce travail n’a servi à rien. La vigne n’a pas produit de raisin. Alors le bien-aimé devient fou: il veut que cette malheureuse vigne soit piétinée, dévorée par les bêtes, étouffée par les épines et les ronces. Cette vigne, dit clairement le prophète, c’est le peuple d’Israël. Dieu attendait des grappes de droit et de justice; il n’a trouvé que l’iniquité et les cris de détresse

Il attendait. Il attend toujours, car la vigne, maintenant, c’est nous, nos pays européens de vieille chrétienté. c’est une vigne qui a été plantée il y a bien longtemps, qui a des racines profondes et étendues. Produit-elle aujourd’hui le droit et la justice? Nous sommes fiers de nos États de droit, de nos démocraties qui nous assurent une réelle liberté de penser, de parler et d’écrire. Il fait bon vivre chez nous et tant d’autres peuples nous envient qui viennent justement frapper à nos portes. ces migrations sont l’un de nos grands défis, avec celui des exclusions que nos sociétés génèrent. Oui, Dieu attend toujours chez nous le droit et la justice.

La parabole de Matthieu porte moins sur la vigne que sur les vignerons. C’est une allégorie plus qu’une parabole: tous les termes ont un sens évident : le peuple d’Israël, la succession des prophètes qui lui ont été envoyés jusqu’au fils qui est jeté hors de la vigne, hors de la ville pour y être tué. Le propos de Matthieu est clair: le Royaume de Dieu est enlevé à Israël pour être donné à un autre peuple qui doit lui faire produire son fruit. À nous donc, maintenant, de lui faire produire son fruit. À nous donc, maintenant, d’être les vignerons qui font fructifier l’Évangile dans le monde. Nous connaissons bien les beaux vignobles de Moselle ou de Champagne, mais il faut voir le travail minutieux des vignerons qui émondent, qui taillent avec précision au point que le cep paraît tout amputé, qui vont même jusqu’à allumer des feux pour éviter le gel. Et c’est merveille de voir les grappes pleines de soleil.

Voilà ce que nous sommes, penchés avec application sur nos tâches quotidiennes, vignerons dans la grande vigne du Seigneur, dans l’alternance des saisons du monde. La vigne n’est pas à nous, elle nous nous est confiée en fermage, et le Maître est parti en voyage. Je ne voudrais pas trop pousser le sens des mots, mais tout de même: il est parti, il ne s’occupe plus lui-même de sa vigne, il nous laisse faire, il dépend de nous , il en a pris le risque en nous prenant au sérieux. Et il attend. « J’attendrai de beaux raisins ». On peut donc bien aller jusqu’à dire qu’il a mis en nous son espérance. « Vous espérez toujours en ma providence, dit Dieu, et elle ne vous décevra pas, Mais comprenez-vous que moi le premier j’ai mis en vous mon espérance? Comprenez-vous que je suis en attente, et que le secret du Royaume c’est le rencontre de nos attentes, la mienne et la vôtre? » Vous dites, comme mon Fils vous l’a appris: que ta volonté soit faite! Et bien, j’attends que votre volonté s’ouvre à la mienne, que votre désir le plus profond réponde à la profondeur de mon désir.

L’Évangile de Jean fait bouger les images de Matthieu pour livrer un autre message. « Je suis la vigne, dit jésus. Vous êtes les sarments, et mon Père est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde pour qu’il en porte d’avantage… Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruits ».

Tout est changé: nous ne sommes ni la vigne ni les vignerons. c’est le Christ qui est la vigne, mais le Christ tout entier avec son grand corps. nous sommes les sarments qui reçoivent la sève du cep pour donner de beaux fruits. Jean brise alors la coque de ces images viticoles: il s’agit de demeurer, demeurer dans le Christ qui demeure en nous. Au livre de l’Exode, la Demeure était la Tente de la rencontre où Dieu venait converser avec Moïse comme un ami avec son ami. Alors, mes amis, fermons nos yeux et posons nos coeurs près du coeur du Christ: là est notre demeure intérieure. Et puis ouvrons les yeux et contemplons en souriant ces humbles et belles demeures de Dieu que nous sommes. Nous plierons nos tentes, et irons les planter ailleurs dans le monde pour que Dieu y demeure.

fr Bernard

Image: Rembrandt, La parabole des ouvriers dans la vigne

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