30è Dimanche T.O.

Dimanche 29 octobre 2017

30è Dimanche T.O.

​Introduction

Mes sœurs, mes frères, vous avez été nombreux à nous accompagner lors du décès du P. Barnabé samedi dernier et du P. Dieudonné, dimanche matin, il y a à peine huit jours. La communauté des frères de Clerlande vous exprime toute sa gratitude pour votre affection, votre solidarité, votre prière.

Aujourd’hui, nous célébrons 50 ans de présence à Ottignies : action de grâce pour tous ce que nous avons pu vivre. J’évoquerai quelques-uns de ces moments après le repas. C’est aussi le moment de nous ouvrir à l’avenir avec la grâce de Dieu et de lui faire pleinement confiance.

C’est le Seigneur qui nous attend dans l’Évangile de ce jour, nous rappelant le grand commandement : celui de l’Amour.
Pour être accordés à ce que nous célébrons, reconnaissons notre péché, celui du monde et implorons la douce miséricorde divine.

Homélie

Mes sœurs, mes frères, entrer dans le mystère de la​ rencontre de Dieu et de notre prochain, passe par l’expérience de vie. Car qu’est ce grand commandement de Dieu, sinon l’amour ?
​Aujourd’hui, nous entendons ce message en communion avec nos deux frères décédés cette semaine, les frères Barnabé et Dieudonné. Et vous étiez si nombreux, vous associant à ce que nous vivions. Leur vie résonne dans cet évangile qui relie si bien et l’amour de Dieu, mystère unique en chacun et l’amour fraternel, qui nous unit tous et toutes à Clerlande.

Le fr. Barnabé, âgé de 95 ans, portait dans son cœur et dans son corps le souci de ses paroissiens du Congo et spécialement de Kapolowe. Il gardait le sourire, reflet de Dieu sur tous ceux qu’il rencontrait, ce merveilleux sourire, disait-il, qui sert à beaucoup de gens qui souffrent. Sa vie rayonnait de ce don de la joie qui vient d’en Haut. Le fr. Dieudonné consacra une grande part de sa vie au renouveau de la liturgie, contribuant à une compréhension plus profonde et plus active de la liturgie. Ainsi, par exemple, l’Eucharistie peut être regardée en quatre étapes : la mise en présence de Dieu, l’écoute de sa Parole, le cœur à cœur au moment de la consécration ; le corps à corps en communiant. C’est la rencontre centrale de nos vies, c’est aussi la rencontre de chacune et de chacun, car tous ensemble, nous formons le Corps du Christ.

C’est à l’âge de 12 ans, que le fr. Dieudonné fit sa communion solennelle, le jour de Pentecôte, dans l’église de Cuesmes au Borinage. Je rejoins ma place, écrit-il, je ne vois plus personne, ni les prêtres à l’autel, ni mes camarades, ni le nef bondée de parents. Je vois Jésus-Enfant qui me fait signe de la main : « Viens, suis-moi ». J’ai mon secret qui me fait bondir. La suite de la journée sera merveilleuse.

Mes sœurs, mes frères, aimer Jésus-Christ, aimer ceux qui nous sont donnés sur la route de la vie, ce sont des expériences de vie uniques, données à chacune, à chacun. A nous d’écouter cette vie qui est là en nous et autour de nous.

A la question provocante des pharisiens dans l’Evangile de ce jour : « Quel est le grand commandement ? » répond la simplicité de Jésus, limpide comme du cristal : aimer Dieu et son prochain comme soi-même.

Jésus reprend la grande tradition de la Révélation de Dieu dans la Bible : « Tu aimeras Dieu de tout cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée ». Cette sentence fait en effet partie de la prière connue de tout juif : « Ecoute Israël ; le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur ; et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Et ces paroles que moi je te commande aujourd’hui seront dans ton cœur et dans ton âme ; et tu les inculqueras à tes fils et tu parleras d’elles, assis dans la maison, en marchant sur la route, en te couchant et en te levant… » (Dt 6. 4 à 9).
​Aimer Dieu, c’est écouter sa voix, le servir, s’attacher à lui et surtout le vénérer avec respect et grandeur. Cette attitude concerne notre cœur (kardia), notre âme (psuchè) et nos forces (dunamis, dynamisme). Le cœur concerne nos instincts bons et mauvais ; notre âme exprime la durée de notre vie, jusqu’à notre dernier souffle, nos forces nous poussent à sortir de notre égocentrisme. Nous sommes appelés à méditer ces paroles, à les mettre en pratique, à les enseigner. Chrétiens et moines, nous nous efforçons de vivre de cette parole de Dieu, ruminée, priée, enseignée.

Mais la grande révolution de Jésus est la suite de son commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Etre humain à l’égard des autres comme nous le sommes à l’égard de nous-mêmes change la vision de Dieu et surtout établit une correspondance forte entre notre comportement à l’égard d’autrui et celui que nous avons à l’égard de Dieu.

Jésus nous appelle à la simplicité, à avoir un cœur d’enfant, à se défaire de soi pour être libre d’aimer Dieu et les autres. Les premières communautés chrétiennes, décrites dans les Actes des Apôtres, ont répondu à ces exigences : « Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières…Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun… Ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l’allégresse et la simplicité de cœur…Les thèmes dominants sont l’unanimité, la communion fraternelle et la mise en commun des biens. C’était une façon de répondre aux exigences de l’Evangile. La tradition monastique s’inscrit dans même courant : ora et labora, prie et travaille au milieu de tes frères.

​La vie commune s’avère une redoutable école d’apprentissage de l’amour du prochain, une folie même. Que des êtres humains puissent vivre ensemble est en soi une annonce du Royaume de Dieu, une anticipation du bonheur des cieux. Celui qui n’aime pas son frère ne peut aimer Dieu, c’est un menteur, écrit Saint Jean dans son Epître (1 Jn 2. 9).

Comment fait-on pour tisser de tels liens entre nous ? C’est un combat quotidien habité par la grâce de Dieu. Comme un rayon de soleil, cette grâce, l’amour si vous préférez, transforme notre regard, nos gestes, nos paroles, notre cœur. Toute notre vie nous sommes appelés à aimer sans mesure comme Jésus nous a aimés.

Il y a donc plus : aimer autrui comme nous-mêmes, c’est une étape qui implique d’abord de s’aimer soi-même ; mais Jésus nous appelle à nous aimer comme lui-même nous a aimés, c’est-à-dire aimer jusqu’au bout, jusqu’à donner notre propre vie. C’est un appel à redéfinir nos lieux d’appartenance.​

La grandeur d’âme de Jésus est rarement exprimée dans le nouveau Testament avec plus de clarté et de solennité que dans ses paroles tombées de la Croix : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23. 34). C’est le sommet de l’amour, écrit Luther King, C’est une merveilleuse aptitude de Jésus à joindre parole et action, amour du Père et amour des ennemis. Cette dichotomie étrange, ce fossé douloureux entre ce qui doit être et ce qui est, représente le côté tragique du pèlerinage terrestre de l’homme et en même temps Jésus nous y accompagne et nous montre chaque jour le chemin d’espérance vers le Royaume.

fr. Martin

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