32è semaine T.O.

Dimanche 12 novembre 2017

32è semaine T.O. (A).

Elles s’appelaient autrefois les vierges sages et les vierges folles, et c’était plus imagé que les jeunes filles prévoyantes et insensées qu’elles sont devenues. Les folles avaient un côté sympathique, comme toujours lorsqu’on se laisse aller à un peu de folie. Et les sages n’étaient pas prêteuses, donc pas très charitables. En plus, cet époux qui arrive au milieu de la nuit ferme aussitôt la porte derrière lui et ne veut pas connaître les retardataires.

Matthieu exprime clairement son message: il faut veiller car on ne connait ni le jour ni l’heure de la venue du Christ. Mais de quelle venue s’agit-il ? Pour Matthieu, c’est sûrement la venue dernière du Christ, celle dont nous parlons dans le Credo: « il reviendra dans la gloire« . Comme il y a vingt siècles que l’Église l’attend, cette venue, ce retour ne nous tourmente guère. Nous savons, ou nous croyons qu’il reviendra au terme de l’Histoire pou récapituler toute chose en lui , c’est-à-dire donner à chaque vie son sens. Mais ce retour est loin, car l’Histoire est encore loin de son terme, même si nous ne la connaissons pas. Nous vivons avec un avenir de l’Histoire devant nous. nous pensons, peut-être à tort, que la fin du monde n’est pas imminente.

Mais nous savons aussi que le Christ vient toujours, dans notre aujourd’hui. Je dis que nous le savons parce que c’est notre expérience spirituelle. Le Christ vient dans notre lecture quotidienne de son évangile. Nous croyons en sa parole, qu’il est au milieu de nous quand nous sommes rassemblés en son nom. Veiller, comme le demande Matthieu, signifie pour nous garder bien notre attention à sa présence invisible au cœur de nos vies.

Or que nous dit cette parabole des 10 vierges ?
Qu’elles s’endorment toutes, les sages comme les folles. Pour nous, c’est le sommeil de la foi. À la mesure de notre éveil aux réalités quotidiennes et de notre accaparement par toutes nos activités, notre foi peut sommeiller. Nous le savons bien quand il nous arrive, le soir, de regarder après-coup notre journée. Combien de temps avons-nous vraiment vécu avec le Christ, dans la joie et le réconfort de sa présence ?

Où sont nos lampes ? Et où est l’huile qui les alimente ? C’est une question que chacun de nous peut se poser. Mais il faut encore repousser plus loin la question: où sont nos nuits où nous avons besoin de lampes ? Plusieurs d’entre nous pourraient le dire en parlant de leurs longues épreuves, de la maladie, de la solitude, de l’abandon. Dans ma nuit noire, donnez-moi une lueur d’amitié.

L’amitié. c’est une autre chose que la fraternité. D’ailleurs, qu’est-ce que la fraternité ? Nous nous donnons les uns aux autres le titre de « frère ». Mais nous savons combien il est difficile d’être vraiment fraternels. Être frères, c’est avoir le même père, et c’est justement dans la prière, quand nous nous tournons vers Dieu comme notre Père, quand nous le reconnaissons comme la source de notre être, que nous commençons à peine à pressentir ce que c’est que recevoir les autres comme des frères et nous offrir chacun à eux comme un frère, une sœur. Appeler Dieu « Père », c’est être fils devant lui, se recevoir soi-même de lui. C’était la prière de sainte Claire: « je te remercie, ô Dieu, de m’avoir créée. » Alors, je sais que l’autre à côté de moi fait la même prière, se reçoit lui aussi de Dieu comme le Père de tout être. Il est mon frère, ma sœur, dans cet accueil de lui-même comme venant d’un autre. Voisins dans nos prières, nous devenons frères.

Mais sommes nous amis ? La naissance de l’amitié entre deux êtres est mystérieuse. c’est un don, une grâce. Nous pouvons nous y prêter, la favoriser, mais elle ne se décide pas. Nous savons par notre expérience communautaire que notre fraternité ne fait pas forcément de nous des amis. c’est déjà beaucoup quand elle parvient à vaincre nos inimitiés, ce que Benoît apelle les épines de discorde.

Le dernier soir,jésus a dit à ses disciples: « je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai reçu de mon Père, je vous l’ai fait connaître« . Il est remarquable qu’il ne dise pas: « je vous appelle mes frères », mais bien « je vous appelle mes amis ». C’est un titre que nous ne donnons pas souvent Jésus dans nos prières publiques. nous l’appelons « Seigneur ». Mais c’est lui qui nous invite à l’appeler « ami »: « jésus, mon ami, notre ami ». De cette amitié là, qui ne peut qu’être reçue dans le secret du cœur, peuvent naître des amitiés nouvelles entre nous.nous en faisons d’ailleurs l’expérience dans les moments privilégiés, trop rares entre nous, où nous pouvons nous confier ce qui se joue et se noue dans notre relation personnelle à jésus.

« Au milieu de la nuit, un cri se fit entendre: Voici l’époux ! Courez à sa rencontre ! » Au milieu de la nuit, de la nuit obscure de la foi, de la nuit de nos solitudes et de nos isolements, au milieu de la nuit de ce monde où nous avons tant de mal à déchiffrer ce qui se passe, et encore plus à donner du sens à ce qui nous advient, au milieu de la nuit, qui va pousser ce cri: « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre ! ». Qui va le crier, si notre foi est muette ? Il faut demander à l’Esprit de libérer ce cri en nous, pour que le monde l’entende.

Et si le cri nous fait un peu peur, tant nous sommes timides dans notre foi, écoutons la Sagesse dont nous avons lu qu' »elle va et vient pour rechercher ceux qui sont dignes d’elle; au détour des sentiers, elle leur apparaît avec son visage souriant« . Faute d’être capable de crier au monde que l’époux vient, offrons nos visages souriants qui le feront pressentir.

fr Bernard

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