« Être là quand il viendra » 33è semaine T.O.

​33ème dimanche A

Être là quand il viendra
(Mt 25, 14-30)

Nous sommes au chapitre 25 de saint Matthieu, celui qui précède immédiatement le récit de la Passion et de la Résurrection. Jésus y donne ses dernières recommandations à ses disciples, avant son départ. Et il parle de sa venue. Il part, mais il nous invite à accueillir sa venue ! La vie selon l’Évangile est récapitulée en ce paradoxe : nous accueillons la mystérieuse présence du Christ absent de corps.
​Pour nous communiquer son enseignement, Jésus emprunte, comme aujourd’hui, des images, des histoires généralement bien connues de ses auditeurs. Il faut bien situer ces histoires, dont Jésus a fait des paraboles. Pour lever toute équivoque nous devons les prendre pour ce qu’elles sont : d’abord des faits divers. C’est l’histoire de la tour de Siloé, à Jérusalem, qui s’est effondrée et a écrasé plusieurs personnes ; c’est le cas qui a défrayé la chronique d’un intendant malhonnête, un employé licencié, mais rusé qui s’en est tiré à bon compte ; c’est le récit d’un homme auquel son employeur avait remis une immense dette et qui s’en est pris à un petit créancier à lui, suscitant un grand scandale, ou encore l’histoire d’un homme (ou d’un roi) qui part en voyage et confie ses finances à différents serviteurs. Jésus n’invente pas ces histoires ; il les prends comme elles sont et circulent autour de lui. Il ne les donne pas non plus en exemple de ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Mais il prend prétexte de ces faits divers pour appeler ses disciples à être plus malins, plus fidèles, plus vigilants, et surtout plus attentifs à sa venue.

D’autres paraboles, comme celle du ‘Fils Prodigue’, ont été recomposées par Jésus, mais pas celle que nous avons entendu aujourd’hui, parce qu‘elle part d’un évènement connu, comme cela apparait dans le texte parallèle en saint Luc. Il ne faut donc pas la prendre au premier degré. Certains ont lu la ‘Parabole des Talents’ comme une invitation à développer le capitalisme, trop heureux de trouver enfin dans l’Évangile une justification à leur ambition. Mais Jésus n’enseigne pas que, pour qu’advienne le Royaume des Cieux, il faut placer son argent à la banque et même en choisir une qui rapporte à du 100%, dans quelque paradis fiscal.
Non ! En méditant sur la Parabole des Talents nous faisons donc bien de nous rappeler le proverbe : « Quand quelqu’un montre la lune, l’imbécile regarde le doigt tendu ». Regardons donc vers ce que Jésus veut nous montrer. Il utilise une information qui circule pour inviter ses disciples à mobiliser toutes leurs énergie en vue de la croissance du Royaume. Il leur demande de développer tous leurs talents, au moins autant que ne le font les gens habiles. Ailleurs il remarque avec un peu de dépit que « Les ‘fils du monde’ sont effectivement plus habiles que les ‘fils de la lumière’ » (Luc 16, 8). Mais en voyant comment font ces gens habiles, nous pouvons en tirer un profit spirituel. Aujourd’hui encore, en lisant le journal du matin, mais toujours avec la Bible à portée de mains, comme le recommandait Karl Barth, nous pouvons trouver de nouveaux appels à vivre avec plus de cohérence notre foi et à incarner l’Évangile dans notre vie quotidienne.

Revenons donc au texte de cet évangile, et à son conbtexte. La préoccupation de Jésus, telle qu’elle apparait dans ces derniers chapitres avant la Passion et la Résurrection, est que ses disciples restent vigilants, et non pas désemparés après son départ. Il leur demande d’être comme les serviteurs fidèles qui attendent le retour de leur maître, car on ne sait pas à quelle heure il rentrera. On ne sait pas à quelle heure on entendra le cri : « Voici l’époux ! sortez à sa rencontre ! ». On ne sait pas quand reviendra l’homme parti en voyage et qui a confié ses talents. Et nous verrons dans l’évangile de dimanche prochain que ceux qui ont effectivement donné à manger aux affamés, visité les malades, les prisonniers, etc. ne savent pas non plus que c’était le Seigneur lui-même qu’ils servaient. C’est à cause de cette ignorance, qu’il faut être particulièrement vigilant, pour le pas manquer l’occasion de rencontrer le Seigneur, désormais présent en chacun de ses frères, et surtout dans les plus petits d’entre eux.

Ici, dans la Parabole des Talents, Jésus insiste sur la nécessité de rencontrer le Seigneur en produisant des œuvres de justice, et en les développant encore. Car il ne suffit pas de dire « Seigneur, Seigneur ! », il faut seulement faire la volonté du Père. Et pour accomplir cette volonté sur nous, nous avons reçu des talents. Ce peut être une capacité d’empathie, de générosité, la joie dans le service. Ce peut être une compréhension plus profonde de cette volonté du Père qui aime tous les humains et qui nous fait agir en conséquence. Ce peut être la prière qui nous transforme à la ressemblance du Fils. Ce peut être l’amitié qui illumine l’existence, ou encore un talent artistique qui apporte de la beauté autour de nous. Tout cela doit encore être développé et démultiplié, nous dit Jésus, oui, avec l’ingéniosité et l’imagination d’un grand financier, d’un trader de talent. Car, dans la vie selon l’Évangile, qui n’avance pas recule. Si nous ne développons pas nos talents, ils se dégradent et se perdent.

Il me faut encore ajouter une précision importante, pour entendre aujourd’hui l’appel de cette parabole. Car nous avons entendu « Longtemps après, leur maître revient… » Il ne faut pas non plus prendre au premier degré ce « longtemps après ». Non ! Il ne faut pas attendre la fin du monde, pour commencer à nous préoccuper de produire des fruits de justice. Il est vrai qu’il y a un peu de confusion dans les évangiles au sujet des ‘derniers temps’. L’eschatologie, comme on l’appelle, est parfois renvoyée dans un futur vague. Mais les ‘derniers temps’ c’est d’abord ce temps-ci. Car « les temps sont accomplis », comme le disait Jésus en inaugurant son ministère. Et saint Paul précise : « C’est maintenant le moment favorable, voici le jour du salut » (2 Co 6, 2).

Mes frères, mes sœurs, la mystérieuse présence de Jésus ne se révèle que dans le moment présent. Elle n’est pas dans un souvenir lumineux, ni dans un projet généreux, mais seulement ici. L’eucharistie que nous célébrons n’est pas un mémorial un peu nostalgique, elle est une action, une communion dans l’Esprit du Christ, une étape sur un chemin de rencontre. Le Christ nous a averti, souvenons-nous en, qu’il viendrait au moment où nous ne l’attendions pas, dans la situations où nous ne pensions pas le rencontrer. Le risque, pour un chrétien, c’est l’alibi, c’est d’être ailleurs que là où le Seigneur vient et où il nous attend. Si nous développons les talents que nous avons reçus, c’est pour être là quand il reviendra, et pour les développer désormais en sa présence.
C’est pourquoi les premiers chrétiens priaient souvent avec les mots araméens : Maranatha, qui signifient : ‘Le Seigneur vient’, ou encore ‘Viens, Seigneur !’. C’est d’ailleurs le dernier mot de l’Apocalypse. Notre prière doit toujours être d’une certaine façon un Maranatha, une prière d’éveil. Et, si nous prions ainsi fidèlement, nous serons toujours prêts pour l’accueillir, d’où qu’il vienne.

fr. Pierre

Eau-forte de Rembrandt, « La Parabole des 3 Deniers« 

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