« J’aimerais vous voir libres de tout souci »

Homélie du 28 janvier 2018

4ème dimanche ordinaire,  année B

« J’aimerais vous voir libres de tout souci » 1 Cor. 7,32

Cette petite phrase de St Paul est suivie d’une série de propos qui m’ont déconcertés – comme vous aussi peut-être – : « Celui qui n’est pas marié a le souci des affaires du Seigneur…..celui qui est marié a le souci des affaires de cette vie… »
Sans doute St Paul dit-il cela parce qu’il croit la fin du monde, le retour du Christ, tout proches. Sans vouloir commenter cela, je voudrais m’arrêter sur ces quelques mots : « libres de tout souci».

Paul n’est pas le premier : je suppose qu’on pourrait trouver la même chose chez des grands Sages d’Inde, de Chine, d’Egypte, chez les Grec, les Latins ou les Indiens d’Amérique. Dans l’Evangile , en revanche, voici Quelqu’un qui ne parle pas comme les sages et les scribes de son temps : les foules sont, paraît-il, suspendues à ses lèvres ; et pourquoi ? Parce qu’il parle « en homme qui a autorité ».

Et nous-mêmes alors ? Eh bien oui ! Nous sommes parfois suspendus à ses lèvres non parce qu’il a promis de belles choses ou proposé un plan d’action-miracle qui verrait tous les problèmes résolus le temps d’une législature ? Non, nous sommes frappés parce que son autorité repose sur une bienveillance active et cordiale, ses paroles sont devenues action dans un repas, fondateur de notre Eucharistie et, le lendemain, sur un instrument de supplice : d’un signe d’horreur il a fait le symbole d’une infinie bonté.
Ce signe d’amour semble faire peur au point de l’écarter des lieux publics : « Jésus de Nazareth, es-tu venu pour nous perdre » ? Le crucifix, le crucifié est-il venu pour nous perdre ? Les hébreux dans le désert ne parlaient pas autrement : « Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur, je ne veux pas mourir ».

Mes frères, mes sœurs, est-ce que je me trompe en disant que nous venons à l’Eucharistie du dimanche pour être tirés vers le haut et non vers le bas, pour nous laisser doucement débarrasser de l’esprit négatif en laissant le champ libre à la parole de Jésus : parole non de perte mais de salut proclamée avec autorité et tendresse : « Ne vous faites pas tant de souci –nous retrouvons le mot de Paul – pour votre vie, votre corps, vos vêtements, votre lendemain… » Ces quelques mots « Pas de soucis » qu’on nous adresse à tout bout de champ
« pas de soucis, pas de soucis… », le Seigneur nous demande de les prendre très au sérieux car ils sortent d’une bouche « autorisée » : pas de soucis, pourquoi ? Parce que le Père sait : cet « Abba » avec qui il entretient une relation privilégiée, Lui, vous couvre de ses ailes, lui vous a inscrits sur la paume de ses mains, lui vous choie comme un maman son enfant. Ce sont les termes mêmes de la Bible.

Revenons à Paul : « J’aimerais vous voir libres de tout souci…..afin que vous soyez attachés au Seigneur sans partage. » (1 Cor 7 32 et 35) Cela ne veut pas dire : se tourner les pouces, bailler aux corneilles mais plutôt : ne pas ajouter la pré-occupation aux occupations : parce que le Père sait. Le moine est appelé à prier et à s’engager activement dans la bienveillance fraternelle faute de quoi sa recherche de Dieu risque d’être faussée et hypocrite. Le laïc est appelé à s’engager pour un monde fraternel en s’ouvrant par la prière à l’Esprit du Dieu bon et ami des hommes. Adoration et action sont, pour un chrétien intimement liés. Le Missel qui a parfois le secret des formules justes et concises résume tout cela dans la prière d’ouverture de ce jour :

Seigneur, accorde nous de pouvoir t’adorer sans partage
Et d’avoir pour tout homme une vraie charité .

AMEN !

fr Grégoire

Photographie de Bert Hardy, 1948
A group of boys from the deprived Gorbals district of Glagow play among the gravestones of the Corporation Burial Ground

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