5è dimanche de Carême : Les Grecs qui voient

5ème dimanche de carême année B.
18 mars 2018

Les Grecs qui voient

Des grecs veulent voir Jésus. Ils s’adressent aux deux disciples qui portent des noms grecs, Philippe et André. Au tout début de l’évangile de Jean, ces deux-là étaient dans le groupe des disciples du Baptiste et Jésus leur avait dit : « venez voir ». C’était sa seconde parole. Les premiers qui ont vu introduisent maintenant ceux qui veulent voir. Nous sommes juste avant la fin, au moment  de la Pâque décisive, et devant ces grecs qui veulent le voir, Jésus voit déjà le fruit de sa mort, comme il voyait le blé en herbe déjà doré pour la moisson au premier séjour chez les samaritains : il voit du grain qui lève et qui porte du fruit alors qu’il sait que sa perte est proche. L’évangile va passer aux grecs, c’est à dire au monde. Il sera écrit en grec.

Mais c’est le fruit de sa mort. C’est justement ici que Jean évoque l’agonie : « Père, sauve-moi de cette heure ! Mais c’est pour cette heure que je suis venu ! » C’est sur la croix, élevé de terre, qu’il attirera tous les hommes à lui. Tout l’évangile de Jean est là, et singulièrement son récit de la Passion : le fruit de la mort, le gloire de la Croix, la vie donnée pour la vie du monde.

Et c’est le coeur de notre foi au Christ. On peut bien être séduit par tous les gestes et toutes les paroles de Jésus, tant qu’il n’y a pas ce regard sur la croix, cette contemplation de l’homme-Dieu crucifié, il n’y a pas encore de révélation ni de foi. Pour croire en la résurrection, il faut croire au sens de la mort du Christ.Jésus n’est pas mort comme Socrate dans la dignité et la sérénité. La Lettre aux Hébreux parle d’une violente clameur et des larmes, des implorations, des supplications. Jésus est mort dans l’horreur d’une exécution, et c’est dans ce corps transpercé que le signe de Dieu s’est inscrit.

Toutes les autres morts de martyrs ont été marquées de ce sceau, jusqu’à celle des moines de Tibhirine qui ont voulu rester fidèles à l’amitié pour un peuple et à la rencontre avec une autre religion.
Nous allons encore une fois, comme à chaque printemps, vénérer cette mort, comme nous le faisons à chaque eucharistie, le corps livré, le sang versé. Ce n’est pas pour reprendre le vieux refrain païen de l’éclosion nouvelle de la vie après la mort de chaque hiver. Si c’était cela notre foi, il nous suffirait de faire des enfants et de mourir en paix. Non, il s’agit de voir, et de faire voir que Dieu n’a pas raison de toute la violence de l’Histoire, de toute la violence de notre humanité encore aujourd’hui par une violence plus grande, mais en devenant victime du mal, agneau immolé, en logeant l’amour le plus pur et le plus vulnérable au coeur de la violence meurtrière. L’amour ne tue pas. Il est désarmé et il désarme. Il faut encore dire à ce monde que son salut ne peut pas être dans la puissance de la violence, mais seulement dans la douceur d’un amour livré. Et c’est à ce signe-là qu’on peut reconnaître les disciples du crucifié.

En sommes-nous, nous qui ne sommes pas exposés au martyr ? Martyr signifie témoin. Et nous célébrerons la Pâque en étant témoins de la douce bienveillance de Dieu. Et donc d’abord en désarmant ceux qui tuent. Mais aussi en devenant ces doux et ces pacifiques qui sont les témoins du Royaume de Dieu. Nous porterons du fruit à la mesure de nos vies livrées, en nous laissant attirer par le Fils de Dieu élevé sur la Croix irradiant la lumière de Dieu. C’était la prière de Christian de Chergé : « Désarme-les, désarme-moi. » Comme le Christ, nous pouvons voir le fruit mûrir dans le regard des pauvres qui demandent à voir Jésus.

fr. Bernard

Image :
 Le Christ en Gloire et le Tétramorphe (XIIe siècle)
 Église Saint-Julien

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