Ascension

Jeudi 10 mai 2018

Ascension

Luc a donné le chiffre symbolique de quarante jours au temps particulier où Jésus ressuscité apparaissait de temps à autre aux disciples. Paul précise même qu’il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois.

L’Ascension marque la fin de ces apparitions. On ne verra plus Jésus de manière sensible. Mais ce départ et cette absence ne sont pas vécus comme une épreuve par les disciples : Jésus s’est séparé d’eux en les bénissant et ils retournent à Jérusalem remplis de joie.


Dans l’évangile de Jean, Jésus avait dit : « Il est bon pour vous que je m’en aille pour que vienne en vous l’Esprit Saint ».

L’absence sensible de Jésus peut parfois nous tourmenter. Nous aimerions quelque signe sensible de sa présence. Mais nous ne pouvons plus le retrouver que dans la relecture constante des évangiles, et il nous arrive heureusement d’éprouver la joie des disciples, quand ces textes nous le rendent présent, mais non plus de manière sensible. Il nous parle au cœur quand nous en ressentons la brûlure, comme les disciples d’Emmaüs, et comme ces disciples ont eu une ‘apparition disparaissante’, selon l’heureuse expression de Jankélévitch, nous faisons l’expérience d’une présence absente.

Les évangiles parlent de montée aux cieux : ce sont des images dont nous avons besoin pour exprimer une réalité spirituelle. Dieu n’est pas plus en haut qu’en bas. D’ailleurs, il aime descendre : nous disons bien que Jésus est descendu du ciel avant d’y remonter. Descente et montée : ces images verticales nous sont familières ; nous disons par exemple que quelqu’un est descendu bien bas, ou au contraire qu’il est parvenu au faîte de ses ambitions. Ce qu’exprime le mystère de l’Ascension, c’est que le Christ ressuscité élève son humanité, et la nôtre avec lui, jusqu’en Dieu même. Nous pouvons ainsi dire qu’il y a désormais de l’humain en Dieu. Le Christ nous entraine dans son ascension.

Mais il y a aussi un mouvement horizontal qui est lancé au départ du Christ. Les anges disent aux disciples : « Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? ». Et au moment où il part, Jésus envoie les disciples poursuivre la course de l’évangile qu’il a lancée. La dernière parole de Jésus c’est : « Allez ! ».

Et c’est bien cette parole qui nous est encore adressée aujourd’hui. Nous croyons que le Christ élève l’humanité vers Dieu. Mais c’est une foi à tenir dans un contexte qui nous incline à penser tout le contraire. Notre monde est hanté par la violence et habité par la peur. Regardons nos pays d’Europe : ils multiplient les barrières pour contenir des invasions qui seront pourtant irrésistibles. Nos pays se ferment alors que le salut ne peut être que dans l’ouverture. Les valeurs sur lesquelles nous avions voulu fonder l’Europe sont dédaignées. Le Pape François nous appelle sans cesse à l’accueil des autres, mais entendez-vous beaucoup les chrétiens d’Europe témoigner comme lui ? Nous pouvons répercuter le propos du Pape dans nos rencontres et nos voisinages, réagir à la peur et à la fermeture par l’accueil et la rencontre. Et discerner avec bonheur toutes les formes de générosité autour de nous. Chercher avec obstination tout ce qui nous ouvre et nous conduit à vivre ensemble dans nos différences. Nos pays sont condamnés au vieillissement et à la morosité frileuse. Tant d’énergies sont disponibles, si les responsables à tous les niveaux savent les solliciter.

Il nous appartient, à nous chrétiens, de rappeler la vocation de l’humanité, exprimée dans le mystère de l’Ascension : elle est appelée à s’élever au-delà d’elle même, à conjurer ce qui la dégrade et l’humilie. Et nous devons bien nous garder de penser que nous n’avons pas de grands moyens, là où nous sommes les uns et les autres, pour cet engagement. Si chacun de nous s’applique à honorer tout ce qui fait grandir l’humain, c’est toute la pâte qui lèvera.Il nous arrive peut-être de penser que nos rangs vont s’éclaircir avec nos âges. Mais nous avons vingt siècles d’histoire et la foi chrétienne vit toujours sur toute la face de la terre. Le message de l’Ascension, c’est bien que l’évangile sera toujours lancé pour les générations à venir, et qu’il fera monter l’humanité en Dieu.

Fr. Bernard

Cathédrale du Mans, Baie XVI. Verrière de l'Ascension (détail),1140-1145

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