Fête du Saint Sacrement (année B)

Homélie du dimanche 3 juin 2018

Fête du Saint Sacrement (année B)

Nous célébrons en ce jour la fête du sacrement de l’eucharistie. L’appellation officielle « fête du Saint Sacrement du corps et du sang du Christ » a quelque chose de moyenâgeux en ce sens que jadis, d’après mes sources, les fidèles attachaient plus d’importance au fait de voir l’hostie et le calice que de communier – « Mangez et buvez » étant réservé au prêtre comme nous l’avons encore entendu ce matin à Laudes dans le livre de l’Exode (24). Les plus anciens parmi nous se rappellent encore les processions à travers les villages et même les grandes villes (j’ai un souvenir personnel d’avoir été le petit Jésus dans une procession dans un faubourg de Liège bien avant que celui-ci se remplisse d’immigrés ; sans doute avais-je à cette époque des boucles dorées en guise de chevelure ?). Ces processions avaient indéniablement un caractère très dévotionnel et populaire. C’étaient des temps forts dans la vie d’une communauté rurale : elles rassemblaient un grand nombre de gens, croyants ou non, dans la ferveur chrétienne d’une Église qui était au milieu du village.

Le sacrement de l’eucharistie revêt bien d’autres facettes dont quelques-unes sont souvent ignorées ? L’eucharistie est le sacrement de la foi, celui par lequel on entre effectivement dans la vie chrétienne. C’est pourquoi ce sacrement est tellement important pour les enfants, à condition que les parents les soutiennent dans leur enthousiasme pour la personne de Jésus Christ qu’ils ont découverte et qui peut devenir leur nouveau grand-frère qui pourra les accompagner tout au long de leur vie dans les moments de joie, de difficultés aussi mais encore dans les moments de grande décision.

Il est aussi le sacrement de l’unité : nourris d’un même pain et d’une même parole, les fidèles chrétiens sont préparés à sentir les mêmes choses, à vivre les réalités évangéliques d’une façon qui les rapprochent toujours davantage les uns des autres malgré ce qui les sépare . Ceci est vrai pour n’importe quelle communauté ecclésiale particulière, mais aussi pour les différentes cultures, races et langues. Du moment que les Églises ont le droit de célébrer la messe selon leur génie et leur caractère propres, tout en respectant un minimum de règles concernant la Parole de Dieu et les espèces qui créent la communion des fidèles, l’unité de l’Église du Christ est assurée ou à tout le moins préservée, moyennant encore l’autorité du Magistère, du Pape ou des évêques dans leur diocèse, qui garantit l’application de ces règles. Eh oui, dans la sainte Église de Dieu, on ne fait pas tout ce qu‘on veut. La question de l’œcuménisme est une question différente dans la mesure où elle engage des pratiques séculaires différentes d’une confession à l’autre : le rapport des fidèles aux Écritures saintes, aux saintes espèces et aussi au magistère varie trop pour qu’on puisse parler d’unité entre les chrétiens, encore que les différences entre eux, aujourd’hui, ne soient plus très grandes au point qu’ils se combattraient.

Pour suivre, je voudrais m’attacher à quelques aspects de l’eucharistie. Les lectures de la liturgie de cette année veulent attirer notre attention, me semble-t-il, sur le sang versé, et donc sur l’aspect sacrificiel de la messe. Qu’on le veuille ou non, l’eucharistie est le mémorial du sacrifice du Christ. Jésus Christ, tel le Grand-prêtre des rites anciens, a versé son sang pour la multitude : « le sang du Christ, ajoute saint Paul dans l’épitre aux Hébreux, fait bien davantage (que celui des boucs et des taureaux qui était aspergé pour obtenir la purification), car le Christ, poussé par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans défaut ; son sang, purifiera donc notre conscience des actes qui mènent à la mort ». On dit que la messe est un sacrifice non sanglant. D’une façon plus élégante, on dit encore que l’eucharistie est un sacrifice de louange. C’est vrai que le sacrement de l’eucharistie est un mystère dans tous les sens du mot : on ne comprend pas tout, mais il n’est pas nécessaire de tout comprendre. Sans doute ne réalisons-nous pas suffisamment les paroles du Christ, qui sont inouïes, lorsqu’il présente à ses disciples la coupe remplie de vin : « ceci est mon sang ». Lorsque nous buvons à la coupe de vin qui circule dans nos rangs, un grand privilège propre à Clerlande, réalisons-nous suffisamment que nous communions au sang du Christ versé pour notre délivrance. Je vous invite d’ailleurs à dire à votre voisin lorsque vous lui tendez la coupe : « le sang du Christ » de la même manière que le prêtre, lorsqu’il (vous tend l’hostie), vous dit : « le corps du Christ ». Cela évitera de banaliser les gestes de la communion.

Un autre aspect du sacrement de l’eucharistie que je voudrais approfondir est précisément cette communion. Ces dernières décennies, la pratique de la communion a subi quelques dégradations tant dans la pratique que dans la formulation. Comme les communautés chrétiennes sont devenues assez inconsistantes, on fait aujourd’hui des baptêmes et des communions à la maison, la famille remplaçant la communauté ecclésiale. On dit dans ces cas que celle-là est plus réelle que celle–ci. On parle aussi de communion « privée ». Je me suis toujours demandé à quoi cela pouvait bien ressembler ? Ici même dans cette chapelle, on ne reçoit plus le pain eucharistique on se sert dans un plateau : on peut regretter qu’il n’y ait pas de procession. Mais je pense que c’est pour une raison essentiellement pratique. Par compensation, pourrait-on dire, on attend que tous soient servis pour communier ensemble.
Au-delà de l’aspect purement rituel, il y a le côté spirituel que cette pratique de la communion doit signifier. Pour cela, il nous faut toujours revenir aux paroles de la consécration : « Prenez et mangez : ceci est mon corps. Prenez et buvez : ceci est mon sang’ » Comme le dit si bien saint Augustin : en assimilant le corps du Christ, nous devenons le corps du Christ, qui est l’Église, l’Église qui est avant tout une communion de personnes vivantes et aussi de personnes qui sont décédées. A cette communion de personnes, il est bon d’avoir en tête les textes de saint Paul qui nous parlent du Corps du Christ : chacun remplit un rôle qui est important pour le bon fonctionnement de l’ensemble. Et puis il y a aussi l’huile qui fait que toutes les parties du corps fonctionnent sans trop de grincement, de façon harmonieuse et bénéfique pour l’ensemble : c’est l’amour de charité, c’est l’Esprit saint qui inspire à chacun ce qui est le mieux.

Poursuivons notre sacrifice de louange pour tous les bienfaits du Seigneur dans nos vies, et invoquons son Esprit qu’il nous inspire de nous toujours nous rapprocher les uns les autres dans une communion toujours plus parfaite.

fr. Yves de Patoul

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