Qu’est-ce qui nous étonne ?

Pourquoi ? Pourquoi ne l’ont-ils pas reçu ? C’est ce ‘pourquoi’ que nous devons regarder de plus près. Et aussi pourquoi, en certains cas, le Christ est, au contraire, bien reçu et nous introduit ainsi dans une communion nouvelle avec le Père, au point « d’être appelés enfants de Dieu ».

De fait, ce récit de la façon dont Jésus est reçu à Nazareth n’est pas isolé. Tout au long des évangiles, en Galilée ou à Jérusalem, nous voyons que Jésus est plus ou moins bien reçu et que partout il étonne les foules. Il est question 42 fois de cet étonnement ! Et ici aussi, dès le début de l’évangile : « les auditeurs étaient frappés d’étonnement ». La venue de Jésus étonne et pose question : il impressionne mais il laisse les gens perplexes devant sa façon de faire ; parfois il fait peur, et on se demande d’où lui vient sa science, sa puissance. Il ne laisse en tout cas jamais indifférent et il demande toujours de prendre parti pour ou contre. Or les réponses aux questions qu’il pose sont très diverses. En certains cas, c’est l’admiration et l’action de grâce, en d’autres, c’est le rejet, le scandale.

Pourquoi ces différences ? Qu’est-ce qui fait passer du simple étonnement à des réactions aussi opposées ? Le plus souvent, heureusement la réaction est positive. J’ai repéré que 48 fois les gens expriment leur action de grâce à Dieu pour la présence de Jésus. 45 fois ils se prosternent même pour l’adorer.

Mais en d’autres cas, comme dans l’évangile d’aujourd’hui, les choses tournent mal, et ce qui, au début, n’était qu’étonnement devient scepticisme (« il n’est que le charpentier du village ! »), puis malveillance, mépris, rejet, et même scandale : il est question 38 fois de scandale dans les évangiles !

Quel est en particulier le poison qui fait réagir aussi négativement. Je crois que c’est d’abord le dépit et la jalousie, comme à Nazareth : les gens se demandent : pourquoi Jésus, et pas son frère Jacques ou José ou Simon, ou une de ses sœurs, – ou moi ? Mais, plus fondamentalement, je crois que ce qui motive le rejet est la peur devant l’insolite et le risque devoir changer, de devoir se convertir à ces « paroles de grâce », comme l’évangéliste Luc les relate dans son récit de la même scène. La conversion que Jésus demande est trop neuve, elle demande un trop grand changement de mentalité. Elle demande en particulier un accueil trop large. Elle demande la foi au Père des Cieux qui aime tous ses enfants.

Si donc les évangélistes ont tous évoqué cet aspect de la vie de Jésus, c’est parce que cela nous concerne aussi directement. Aujourd’hui encore nous nous demandons comment bien accueillir le Seigneur en nos frères et sœurs. Jésus parle souvent de la façon dont nous devons accueillir tout ce qui nous advient, et d’abord comment vraiment voir et entendre les circonstances et les personnes. C’est parce que lui-même voit tout si clairement, non seulement la nature et la vie quotidienne où tout est parabole, mais surtout le cœur des humains : il voit Zachée sur son sycomore, il voit dans la foule du Temple la veuve qui met deux piécettes dans le tronc, il voit l’attente de la Samaritaine, il voit la foule qui est là comme un troupeau sans berger, et il est saisi de compassion. On pourrait continuer cette énumération… C’est pourquoi il nous demande de veiller à notre façon de regarder, à ce que notre œil soit sain, parce que « la lampe du corps, c’est l’œil. » et il ajoute : « Vois donc si la lumière qui est en toi n’est pas ténèbres ! »

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