LE BILLET DU PRIEUR (ici = documents archivés)
Le billet du prieur (lien vers le dernier paru)
« Va dire à mes frères… »
Elle y avait déjà couru, la Marie, vers les frères, mais pour leur dire : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis. »
Ce message inquiet, essoufflé, c’est encore le lourd message au cœur de beaucoup de croyants, message triste de ceux qui ne savent plus trop où est leur Seigneur. On nous l’a enlevé. On ne sait plus. La joyeuse nouvelle de sa résurrection ne passe plus. Est-ce la foi elle-même qui est au tombeau ? Le tombeau s’est-il lourdement refermé sur du vide ?
Cette inquiétude si pesante pour tant de chrétiens, cette angoisse même que nous dévoile aujourd’hui le visage pourtant si souriant de Mère Teresa, vont-elles bloquer le message pascal ?
Mais le message pascal n’est-il pas d’abord celui de l’homme en croix, le jeune Dieu nu pendant lamentablement au gibet ? Voici l’homme. Voici Dieu. L’homme anéanti par la violence de la haine, victime manifestant l’horreur du péché de l’humanité. Dieu livré jusqu’à l’extrême pour dire l’amour au plus noir de la détresse. Le jeune Dieu ressuscité n’a pas terrassé ceux qui l’ont tué, il ne s’est pas laissé prendre à son tour dans le cycle infernal de la vengeance. Il s’est arraché à la mort dans une infinie douceur. « Paix à vous. Va dire à mes frères : Mon Père est votre Père. Vous êtes fils et frères de Dieu. »
Et c’est bien notre message dans un monde toujours violent et dans notre pauvre quotidien : Il faut sauver l’homme, et il n’y a pas d’autre moyen que de servir la vie et l’amour, jusqu’à l’extrême.
fr.Bernard
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Attendre la Sainte Pâque avec la joie du désir spirituel.
Les étapes importantes de nos vies n’obéissent pas aux cadres du temps liturgique. Le temps dit ordinaire peut être marqué par des évènements extraordinaires, des crises, des passions, des épreuves, de nouveaux élans intérieurs. Le Carême peut survenir par temps intérieur calme, ou à des périodes où l’aridité spirituelle a desséché la ferveur. Et cependant nos vies sont aussi ponctuées par les temps liturgiques comme par les saisons.
Nous pouvons aborder le Carême avec la désillusion de nos expériences antérieures et la parcimonie de nos médiocrités coutumières. Cela signifie que l’on n’attend plus grand-chose de soi-même et que le désir s’est étiolé. Nous aurons alors tendance, pour nous excuser et pour légitimer notre pusillanimité (cette étroitesse de l’âme), à penser et à dire que le Carême est un temps artificiel, que ce ne sont pas les quelques petites privations qui comptent, et que les grandes conversions obéissent à d’autres lois. Ne restera que la coloration liturgique de ce temps pénitentiel. Nous chanterons qu’il faut aller au désert et nous nous calfeutrerons dans nos ornières.
Saint Benoît est lui-même assez réaliste quand il parle du Carême. Il constate avec un peu de déception que la vie ordinaire des moines n’est pas aussi ardente qu’elle devrait l’être, et il invite à profiter de ce temps pour ranimer la ferveur. Il propose très concrètement et simplement d’ajouter et de retrancher : un peu plus de ceci, un peu moins de cela. Et c’est bien ainsi que nous balisons nos « efforts de Carême » : un peu plus de prière, de silence, de lectio, d’attention fraternelle ; un peu moins de nourriture, de sommeil, de bavardages, de repli sur soi.
Mais c’est dans le chapitre du Carême que Benoît parle deux fois de la joie, chaque fois en lien avec l’Esprit, et c’est là qu’il parle de la joie du désir spirituel. Nous chantons « le temps du long désir » pour l’Avent. Benoît, lui, parle de l’attente et du désir à propos du Carême, et c’est l’attente joyeuse de la Pâque. Pâques exprime tout le mystère chrétien de nos vies, le sens de l’existence baptismale faite de consentements à la mort et de renaissance, de purification du mal au cœur de nous-mêmes et de transfiguration en Christ. Et c’est bien là que le désir spirituel prend sens, désir de vie et d’amour ouvert sur l’infini. Pâques, c’est le désir d’amour et de vie qui affronte et traverse la mort. Au moment d’aller vers la mort, Jésus parle d’amour, de vie donnée, de vouloir de vie et de fécondité pour les disciples. Il parle encore de cette joie que personne ne pourra nous ravir.
Voici donc un temps pour vivre, pour dilater la vie, même dans la vieillesse, un temps pour aimer, pour croire aux fruits que nous pouvons porter si nous en avons le désir, un temps pour la joie.
fr. Bernard
Noël 2007
De l’enfant qui naît, on dit qu’il voit le jour,
et à celui qui meurt : que brille sur toi la lumière sans déclin. Mais celui-là, quand il est né, était la lumière qui perçait la ténèbre,
et quand il est mort, il est allé illuminer les morts. Guetteurs d’aubes,
gens du Levant,
tendez vos faces à l’Orient :
voici toujours le grand éclat solaire. Au commencement, avant tout,
Dieu avait appelé la lumière
et elle a jailli de lui-même : elle était belle.
Alors il l’a opposée aux ténèbres
et il n’a toujours pas fini de les séparer.
L’obscurité a même plombé la terre un vendredi
et elle a scellé la nuit du tombeau.
Mais à l’aube du dimanche la pierre était roulée. Il faut aider Dieu à faire lever encore le jour.
Allumez vos bougies,
que scintillent vos arbres et vos maisons,
que le rire des enfants vous rende à la joie. Éclairez le monde. Frère Bernard
FIN DES TEMPS
L’année liturgique se termine et s’ouvre avec les mêmes textes apocalyptiques. Ils sont d’une actualité foudroyante.
Les sept frères torturés avant leur mère, au Livre des Martyrs d’Israël, résistaient à un impérialisme bafouant leur identité culturelle et religieuse. Nous connaissons ces résistants aujourd’hui, depuis les inoffensifs moines birmans jusqu’aux martyrs fous qui s’immolent en semant la mort.
Quand l’Evangile nous annonce des guerres, des famines, des épidémies, des catastrophes cosmiques, nous avons ces images devant les yeux tous les jours. Avez-vous pensé à la manière dont ces textes sont lus dans les minuscules communautés chrétiennes du Bangladesh, d’Irak, de Syrie, d’Iran, de Palestine ? Ou chez les chrétiens réfugiés et affamés en Afrique ? Ou par ceux qui sont dénoncés par leurs propres familles ?
Et quand nous disons pieusement dans nos prières que nous attendons une terre nouvelle, que faisons-nous vraiment pour sauver cette terre en péril ? Attendons-nous bêtement que Dieu fasse des miracles quand nous faisons tout le contraire de ce que nous lui demandons ?
Comment allons-nous fêter Noël ? Dans un confort insouciant ? Nous mettrons-nous en « Avent » autrement que dans nos douces liturgies ? Et comprenons-nous que si le Christ vient, revient toujours, ce ne peut être que dans un grand jugement ? De quel côté sommes-nous
Il est temps que les chrétiens s’éveillent et se joignent à tous ceux qui veulent sauver la terre, qui s’engagent pour une justice, et qui s’opposent aux guerres.
Frère Bernard (novembre 2007)
Du Neuf et l'Ancien
« Tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est semblable à un propriétaire qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »
(Mt. 13, 51)
Voilà un bon verset pour un temps de rentrée.
Ce qui est ancien et qu’il faut continuer à faire vivre à Clerlande, nous le connaissons bien : la régularité de la vie monastique et la recherche spirituelle qu’elle doit soutenir, les liens d’amitié tissés parfois depuis bien longtemps, l’attention vive aux aspirations et aux questions de notre entourage. Nous avons une tradition propre qui ne doit pas se figer en habi-tudes ni se scléroser mais être maintenue vivante dans une vigilance éveillée à ce qui survient, nous provoque et nous relance.
Où est le neuf ? Quoi de neuf à Clerlande ? Cette année, un petit groupe d’étudiants va vivre dans la « petite maison ». Ils auront leur vie communautaire propre et chercheront avec notre aide un approfondissement de leur vie spirituelle. Des passerelles souples seront aménagées entre leur groupe et les frères. Ils apporteront à Clerlande leur jeunesse et les désirs de leur génération. Ils pourront fortifier les liens avec le milieu étudiant de Louvain la Neuve.
Nous souhaitons aussi pouvoir accueillir des jeunes frères d’autres monastères qui viendraient poursuivre leur formation à Louvain la Neuve ou à Bruxelles, mais cela demande-ra un peu de temps pour se mettre en place.
Les oblats ont vécu une expérience enrichissante pour eux et pour les frères en vivant toute une semaine à Clerlande pour permettre aux frères d’aller suivre leur retraite avec la communauté de Wavreumont. Un cap a ainsi été franchi tant pour les liens entre oblats que pour leur rapport avec la communauté des moines. Il nous faut maintenant exploiter cette ex-périence.
Au début de l’été, j’ai moi-même passé un week-end de partage à la fois détendu et profond avec quelques amis fidèles, et j’ai pensé que ce genre de rencontre pourrait être favo-risé à d’autres moments et avec d’autres.
Ce sont là des percées qui nous invitent plus que jamais à avancer, à creuser, à guetter les jaillissements de la vie, et à ouvrir nos cercles habituels à tout ce qui peut nous renouveler.
Que cette année nous voie tirer de notre trésor du neuf et de l’ancien.
fr. Bernard (septembre 2007)
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L’Esprit de Pentecôte
Voici l’Esprit de Pentecôte
comme un vin de joyeuse ivresse qui remplit ceux qui déjà sont ensemble,
comme un grand frémissement des cœurs pris dans l’unité.
Il vient mettre au monde nos communautés
et les lancer dans la force de la vie.
Bruit de Dieu qui attire les foules,
vent violent qui s’engouffre dans nos maisons,
il souffle encore sur la bâtisse Eglise,
il force ses portes et ses fenêtres,
que l’on puisse entrer et sortir,
se rencontrer et s’émerveiller.
Feu de Dieu
qui brûlait au cœur de Jésus
et qu’il a voulu allumer pour qu’il coure par toute la terre,
brûlure pour les tièdes,
il enflamme les crieurs d’évangile
pour la joie des pauvres.
Esprit qui délie les langues et qui fait parler les muets,
Esprit d’un Dieu qui parle,
Esprit des prophètes,
il donne toujours au monde de nouveaux prophètes
pour délivrer les captifs, libérer les opprimés,
consoler les cœurs blessés, apaiser les corps meurtris,
et ranimer l’espérance.
Esprit créateur du monde et rassembleur des nations,
inspirateur des langues et des cultures,
il souffle sur la terre pour que les peuples s’entendent parler,
se découvrent capables de justice et de paix
et porteurs des merveilles de Dieu.
C’est toujours Pentecôte.
Il suffit d’y croire pour le voir.
F. Bernard (Pentecôte 2007)
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Billet Pascal
La Résurrection, celle de Jésus et la nôtre, est devenue une aporie pour beaucoup, comme si nous avions oublié que les Pères eux-mêmes cherchaient à en comprendre le sens, et Paul le premier.
Le Christ est ressuscité, il s’est levé du tombeau, il a été arraché à la mort, il s’est ma-nifesté aux disciples, non comme un fantôme, mais dans son corps ; mais il est parti, il a dis-paru à nos yeux, nous ne le rencontrons pas dans le domaine du sensible, nous ne le voyons pas de nos yeux, nous ne le touchons pas de nos mains, nous n’entendons pas le timbre de sa voix. Alors pourquoi parler de résurrection de la chair ? Notre esprit bute sur cette idée d’un corps transcendé, soustrait à notre expérience matérielle et physique.
Benoît XVI a parlé l’an passé de « la plus grande mutation, le saut absolument le plus décisif dans une dimension totalement nouvelle qui soit jamais advenue dans la longue his-toire de la vie et de son développement : un saut d’un ordre complètement nouveau qui nous concerne et qui concerne toute l’histoire. »
Celui qui a dit : « Je vis, et vous aussi vous vivrez », celui-là vit en Dieu dans son hu-manité. Il a vécu sa vie d’homme dans la communion intime du Fils avec son Père, et il a fait entrer son humanité dans l’intimité de la vie de Dieu. Et nous aussi, nous y entrons dans notre humanité, dans notre pathos charnel, par notre communion au Christ. Nous nous remettons à lui dans notre chair par notre foi en sa parole : « Celui qui croit en moi ne mourra pas, il res-suscitera, il vivra éternellement. »
Les disciples n’attendaient pas la résurrection, les femmes ne sont pas allées au tom-beau pour en guetter le moment. La résurrection n’est pas l’exaucement de leurs vœux. Leur attente était autre, et elle a été terriblement déçue par la mort du Maître crucifié. « Nous espé-rions, nous, que c’était lui qui allait sauver Israël. » (Luc 24,21) Il a bien sauvé Israël, mais pas comme ils s’y attendaient. L’attente est déboutée, déplacée. La résurrection « accomplit de façon déroutante ce qui était annoncé. » ( Geneviève Cormeau)
L’espérance véritable requiert une démaîtrise qui nous préserve d’anticiper, elle nous maintient en déprise par rapport à nos prévisions et en attente d’une nouveauté. « Elle est du côté de la nouveauté, de l’imprévisible, de ce qui surgit, elle advient. » (id.)
Dieu vient comme une promesse.
fr. Bernard
Pâques 2007
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Joyeux Carême!
« Convertis-toi et crois à l’évangile ! »
Conversion signifie changement, et donc mise en cause, mise en crise, abandons et ouverture. S’engager dans une conversion du cœur discrète et honnête, c’est prendre le temps et les moyens pour regarder sa vie et la mettre devant l’évangile. Sauver du temps pour le faire, plutôt que s’infliger des privations enfantines. Faire une place réelle, sérieuse, à la prière, à la lecture, à l’analyse lucide de nos modes de vie et de nos engagements, au réexa-men de nos options, traquer nos silences convenus et avoir le courage des paroles claires.
C’est le temps d’aller non pas simplement vers les autres, toujours les mêmes autres, mais vers d’autres, autre part, ailleurs, autrement. Nous sommes tellement circonscrits dans nos territoires et nos mornes horizons, avec nos activités balisées. Voici le temps de l’aventure et de l’exploration, un temps pour bouger et se bouger. Jésus est resté quarante jours au désert pour passer le reste de sa courte vie à bouger, à partir ailleurs, à avancer réso-lument, même et surtout lorsqu’il savait qu’il allait à une mort certaine.
Et puis, un temps pour rire. Pour rire un peu de nous d’abord. C’est une bonne manière de nous défaire de nous-mêmes, de nous décrisper. Mais aussi pour être rieurs, non pas avec cette obsession de voir résolument le bon côté des choses alors que nous sommes consternés par les revers et les travers, mais à la manière des enfants qui rient dans les larmes. Nous sommes si sérieux, si dramatiques, si angoissés, si déplorants, si défaits, et c’est vrai qu’il y a bien de quoi. Mais justement il faut aussi en rire, comme Sara lorsqu’elle s’entend dire qu’elle va jouir et enfanter dans sa vieillesse. Nous allons vers une Pâque, la Pâque de ce monde si tourmenté et incertain, la Pâque de nos communautés fragilisées, la Pâque de nos vies. Il y a de quoi rire.
frère Bernard
21 février 2007
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D’UN AN À L’AUTRE.
Fin d’année : moment des rétrospectives. Nous nous souvenons des grandes dates, des fêtes, et des malheurs. Nous pouvons faire retour sur ce que nous avons produit, ce qui a bien avancé, et ce que nous avons laissé aller, ce que nous avons gâché. Faut-il tenter un bilan ? Ce n’est utile que pour faire œuvre de lucidité afin d’aborder la nouvelle année avec clairvoyance et volonté.
Car au-delà de nos vœux, qui sont des souhaits de bienveillance, la question qui nous est posée au seuil de chaque année est bien celle-ci : que voulons-nous en faire ? Quels sont nos projets ? Ceux qui ne se projettent plus sont menacés d’affaissement, et ce n’est pas fon-damentalement une question d’âge.
Le temps qui vient sera fait de trois parts, dont les proportions sont imprévisibles :
La première, c’est ce que nous appelons le destin, l’imprévisible : les séismes, les ac-cidents, la maladie. C’est écrit quelque part dans les étoiles. Nous n’avons aucune prise là-dessus. Nous pouvons seulement, et c’est beaucoup, apprendre à faire face. Que pouvons-nous nous souhaiter devant cette part incertaine de notre avenir tout proche ? Le courage pour tenir autant que nous le pourrons, la force d’âme dans ce qui advient ou ce qui survient, la solidarité active de nos amitiés, la confiance en la présence amicale de Dieu que nous appe-lons sa grâce.
La deuxième part est cette forme de destin qui nous vient de nous-mêmes : ce que nous ne parvenons pas à changer en nous-mêmes, ou que nous ne voulons pas changer dans nos habitudes, nos faiblesses, nos compromissions. Nous connaissons bien la voix qui mau-grée au fond de nous-mêmes et qui s’exprime tout de suite sur nos visages : je n’accepterai pas, je ne veux pas. Ce non-vouloir pèse sur les autres et engendre l’immobilisme et la désil-lusion, il paralyse le projet et finalement éteint l’espérance. Nos crispations ne produisent que tristesse et dépit. Les vœux sont ici inutiles. Mieux vaut menacer, comme il convient au dia-ble.
La troisième part est alors le vouloir, le projet, notre capacité d’invention, de création, ce qui fait la grandeur de notre liberté. Nous pouvons toujours aborder le temps qui vient, même sans en connaître le terme, avec le désir fort de bâtir, de rassembler, de mettre nos moyens à profit pour continuer à œuvrer. Si nous nous complaisons à évoquer nos œuvres passées avec nostalgie, nous devenons des vétérans, des amicales d’anciens, des « has been ». Nos réalisations passées appellent de nouveaux projets, dans un nouveau contexte, avec de nouvelles forces auxquelles il faut faire appel. Nous pouvons toujours rendre l’espérance pos-sible, et la donner. Elle est la marque de notre vouloir-vivre. Elle accepte les changements, elle les provoque même. L’année qui commence nous convoque à un avenir. Elle appelle une audace.
Les paroles que Jésus emploie si souvent dans les évangiles nous y invitent : il faut, va, allons, allez.
Et le meilleur souhait que nous puissions nous adresser n’est-il pas un appel : va ta vie, avance au large.
f. Bernard (Janvier 2007)
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NOËL 2006
Qu’attendons-nous toujours dans les nuits de nos tourments,
sinon que pointe encore l’aurore de l’amitié ?
Pouvoir compter sur la présence fidèle,
la main posée, l’œil complice, le geste inventé.
Et sur notre terre menacée,
vous voyez bien l’irrésistible poussée de l’amitié,
malgré tout, contre tout.
Guettez donc l’amitié,
souriez-lui, protégez-la.
Elle demande tant de soin.
Dieu même s’appelle notre ami.
Et quand nous sommes amicaux,
nous le faisons advenir,
nous lui faisons de la place.
Soyez bénis pour l’amitié.
Vos amis les moines
f. Bernard
24 décembre 2006
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BILLET DE SAISON
Veillez Il pleut doucement sur mon toit.
Dehors, la pluie égrène des sons mats
sur le sol tapissé des feuilles fraîches de l’automne.
La terre se recueille et médite avant l’hiver.
Il faut doucement consentir à l’hiver,
comme il nous faut consentir lentement à la mort à l’automne de la vie,
apprivoiser les signaux de la vieillesse qui nous inclinent au détachement.
« Veillez » dit le Christ, « je suis à votre porte. »
C’est la figure de ce monde qui passe aussi,
et la vigilance devient attention à l’ultime, à l’accomplissement.
Veillez, discernez ce qui fait monter l’humanité vers le Christ
dans les soubresauts mêmes de l’histoire,
et portez l’espérance dans la crise.
Veiller, c’est vivre dans une attention soutenue à chaque moment,
à la tâche habituelle reprise patiemment
comme à l’inattendu qui survient subitement.
Tout étreindre.
Vivre jusqu’à l’extrême.
f. Bernard
20 novembre 2006
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CORPS DÉFIGURÉS
CORPS TRANSFIGURÉS
En plein été, la fête de la Transfiguration est chère au cœur des moines, parce que ce mystère exprime la visée du propos monastique dans sa pointe la plus fine.
Jésus emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, ces trois-là seulement, à l’écart, sur une haute montagne, et il est transfiguré, comme irradié de lumière devant eux. Pouvons-nous oser penser que nous autres, moines, nous sommes les quelques-uns que le Christ convie à venir avec lui pour le contempler dans sa lumière ? Nous savons bien que beaucoup d’autres y sont aussi appelés, mais c’est un des aspects de notre vocation particulière que d’être conduits à l’écart pour une vision, une contemplation.
Est-ce bien sur une haute montagne ? S’agit-il de nous élever, de prendre de la hauteur ? Ou bien de descendre au cœur de nous-mêmes ? Les deux images, la montée et la descente, se complètent. Mais lorsque nous descendons en nous-mêmes, nous sommes confrontés à tous nos remous intérieurs, à nos brumes, nos angoisses, nos infirmités, tout ce qui nous défigure précisément, le contraire d’une transfiguration. Et le moine fait durement l’expérience de ce regard sur lui-même sans complaisance, un regard qui consent à la vérité de soi-même, et donc au combat avec soi-même. En grec, le combat, c’est l’agonie. Et ce sont les trois mêmes disciples à qui le Christ a voulu montrer son visage défiguré en son agonie. Le moine entre souvent et longuement en combat avec la part obscure de lui-même, son mal et sa misère, sa volonté mauvaise, ses langueurs et ses blessures. Il y faut une ascèse qui vérifie la vigueur de notre acquiescement à une conversion. Benoît aime à parler du moine combattant avec les fortes armes de l’obéissance.
Mais autant notre propos de conversion doit être gardé ferme, autant nous sommes aussi habitués à endurer de cuisantes défaites. La vie commune nous apprend, et d’abord chacun pour lui-même, que nous ne changeons pas beaucoup par nos propres forces. Nos caractères demeurent, comme ce que nos histoires personnelles ont imprimé en nous et que trahissent si souvent nos réactions et nos travers. L’effort ascétique peut alors devenir épuisant. Nous pouvons nous barder de préceptes, de conseils, de rappels, qui sont sûrement indispensables en raison de notre faiblesse, mais qui ne dilateront pas nos cœurs.
Et puis, nous n’avons pas à peindre notre propre image, à sculpter notre statue, par retouches successives et indéfinies. C’est un travail désespérant. Nous regardons plutôt une autre image, celle du Christ dans l’Évangile, et c’est elle qui nous illumine, à la mesure de notre désir de le voir, pour devenir des images d’Évangile.
Il faut qu’une lumière brille dans nos obscurités. Il faut se tenir à l’écart, monter vers la lumière, contempler le visage rayonnant du Christ ressuscité et nous laisser irradier en nous offrant à sa lumière. Aucune ascèse n’a de sens, ni d’effet, si la pointe de notre recherche et ce qui la soutient n’est pas ce désir de contempler la face du Christ. Le visage découvert, dit Paul (2 Co 3, 18), le visage offert, nous contemplons le visage du Christ dans l’Évangile de la gloire, et nous réfléchissons sa gloire comme des miroirs, nous sommes transfigurés nous-mêmes en son image. C’est l’Esprit qui opère cette lente irradiation de nos cœurs et de nos visages, l’éclaircissement de notre regard. Il n’y faut alors pas d’autre ascèse que notre patiente assiduité à recevoir la parole des prophètes, comme le rappelle Pierre (2 P 1, 19), et à scruter l’Évangile du Seigneur. C’est la besogne du moine, le seul secret de son art, et si elle fait défaut, sa vie est terne et somme toute insignifiante.
Vient toujours, et chaque jour, le moment où il faut descendre de la montagne, aller avec le Christ sur nos chemins d’humanité, et comme sur lui, déferlent sur nous toutes les maladies et les infirmités. Nous contemplons alors dans les larmes l’humanité défigurée par la violence et la haine, si présente dans la prière quotidienne des Psaumes, les visages fermés, durs, de la malveillance, les corps souffrants, pantelants, tous ces corps meurtris sur lesquels Jésus s’est penché, qu’il a touchés, avant que son corps à lui ne soit pendu dans le sang.
Nous contemplons cette humanité, et la nôtre propre d’abord, avec l’infinie compassion du cœur du Père. Mais nous nous obstinons aussi, et dans le même temps, à regarder l’humanité transfigurée par la bonté, l’inépuisable générosité, les visages radieux quand le sourire traverse les larmes, les corps lumineux de ceux qui s’aiment et de ceux qui prient, les visages paisibles des vieillards.
C’est à l’écart, sur la montagne, que nous pouvons entendre la voix du Père qui nous murmure : « Toi aussi, tu es mon fils bien-aimé, tu as tout mon amour. » Et en descendant pour reprendre le chemin quotidien, quand nous rencontrons le visage de l’autre, défiguré, transfiguré, la même voix nous dit : « Lui aussi est mon enfant d’une manière unique ; reçois-le comme ton frère. »
Frère Bernard
5 août 2006
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C’EST TOUJOURS PENTECÔTE.
Le temps pascal est terminé. Bientôt toute la succession des fêtes de l’été, et les vacances, le bel été.
Mais c’est toujours Pentecôte. L’Esprit est donné à chaque peuple, à chaque génération, pour lancer l’Église. Nous sommes en Pentecôte pour une nouveauté, une puissance de vie, pour la course de l’Évangile.
Ça fait du bruit, Pentecôte. Nous avons un peu peur de faire du bruit, nous voulons être dis-crets, nous fuyons le tapage. Mais il faut quand même se faire entendre. Si quelque chose d’important se passe chez nous, ça doit faire du bruit. Ne se passe-t-il plus rien ?
Et le vent ? Nous préférons souvent le bruissement de la brise légère. Mais n’avons-nous pas aussi besoin de quelques grands coups de vent, de souffle, d’air ? L’Esprit secoue les lan-gueurs, il ouvre les enfermements, il pousse au large.
Et le feu ? L’ardeur. La ferveur. La brûlure du cœur. L’Esprit console, mais il brûle aussi quand il vient, il revigore, il ranime l’élan.
Et la voix ? Ça parle, à Pentecôte. Dieu lui-même parle depuis le début, et à Pentecôte l’Évangile s’est mis à courir le monde. Il ne faut pas l’arrêter. Dieu n’a pas d’autre bouche ni d’autre voix que les nôtres pour parler à ce monde, et il a toujours une parole à dire. Elle est sur nos lèvres.
Allons, libérons l’Esprit cet été.
fr. Bernard
5 juin 2006
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Fêtez Pâques, Amis!
Mais non point seulement comme la fête du Printemps,
de la vie qui revient toujours après la mort de chaque hiver;
il nous suffit pour cela de faire des enfants
et de leur remettre l’avenir.
Ne voilez pas la mort,
dévoilez la plutôt.
Montrez au monde la Face de l’Homme-Dieu assassiné
et avec lui celle de tous les justes tués.
Cette mort-là est plantée au carrefour de l’Histoire, comme un grand étendard.
L’homme qui le brandit a gardé ses plaies,
et son pied est sur la tombe.
C’est la transfiguration de sa mort.
Alors, oui, fêtez Pâques,
endimanchez vos corps fragiles,
riez à la vie,
pleurez à la mort.
Il faut toujours passer,
n’en ayez point peur:
un Autre est passé devant nous.
C’est la Pâque,
La sienne et la nôtre.
F. Bernard (Pâques 2006)
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CARÊME PRENANT
"Ce que donne ta main"
La main qui donne n'est pas la main qui prend.
Donner d'une main pour prendre de l'autre...
L'astuce des demandeurs est souvent de nous donner pour avoir: nous proposer d'acheter des chocolats pour aider les malades.
Retenir donc la main qui prend et ouvrir celle qui donne.
Freiner la consommation et offrir ce qu'on aime.
Résister chacun à sa place, à cette énorme machine commerciale et à ces géants qui se mordent et s'avalent en détruisant le monde et en étouffant les faibles.
Faire fleurir la gratuité de l'offrande.
"Retire-toi"
On nous dit souvent d'aller vers, et nous allons le réentendre: aller vers les autres, vers les pauvres, les malades, les isolés... C'est bien, et nous le faisons volontiers parce que nous avons du coeur.
Mais se retirer.
Pas pour se désengager, par désintérêt, ni par fuite, ni par paresse.
Mais se retirer pour aller au fond de la maison à la rencontre de ce Père du secret, simplement commencer par aller vers lui pour apprendre comment aller vers les autres.
Commencer par être fils de ce Père pour devenir frères.
C'est dans le silence et la solitude, au creux de soi-même, que le regard est lavé et devient doucement bienveillant.
Le Christos, le Messiah, c'est le Parfumé: l'onction a fait dégouliner le parfum précieux sur ses cheveux et ses vêtements.
Le chrétien est celui qui sent bon. On a envie de s'approcher.
La bonne odeur de l'amitié.
L'attirance parce que ça fleure bon la vérité, la simplicité, la jovialité, le rire.
Le parfum va avec les beaux vêtements et la brillance des corps. Les femmes se poudrent le museau quand elles mettent leurs belles toilettes et leurs bijoux.
Voici donc le temps d'être beaux, séduisants, de donner envie.
Ca va mal avec les cendres. Mais il n'y a pas de cendres dans l'évangile.
Nous savons déjà bien que nous sommes poussières et que nous nous fanons.
Mais nous allons vers Pâques, vers le Corps de gloire qui se relève de la mort.
Et il nous est dit: Crois à cet évangile, et répands la bonne odeur du Christ.
f. Bernard (mars 2006)
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"CHERCHER DIEU"
Dans sa "Règle des moines", Saint Benoît demande d'examiner avec attention si le candidat à la vie monastique cherche vraiment Dieu, et il conseille de lui montrer toute la dureté du chemin par lequel on va à Dieu.
Les candidats qui frappent à la porte des monastères se font rares. N'y a-t-il plus de recherche de Dieu?
Il existe bien une sorte d'inquiétude spirituelle diffuse qui se manifeste par des recherches très variées, une curiosité pour les traditions des diverses religions, et parfois même un intérêt pour des doctrines étranges.
Dans un monastère, la vie est organisée, selon une Règle ancienne qui a fait ses preuves, pour permettre à chacun son propre itinéraire personnel tout en le balisant, et pour maintenir une véritable ardeur commune. L'Abbé doit veiller à ce que "les forts désirent faire davantage et que les faibles ne se dérobent pas". C'est l'ardeur de la communauté qui doit y encourager.
La recherche spirituelle que les moines poursuivent, et qu'ils proposent, n'est pas facile. Il faut qu'elle soit honnête et vraie. Les moines sont en proie aux mêmes questions et aux mêmes défis que tous les autres. Ils veulent même être intelligents dans leur démarche de foi et garder un souci d'ouverture et de dialogue avec tous les autres. Les monastères ne sont ni des forteresses protégées, ni des foyers d'exaltation, ni des passages de courants d'air. Ce sont des lieux paisibles, où l'on aime le silence, l'humilité des travaux, et la fidélité à la prière.
La recherche de Dieu ne s'accomode pas de techniques compliquées, mais elle demande une grande disponibilité et beaucoup de patience. C'est en cela que le chemin est dur. Mais celui qui s'y engage y trouve la douceur du coeur.
f. Bernard
(janvier 2006)
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Nuits et brouillards...
Aimez-vous le brouillard et son mystère
Quand il rend indécises les silhouettes,
des arbres, des bêtes et des gens,
et qu'il semble promettre le passage furtif d'une elfe ?
Savez-vous laisser la nuit s'épaissir,
sans encore allumer les lumières,
et à l'autre bout de la nuit
attendre la lente aurore des hivers?
Verrons-nous la lumière?
Combien de temps encore pour que s'ouvre le ciel ?
Demandez le aux malades incertains
ou aux peuples écrasés.
Longues nuits de veille.
Lourds brouillards où s'enfoncer.
C'est pourtant là, au creux de l'hiver,
que nous fêtons les naissances,
que le rire des enfants nous éclabousse,
et que Dieu naît.
Il y a urgence:
Faites encore naître Dieu dans l'hiver qui bascule.
F. Bernard
Noël 2005
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