Le billet du Prieur
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LE BILLET DU PRIEUR

« Va dire à mes frères… »

Elle y avait déjà couru, la Marie, vers les frères, mais pour leur dire : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis. »

Ce message inquiet, essoufflé, c’est encore le lourd message au cœur de beaucoup de croyants, message triste de ceux qui ne savent plus trop où est leur Seigneur. On nous l’a enlevé. On ne sait plus. La joyeuse nouvelle de sa résurrection ne passe plus. Est-ce la foi elle-même qui est au tombeau ? Le tombeau s’est-il lourdement refermé sur du vide ?

Cette inquiétude si pesante pour tant de chrétiens, cette angoisse même que nous dévoile aujourd’hui le visage pourtant si souriant de Mère Teresa, vont-elles bloquer le message pascal ?

Mais le message pascal n’est-il pas d’abord celui de l’homme en croix, le jeune Dieu nu pendant lamentablement au gibet ? Voici l’homme. Voici Dieu. L’homme anéanti par la violence de la haine, victime manifestant l’horreur du péché de l’humanité. Dieu livré jusqu’à l’extrême pour dire l’amour au plus noir de la détresse. Le jeune Dieu ressuscité n’a pas terrassé ceux qui l’ont tué, il ne s’est pas laissé prendre à son tour dans le cycle infernal de la vengeance. Il s’est arraché à la mort dans une infinie douceur. « Paix à vous. Va dire à mes frères : Mon Père est votre Père. Vous êtes fils et frères de Dieu. »

Et c’est bien notre message dans un monde toujours violent et dans notre pauvre quotidien : Il faut sauver l’homme, et il n’y a pas d’autre moyen que de servir la vie et l’amour, jusqu’à l’extrême.

fr.Bernard ______________________________________________________________________
Attendre la Sainte Pâque avec la joie du désir spirituel.
$ Les étapes importantes de nos vies n’obéissent pas aux cadres du temps liturgique. Le temps dit ordinaire peut être marqué par des évènements extraordinaires, des crises, des passions, des épreuves, de nouveaux élans intérieurs. Le Carême peut survenir par temps intérieur calme, ou à des périodes où l’aridité spirituelle a desséché la ferveur. Et cependant nos vies sont aussi ponctuées par les temps liturgiques comme par les saisons.

Nous pouvons aborder le Carême avec la désillusion de nos expériences antérieures et la parcimonie de nos médiocrités coutumières. Cela signifie que l’on n’attend plus grand-chose de soi-même et que le désir s’est étiolé. Nous aurons alors tendance, pour nous excuser et pour légitimer notre pusillanimité (cette étroitesse de l’âme), à penser et à dire que le Carême est un temps artificiel, que ce ne sont pas les quelques petites privations qui comptent, et que les grandes conversions obéissent à d’autres lois. Ne restera que la coloration liturgique de ce temps pénitentiel. Nous chanterons qu’il faut aller au désert et nous nous calfeutrerons dans nos ornières.

Saint Benoît est lui-même assez réaliste quand il parle du Carême. Il constate avec un peu de déception que la vie ordinaire des moines n’est pas aussi ardente qu’elle devrait l’être, et il invite à profiter de ce temps pour ranimer la ferveur. Il propose très concrètement et simplement d’ajouter et de retrancher : un peu plus de ceci, un peu moins de cela. Et c’est bien ainsi que nous balisons nos « efforts de Carême » : un peu plus de prière, de silence, de lectio, d’attention fraternelle ; un peu moins de nourriture, de sommeil, de bavardages, de repli sur soi.

Mais c’est dans le chapitre du Carême que Benoît parle deux fois de la joie, chaque fois en lien avec l’Esprit, et c’est là qu’il parle de la joie du désir spirituel. Nous chantons « le temps du long désir » pour l’Avent. Benoît, lui, parle de l’attente et du désir à propos du Carême, et c’est l’attente joyeuse de la Pâque. Pâques exprime tout le mystère chrétien de nos vies, le sens de l’existence baptismale faite de consentements à la mort et de renaissance, de purification du mal au cœur de nous-mêmes et de transfiguration en Christ. Et c’est bien là que le désir spirituel prend sens, désir de vie et d’amour ouvert sur l’infini. Pâques, c’est le désir d’amour et de vie qui affronte et traverse la mort. Au moment d’aller vers la mort, Jésus parle d’amour, de vie donnée, de vouloir de vie et de fécondité pour les disciples. Il parle encore de cette joie que personne ne pourra nous ravir.

Voici donc un temps pour vivre, pour dilater la vie, même dans la vieillesse, un temps pour aimer, pour croire aux fruits que nous pouvons porter si nous en avons le désir, un temps pour la joie.

fr. Bernard


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