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En partage: Notes de lectures


Le livre du mois: 4 titres lus par F. Bernard.
Christiane SINGER. Derniers fragments d’un long voyage. ALBIN MICHEL.
Livre bouleversant. Christiane Singer a écrit au jour le jour pendant les derniers mois de sa dure maladie. La souffrance n’est pas gommée, mais ces pages sont pleines de lumière, d’amour, de douceur, d’appel à vivre. Il faut le lire pour apprendre à traverser la souffrance et pour accompagner ceux qui sont en détresse. Et pour vivre.

Lytta BASSET. Ce lien qui ne meurt jamais. ALBIN MICHEL.
Après le suicide de son fils de 24 ans, pendant cinq ans, Lytta Basset a noté son long travail de deuil, ses méditations de l’Evangile, les signes qu’elle a reçus. Elle témoigne du lien vivant, de sa foi en la vie, du message de la résurrection. Et elle le fait en se livrant avec autant de pudeur que de sincérité.

Julia KRISTEVA. Cet incroyable besoin de croire. BAYARD.
Linguiste, psychanalyste, Julia Kristeva, qui n’est pas croyante, livre ici une remarquable méditation sur le christianisme, dans le prolongement de la conférence de Carême qu’elle a donnée à Notre-Dame de Paris. Livre parfois difficile pour ceux qui sont moins familiers des concepts freudiens, mais offrant une réflexion précieuse sur le sens du croire et l’apport singulier du christianisme à l’humanisme.

Jean-Claude GUILLEBAUD. Comment je suis redevenu chrétien. ALBIN MICHEL.
Après « la force de conviction », Jean-Claude Guillebaud livre ici l’itinéraire personnel qui l’a conduit à revenir à la foi chrétienne, en croisant ses propres analyses et engagements précédents et ses nombreuses rencontres avec les milieux juifs et chrétiens.

Le livre du mois (mai 07):Muhammad YUNUS, Vers un monde sans pauvreté -avec Alan Jolis-Ed. Jean-Claude Lattès, 1997, 345 p.
Compte-rendu du livre (Yves de Patoul)

Lorsque cet ouvrage a paru en français il y a dix ans, il a passé presqu’inaperçu dans le grand public. Ce n’est plus le cas depuis qu’il a été réimprimé en 2006 après que son auteur ait reçu le prix Nobel de la Paix. Les idées qu’il contient, et qui sont toutes le fruit d’une pratique silencieuse de trois décennies au Bengladesh un des pays les plus pauvres du monde et victime de fréquents fléaux naturels, sont vraiment bouleversantes et révolutionnaires. L’auteur, un professeur d’université insatisfait des théories et méthodes pour lutter contre la pauvreté, renverse en effet toutes les idées reçues sur les pauvres et la pauvreté. Il met ceux-ci au centre de toutes ses préoccupations : « prêtez-leur l’argent qu’ils vous demandent, (une banque spécialisée pour les pauvres), mais exigez surtout qu’ils rendent tout ou presque », telle est sa recette. Ainsi, continue-il, les pauvres se sentent motivés pour réussir la petite entreprise qu’ils ont choisie eux-mêmes, ils peuvent se relever et retrouver la dignité qu’ils avaient perdue.
Ce livre qui n’a aucune motivation chrétienne - son auteur est un musulman peu pratiquant -, respire pourtant d’un esprit évangélique hors du commun. Yunus va jusqu’à érafler les pratiques « chrétiennes » en écrivant ceci : « la charité comme l’amour peuvent se transformer en prison ».Car il s’insurge à plusieurs reprises contre les dons faits sans contrepartie du bénéficiaire et dit que les remises de dettes ont « un effet catastrophique sur le micro-crédit ». Les économistes traditionnels aussi bien que les généreux donateurs sont pris à partie et ne peuvent plus avoir la conscience tranquille après avoir lu attentivement ce livre. Parmi bien d’autres mérites, retenons encore celui-ci : la part très belle (presqu’exclusive) accordée aux femmes dans leur capacité de rembourser l’argent prêté.


Le livre du mois (mars 2007): Gabriel RINGLET, "Et je serai pour vous un enfant laboureur... Retourner l'Evangile" Albin Michel, 2006
Dans son style inimitable, l'auteur nous invite à le suivre à la redécouverte d'un trésor, l'Evangile. Une terre que chacun porte en soi. Une terre qui doit sans cesse être retournée, nous dit Gabriel Ringlet, sous peine de demeurer en friche et d'être étouffée par un langage religieux usé. L'urgence est au labour! Jésus est venu pour bouleverser la condition humaine avec le soc d'une parole vive, et ce nécessaire renversement est toujours d'actualité pour que l'humus de l'humanité porte du fruit. Dans la fidélité à sa démarche, Gabriel Ringlet nous propose ici de revisiter à la fois l'Evangile, les informations qui nous parviennent des médias et les pensées fertiles de poètes et d'écrivains. Des pages fortes qui engagent le lecteur à un profond et fécond retournement. Une lecture bien adaptée aux temps de conversion du Carème et de confiance de Pâques.
Un livre-essai qui a récemment été primé par le Grand Prix du questionnement des Scriptores Christiani.

Le livre du mois(février 2007): Gérard FOUREZ, "Cette foi-ci, itinéraire d'un confiant", Ed. Mols- Autres regards,2001.(sur commande au magasin du monastère)
Publié en 2001, un livre prophétique qui garde toute son actualité. Stimulant pour repenser sa foi à la lumière de l'Evangile et en regard de ce qui fait notre monde contemporain. Une vraie liberté de pensée, de parole et d'écriture qui peut nous aider à retrouver la beauté, la vigueur et la modernité du message de Jésus. Un regard lucide, courageux et pertinent, plein de fraîcheur sur la foi chrétienne. Une foi qui, aujourd'hui encore, est capable de dévoiler le sens de nos existences et de nous conduire sur les chemins du bonheur et de la paix. Retrouver au delà des formulations apprises, la vitalité d'une foi personnelle et d'une spiritualité en prise directe avec notre temps. Celui qu'il nous est donné et demandé de vivre.

LES LIVRES DU MOIS (janvier 2007): Robert SCHOLTUS, Petit christianisme d’insolence, Bayard 2004 et Petit christianisme de tradition, Bayard 2006
Robert Scholtus est Supérieur du séminaire universitaire des Carmes à l’Institut Catholique de Paris et il enseigne la théologie.
Dans le premier livre, il interrogeait le christianisme à partir de quelques grandes questions de la modernité. Dans Petit christianisme de tradition, il interroge le monde moderne à partir des grandes questions chrétiennes : les Ecritures, les dogmes, l’Eglise, les prêtres, les sacrements, la confession. Il y poursuit un dialogue alerte avec la littérature et la pensée contemporaine, en confrontant tradition et modernité, et en revenant toujours à l’éternelle nouveauté du Christ.
Deux petits livres pour chrétiens enjoués.

LE LIVRE DU MOIS (Décembre 2006):ÉLIE WIESEL, Un désir fou de danser (roman), Seuil, Avril 2006. Ce livre est disponible au magasin de Clerlande « Au jardin des moines ».
Elie Wiesel né en Roumanie, en 1928, passe une enfance heureuse à Sighet. Il est déporté à l’âge de 16 ans à Auschwitz avec ses parents, sa sœur et son frère. Tous les membres de sa famille meurent dans les camps. Études en France, où il rencontre François Mauriac, qui lui conseille de décrire son expérience, de témoigner pour les martyrs de l’Holocauste. Il écrit « La nuit ».
Prix Nobel en 1986. Inlassable défenseur des droits de l’homme, il crée l’Académie universelle des Cultures.
"Un désir fou de danser", roman dense, traite de la folie, folie due à un excès de mémoire, mémoire encombrée par tant de souvenirs heureux mais aussi souvent douloureux. « C’est d’elle, de la folie, que je vous parlerai, de la folie chargée de souvenirs et qui a des yeux comme tout le monde ; mais dans mon histoire ils sont comme ceux d’un enfant souriant qui tremble de peur ».
Pour se libérer de sa folie, Doriel, personnage principal de ce roman, demande l’aide d’une psychologue « qui passe sa vie à sonder l’inconscient, coffre-fort et poubelle du savoir et du vécu ». Allongé sur le divan, il évoque ses souvenirs, sans se soucier de leur chronologie : « Le temps d’un fou n’est pas toujours celui de l’homme dit normal ».
Certains mots reviennent tout au long du roman : fou – Sage – folie – rêve – peur – solitude et folie – remords – culpabilité – désir, abandon, et tous ces termes sont liés entre eux.
Doriel se dit habité par un dibbouk « un voleur d’identité qui dit moi par ma bouche, à ma place ». On sent, tout au long de ce livre, que Doriel est à la recherche de son identité : « Qui me dira qui je suis ? » dit-il désespéré. Ou plus loin : « J’ai peur de ne plus me reconnaître ».
Une expression revient comme un refrain : « Elle a des yeux d’enfant souriant qui tremble de peur » - « Elle a un sourire d’enfant effrayé », toujours cette mise en regard du sourire de l’enfant et de la peur.
Doriel se pose également des questions dont certaines sont d’actualité encore aujourd’hui :
« Comment continuer à remercier Dieu pour ses bienfaits, alors que ses créatures s’entre-déchirent en son nom, en déclarant L’aimer ? »
« Et pourquoi mes prières et mes louanges seraient-elles si importantes pour Lui ? Que je les récite ou que j’en oublie quelques-unes, en quoi cela L’affecterait-il au point de m’infliger réprimandes et souffrances ? ». « Comment aimer un Dieu qui a besoin de tant de flatteries ? »
Le récit des souvenirs de Doriel est entrecoupé de lettres « fictives » qu’il écrit à ses parents « morts ». Il s’y livre parfois plus que sur le divan de la psy, leur disant des choses qu’il cache à celle-ci.
Ce roman dense, très dense, est le récit d’une aventure intérieure. La thérapeute définit Doriel comme « un homme malheureux qui ne cherche plus le bonheur ». Cette souffrance devant la difficulté de vivre heureux se retrouve dans presque tous les livres d’Élie Wiesel, l’éternel écorché.
La thérapeute ajoute : « Si seulement je pouvais lui faire admettre que l’amour fait partie de la vie, et qu’on peut le revendiquer sans honte ». Seul l’amour peut guérir les blessures les plus intimes.
Après le souvenir de tant de souffrances, de tant de malheurs, de sentiments de culpabilité, après tant de retours dans cet inconscient « coffre-fort et poubelle du savoir et du vécu »,
le livre se termine par :
« Alors, comme le voyageur qui, arrivé au sommet de la montagne, entrevoit le gouffre à travers les nuages est saisi d’un éblouissement angoissant, le vieil homme en moi fut pris d’un désir fou de danser. »

LE LIVRE DU MOIS (novembre 2006): Paul LAVALLEE "SAINT BENOIT, une spiritualité pour le XXIe siècle"Les Editions Logiques-Québec (disponible au "Jardin des Moines" magasin du Monastère de Clerlande)
"La Règle de Saint Benoît ne vise pas uniquement la perfection spirituelle. Elle prodigue aussi, avec beaucoup de sagesse, nombre de conseils très judicieux pour la saine gestion de la vie courante et des biens matériels" (fr. Jacques Garneau, abbé de Saint-Benoît-du-Lac).
Extrait de la présentation de ce livre par l'abbé du monastère dont l'auteur est "oblat séculier" depuis 1947, ce texte invite les laïcs de notre temps à découvrir (ou à approfondir) l'actualité de la Règle de Saint Benoît pour les laïcs d'aujourd'hui qui cherchent une spiritualité adaptée à leur vie dans le monde.
"Je suis plus que jamais persuadé qu'il y a dans la Règle de Saint Benoît une spiritualité si véritablement traditionnelle et primitive, si proche des sources chrétiennes qu'elle peut encore inspirer la vie spirituelle des hommes et des femmes du XXIe, bien qu'ils évoluent, comme il se doit, dans le monde séculier, et selon leurs vocations spécifiques".

LE LIVRE DU MOIS (octobre 2006): J.Cl. GUILLEBAUD- "La force de conviction" Seuil 2005 (disponible au magasin de Clerlande "Au Jardin des moines".
L'auteur est préoccupé par la sauvegarde de l'humain menacée sur trois plans: les percées dangereuses de la biologie, l'utilisation détournée des moyens de communication et le pouvoir excessif du commerce dans le monde. Pour lui, la conjonction des trois constitue une menace redoutable pour l'humanité.
Un livre éclairant sur la croyance pour qu'elle remplace la crédulité. Une mise en garde salutaire contre "l'économie saisie par le cléricalisme", un certain retour du scientisme et la "grand messe médiatique" par laquelle les médias nous obligent à penser qu'une chose est vraie parce que les médias le disent!
Une thèse à méditer: On ne peut pas vivre sans croyance. Il faut croire pour faire société. Il faut laïciser la science et la technique en opérant la même distinction que ce qui a été fait entre la religion et l'Etat.

Abbé PIERRE : Mon Dieu Pourquoi?
Réflexions au soir d'une vie au service des plus pauvres...
Un Testament Spirituel en toute vérité.

Michel TERESTCHENKO, Un si fragile vernis d'humanité - Banalité du mal, banalité du bien, La découverte- Paris 2005
"Ce ne sont pas seulement des monstres qui basculent dans l'horreur mais des hommes ordinaires, trop ordinaires, de même ...il n'est pas besoin d'être un saint pour accomplir le juste et secourir des victimes au risque de sa vie. Héros ou salaud? C'est toujours une petite décision initiale, à peine perceptible, qui décide du côté dans lequel, une fois engagé, on se retrouvera in fine. Mais qu'est-ce qui explique cette décision? C'est là où l'enquête de M. Terestchenko prend toute son ampleur... elle montre combien est stérile l'opposition entre tenants de la thèse de l'égoïsme psychologique et défenseurs de l'hypothèse d'un altruisme sacrificiel. Ce n'est pas par "intérêt" qu'on tue ou qu'on torture. Ni par pur altruisme qu'on se refuse à l'abjection.
...l'auteur propose de penser les conduites humaines selon un nouveau paradigme: celui de l'absence ou de la présence à soi."
Un chemin où l'éducation et les valeurs vécues dans la famille ou les groupes d'appartenance jouent un rôle déterminant et décisif...

Bernard POUPARD,"Méditations de Noël", Editions Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse), novembre 2005
Que fait un moine(...)un peu cultivé, en méditant ces pages[des Evangiles de Noël] dans le silence de sa cellule? Il a l'audace simple de tout prendre à la fois: la beauté des mélodies patinées au fil des générations, comme les travaux de son confrère exégète à côté de lui au choeur. Il contemple l'émerveillement des enfants qui ont accès au mystère. Il sait bien que tout l'humain en est enveloppé, et qu'on ne peut le faire pressentir que par la richesse des symboles. Quand il va de sa cellule à la liturgie, il passe de la nudité de sa foi au jeu symbolique qui est propre à l'humain et qui en déploie le sens.
... le texte parle, de multiples façons, à des régistres différents, et il nous parle. Notre lecture est toujours notre interprétation, nous en avons la responsabilité, nous la construisons même,et le texte nous le permet tout en nous résistant. Ces récits de Noël parlent de vieillesses stériles qui deviennent fécondes et des jeunes virginités, des naissances et des enfances, de paternité et de filiation, des pauvres et des puissants, du malheur, de la cruauté et de l'innocence martyre, de la fidélité silencieuse et des chants de bonheur. Et du mystère qui enveloppe tout. Ils disent que Dieu vient dans cette humanité-là, et quels chemins il prend pour y advenir.
Noël se fête dans le silence de la nuit. Il y faut des coeurs simples, et ne pas faire beaucoup de bruit.

Bernard POUPARD, "Dieu à fleur d'homme", Editions Saint-Augustin, Saint-Maurice (Suisse), 2004
"Ma foi ne me place pas à part dans l'humanité, ni même dans un sous-ensemble humain que seraient les croyants. Je n'aime pas les mondes clos où le religieux sature la vie. Ma foi ne dévore pas ma vie. Elle la dilate. Elle n'altère pas mon être, elle le fortifie. Je ne suis donc pas extrait du monde et de moi-même pour être transporté ailleurs; c'est dans mon être singulier et dans le compagnonnage avec les hommes et les femmes qui m'entourent ou que je croise qu'une vérité se dévoile toujours à nouveau.
Le mystère et le sublime affleurent à hauteur de l'humain. Dieu s'envisage à hauteur d'homme."

Bernard FEILLET,"L'arbre dans la mer" , Desclée De Brouwer 2002
"Il s'agit pour chaque génération de réinventer la Parole de Dieu pour le temps qui vient...
Que cette Parole soit dite entre des hommes qui se parlent. Si cette Parole est prononcée par quelqu'un qui parle devant d'autres qui se taisent, est-ce encore la Parole de Dieu? La parole qui circule entre nous, au meilleur de notre être, devient Parole de Dieu, sinon ce qui devait être ouverture à l'immense crée une situation de fermeture, au nom de cette Parole accaparée.
Que cette Parole ne soit jamais utilisée pour condamner autrui. La Parole de Dieu n'est une arme contre personne. L'utiliser pour condamner, c'est la pervertir. On ne peut forger, à partir de la Parole, les barreaux d'une prison ou l'autre serait enfermé. Elle ne peut être que révélation et accompagnement.
La Parole de Dieu n'est pas indépendante de l'état où nous sommes de bonheur, de souffrance, de solitude, de communion: de ce qui fait la trame de notre vie. Elle devient à partir de ce que chacun d'entre nous en a reçu de lumière,de ce qu'il en fait sur son chemin, de ce qu'il en attend pour poursuivre sa route".

Catherine CHALIER,"De l'intranquillité de l'âme", Manuels Payot-Paris- 1999
"Lorsqu'ils sont convaincus, par intérêt ou par idéal, que la paix entre eux vaut mieux que l'agression constante, la violence et les deuils prématurés, les hommes cherchent souvent à faire prévaloir ce qui les unit sur ce qui les dresse les uns contre les autres. Las des guerres et des larmes, ils aspirent au repos. Fatigués des conflits où seule la mort triomphe, ils voudraient cesser de bâtir ou planter pour que d'autres en profitent, pouvoir user jusqu'au bout l'oeuvre de leurs mains et ne plus enfanter pour la ruine. Ils voudraient substituer aux armes les socles des charrues et partager enfin les fruits "des semailles de paix". Mais comment parvenir à ce but, en l'absence de toute conversion de l'esprit et du coeur à l'amour pratique de l'autre homme? Comment faire la paix avec lui, si l'intériorité humaine demeure captive des mirages qu'elle projette sur le monde afin de revendiquer le droit exclusif à s'y installer, en toute bonne conscience, malgré contestations et révoltes?

Le puit d'eau vive n'a pas(...)disparu de l'intériorité humaine, il demeure enfoui au plus secret d'elle, inconnu à soi-même car recouvert de tout ce qui fige la vie ou la mutile. Mais parfois, quand un homme se déleste de ses idées closes -sur l'altérité de Dieu et des personnes- qui l'emprisonnent dans l'idolâtrie c'est-à-dire en lui-même, le secret de ce puit éclaire la vie. Alors (...) la haine de l'ennemi se transforme aussi...
"...le préalable de la reconnaissance de la femme?
Dans un monde chaque jour encore endeuillé par les guerres et les massacres, la vilenie et la folie, le chômage et la misère quotidienne, n'est-il pas des urgences infiniment plus graves? ...
Dans le monde, surtout là où la violence se voit érigée en valeur, la reconnaissance de la femme par l'homme, face au tiers, demeure encore en souffrance. Or cette souffrance est-elle étrangère à celle que les hommes s'infligent les uns aux autres, avec une assiduité terrifiante? Est-elle sans conséquences sur la vanité des efforts de paix au regard de l'impatience à détruire et souvent à mourir, qui rongent l'âme de personnes héritières de haines très obscures et soucieuses de les transmettre?"

Eric-Emmanuel SCHMITT,« L’enfant de Noé », Ed. Albin Michel, Paris, 2004.
Un Dieu absent de notre monde, indifférent?
« Dieu a créé l’univers une fois pour toutes. Il a fabriqué l’instinct et l’intelligence afin que nous nous débrouillions sans lui.
« Les humains se font du mal entre eux et Dieu ne s’en mêle pas. Il a créé les hommes libres. Donc nous souffrons et nous rions indépendamment de nos qualités et de nos défauts. Quel rôle horrible veux-tu attribuer à Dieu? Peux-tu une seconde imaginer que celui qui échappe aux nazis est aimé de Dieu, tandis que celui qui est capturé en est détesté ? Dieu ne se mêle pas de nos affaires."
- Vous voulez dire que, quoi qu’il arrive, Dieu s’en fout ?
- Je veux dire que quoi qu’il arrive, Dieu a achevé sa tâche. C’est notre tour désormais. Nous avons la charge de nous mêmes ».


Adolphe GESCHÉ, "LE SENS" - Dieu pour penser VII -, Les Editions du Cerf - Paris 2003
" Je ne reconnus pas celui qu'attendait mon âme: il me fallait un Créateur, on me donnait un Grand Patron" (J. P. Sartre - Les Mots, Paris, coll. "Poche",1973 p. 145).
Sartre n'a-t-il pas très exactement et pathétiquement exprimé là toute la différence entre ces deux images de Dieu? Pourquoi fut-il trompé sur la divinité de Dieu? Pourquoi ne se trouva-t-il personne pour lui parler du créateur que son âme attendait: un Dieu digne de l'homme, un Dieu qui méritât d'exister. Non pas ce rationnel de nos jeux de logique, mais ce Dieu au-delà de la rationalité. (p. 43).