Le sacrement du moment présent (Texte intégral)

Le texte in extenso de la dernière conférence du fr. Bernard à Clerlande, en date du mercredi 22 mars 2017.

Le sacrement du moment présent

J’emprunte ce titre à Jean-Pierre de Caussade, jésuite du XVIIIème siècle à qui a été attribué le traité de « L’abandon à la Providence divine ». Évoquant les spirituels des premiers âges, il écrivait : « On y savait seulement que chaque moment amène un devoir qu’il faut remplir avec fidélité ; c’en était assez pour les spirituels d’alors : toute leur attention s’y concentrait successivement, semblable à l’aiguille qui marque les heures et qui répond à chaque minute à l’espace qu’elle doit parcourir ; leur esprit, mû sans cesse par l’impulsion divine, se trouvait insensiblement tourné vers le nouvel objet qui s’offrait à eux, selon Dieu, à chaque heure du jour. »

La manne était donnée aux hébreux dans le désert pour le jour même, on ne pouvait pas la garder en provision. Elle demandait la confiance

Il écrivait aussi : « La volonté de Dieu se présente à chaque instant comme une mer immense que notre cœur ne peut épuiser. » C’est là que se joue notre fidélité à Dieu autant qu’à nous-mêmes. Je l’ai ainsi déjà écrit : « Je me déleste du passé, je laisse l’avenir à ses imprévus, et je m’adonne à la tâche requise. Je contemple aussi la course des nuages, les arbres familiers, et j’accueille ceux qui surviennent. Autant de mannes qui me nourrissent quotidiennement. La manne était donnée aux hébreux dans le désert pour le jour même, on ne pouvait pas la garder en provision. Elle demandait la confiance. » On dit si facilement que le carême est une marche vers Pâques ; je vous invite à ne pas marcher trop vite, à donner son temps au présent. Lire la suite

« L’espérance : le courage de l’incertitude  » Un texte du Père Bernard Poupard

 

L’espérance : le courage de l’incertitude.

Le texte in extenso de la dernière conférence du fr. Bernard à Clerlande, en date du mercredi 18 janvier.

« Nos signes ont cessé, il n’y a plus de prophètes, et pour combien de temps nul ne le sait »

Le courage de l’incertitude était un thème avancé lors d’un colloque sur les cultures de la précarité en 2012 à l’université de Nanterre. La préoccupation était alors – et elle demeure aujourd’hui – celle de la précarité et de l’insécurité économique. Mais on peut aussi bien appliquer ces thèmes à la situation géopolitique globale actuelle : les premières incertitudes auxquelles on pense concernent les pays arabo-musulmans et plus généralement tous les pays affectés par les métastases des maladies de l’Islam. Mais on peut encore évoquer les incertitudes suscitées par la présidence de Donald Trump aux états-Unis comme de l’évolution des continents asiatique et africain. Et que dire de notre Europe en proie aux replis nationalistes et aux peurs des invasions ? L’avenir du monde est incertain et cette incertitude génère plus qu’un malaise : une angoisse. Nous devrions pourtant l’accepter sans trop de peine car elle n’est pas nouvelle : j’ai vu la carte du monde se redessiner plusieurs fois au cours de ma vie, des blocs anciens se défaire, des murs tomber, d’autres être érigés. Les futurologues sont disqualifiés aujourd’hui. Comme le dit le Psaume 73 (h 74) : « Nos signes ont cessé, il n’y a plus de prophètes, et pour combien de temps nul ne le sait ». Il nous faut vivre dans l’incertitude.

Branche d'amandier, d'après Van Gogh

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