La Fête du Saint-Sacrement

Dimanche 18 juin 2017

La Fête du Saint-Sacrement

Dans nos milieux de tradition catholique, lorsque nous employons l’expression « le Saint-Sacrement », nous pensons aux petites hosties réservées pour les visites aux malades et enfermées dans le tabernacle; ou alors, la grande hostie blanche encastrée dans un ostensoir solaire et exposé à l’adoration des fidèles à genoux.

Tout en respectant bien évidemment ces pratiques, je vous invite à envisager le Saint-Sacrement de l’autel en ce qu’il a de plus fondamental, à savoir la présence de la transcendance divine dans ce qui existe de plus fragile, de plus simple, de plus quotidien: un morceau de pain fractionné et donné à manger. Lire la suite

Dieu hôte

Dimanche de la Trinité (2017)

(Exode 34, 4-9 ; Jean 3, 16-18)
Dieu hôte

«Dieu a tant aimé le monde…»
Tant, tellement, c’est-à-dire sans mesure, éperdument, donnant même son propre Fils «en rançon pour la multitude»…

…et nous savons ce que les hommes en ont fait… Mes frères, mes sœurs, c’est la mesure sans mesure de l’amour de Dieu que nous évoquons, que nous célébrons, aujourd’hui, telle qu’elle s’est manifestée dans toute l’histoire des hommes.

Les mots de la théologie ne nous aident pas beaucoup. Le mot ‘Trinité’ fait plutôt penser à une formule algébrique ou une image de géométrie dans l’espace. Au cours de l’histoire les théologiens ont beaucoup spéculé au sujet de la Trinité, pour réfuter toutes sortes d’hérésies, comme le monophysitisme, le nestorianisme, l’adoptianisme ou le patripatianisme. Et cela n’a abouti qu’à de nouvelles divisions parmi le chrétiens. Lire la suite

Homélie de Pentecôte

​Dimanche 4 juin 2017

Homélie de Pentecôte

Nous avons suivi Jésus sur les routes de Palestine, nous l’avons accompagné durant sa Passion,​ sa mort et sa résurrection. Cinquante jours nous ont été donné pour entrer dans ce grand mystère pascal de la résurrection, de l’espérance, de l’amour surpassant la mort et nous voici en ce jour pour célébrer la plénitude du don de Dieu. C’est aujourd’hui, en ce jour de Pentecôte que nos communautés ont pris naissance, que l’Eglise est née, que nous pouvons vivre d’un Souffle nouveau, reprendre la route, habités, comme l’écrit saint Benoît dans sa Règle, le cœur dilaté et courir sur les chemins de Dieu avec une indicible douceur d’amour. Lire la suite

Il va partir. Et alors ?

Homélie du 6èmè dimanche de Pâques (A)

Il va partir. Et alors ?

C’est clair. Il va partir.
Oh, ils s’en doutaient bien. Il ne tient pas en place. Ils l’avaient bien deviné. Lorsqu’il était quelque part, il disait « allons ailleurs », « passons sur l’autre rive ». Quand on voulait le retenir, il se remettait en route. Et lorsqu’on commençait à l’acclamer, « il allait son chemin ». Alors, oui, ils s’en doutaient : cela devait arriver.
Ils l’avaient pris pour un instable, ils le trouvaient changeant et un brin fantaisiste. Ils le considéraient comme une espèce de va-nu-pieds. Lire la suite

5è dimanche de Pâques. 14/05/2017

Jean 14, 1-10 : « Je suis la voie, la vérité et la vie »

Homélie du 5è dimanche de Pâques. 14/05/2017

Ainsi commence le long discours d’adieu de Jésus la veille de son arrestation. (Jean 14-17). C’est son grand testament, un discours qui est tourné non pas vers le présent actuel de Jésus mais vers l’avenir, le sien et celui de ses disciples et de nous tous les croyants. Lire la suite

4è dimanche de Paques. 7/05/2017

Temps pascal, année A

« Je suis la porte »

4è dimanche de Paques. 7/05/2017

Quand Jésus dit: « Je suis la lumière du monde« , nous comprenons tout de suite qu’il chasse les ténèbres, qu’il dissipe l’obscurité, qu’il permet de voir clair dans la confusion du monde. Quand il dit: « Je suis le pain qui donne la vie« , nous avons l’expérience d’être vraiment nourris par son évangile. Dans ce chapitre 10 de l’évangile de Jean sur le thème du berger, il dit aussi qu’il est la porte. C’est une belle image, mais plus délicate à décoder, car elle évoque aussi bien l’ouverture que la fermeture. Une porte est ouverte ou fermée. Il y a bien un intermédiaire: la porte entrebâillée, mais elle est alors déjà ouverte.

Dans la vie commune, les portes sont souvent un sujet de crispations: les uns aiment les laisser ouvertes quand les autres s’empressent de les fermer. Et ces situations peuvent s’entendre plus largement: ouvrir les portes signifie accueillir. C’est ainsi que l’on peut proposer des journées « portes ouvertes » et donner à voir un lieu et sa vie. Lire la suite

3è dimanche de Pâques

Homélie du dimanche 30 avril 2017

3ème dimanche de Pâques

Deux voyageurs, tristes, découragés, revenus de leurs illusions. Ils ont tout entendu, ils sont au courant, ils « savent » ce qui s’est passé, ils n’ont pas raté un journal parlé : les nouvelles sont loin d’être bonnes, elles sont déprimantes. L’avenir cependant était prometteur mais en quelques heures le paysage a changé : c’est le sujet de leur conversation en chemin. Lire la suite

Jeudi Saint 2017

 Homélie du jeudi 13 avril

Jeudi saint 2017

(Jean 13, 1-15)

Qu’ajouter, après la lecture de cet évangile, sinon une parole de confiance : oui, il faut renouveler notre confiance dans le poids d’amour que comporte notre fidélité quotidienne, parce que, ce que nous pouvons faire chaque jour pour répondre à l’appel du Christ n’est pas insignifiant.

En effet, à ce moment de la célébration, nous risquons d’être un peu désemparés. L’appel reçu de ces textes fondamentaux et l’exigence des gestes dont nous sommes les témoins nous dépassent tellement que nous en éprouvons un certain malaise. La ‘peineuse semaine’, comme on désigne, parait-il, la semaine sainte au pays de Liège, est une épreuve, parce que elle nous fait bien mesurer notre incapacité à vraiment accomplir l’Évangile. Des exigences exorbitantes résonnent à nos oreilles : ‘Aimer jusqu’au bout’, ‘Suivre Jésus en portant sa croix’, et, comme il est rappelé dans l’épitre aux Hébreux : « Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang ». Tout cela est non seulement humiliant pour nous, pauvres humains, mais aussi un peu démobilisateur. Pourrons-nous seulement commencer à répondre à de telles exigences ? Aussi, quand Jésus nous demande : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? » nous n’osons plus répondre avec assurance que nous avons compris… Il est « venu apporter le feu sur la terre ». Mais comment pouvons nous tenir près de ce feu dévorant ?

Je crois que ces questions sont précisément la dernière tentation du Carême. Le diable nous les suggère pour s’assurer que, devant de telles exigences, nous restions dans une hésitation morose, résignés et paralysés par une mauvaise conscience, ̶  en attendant que ça passe.
Mais je voudrais encore citer une dernière parole de Jésus qui risque d’encore plus nous paralyser au premier abord, mais qui, en réalité, nous montre le chemin évangélique réaliste. Dans son discours d’adieu à ses disciples, Jésus a encore dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » ‘Donner sa vie’, cela signifie accepter de tout perdre, de risquer sa peau pour sauver ses amis, oui, mais pas nécessairement, pas uniquement. Parce que c’est essentiellement dans la vie ordinaire que nous pouvons ‘donner notre vie’ : peu à peu, encore et encore. Et d’ailleurs si nous ne commençons pas par là, il ne sera pas possible de réagir plus généreusement au cas où il nous le serait demandé. Nous lisons dans l’évangile que les déclarations grandiloquentes de l’apôtre Pierre à Jésus : « Je te suivrai et je donnerai ma vie pour toi » ne l’ont pas empêché de trahir son Maître.

Mes frères, mes sœurs, ce n’est pas tellement en mourant que nous pouvons donner notre vie, mais en vivant intensément, en correspondant aux exigences de chaque moment. ‘Aimer jusqu’au bout’ est d’abord simplement : accepter d’écouter longuement quelqu’un qui se confie, sans l’interrompre ; c’est rester travailler à la vaisselle jusqu’au bout, sans s’esquiver ; c’est ne pas calculer notre générosité dans les petits services, c’est, comme le demande l’épitre aux Hébreux, ne pas nous dérober aux exigences de notre profession ; c’est respecter et accueillir totalement ceux que nous rencontrons, et découvrir que nous pouvons ainsi aller beaucoup plus loin que nous le pensions. Le ‘bout’ n’est pas seulement le terme, la fin, c’est aussi une exigences du chemin, l’intensité de notre engagement dans les choses les plus simples.

Aimer jusqu’au bout, comme Jésus nous le demande, ce n’est donc pas nécessairement épuiser toutes nos forces, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Au lieu de penser cela, au lieu de nous résigner à ne pas en être capables, nous sommes appelés à découvrir la valeur infinie des humbles gestes d’amour. L’humilité est parfois grandiose, comme quand le pape lave les pieds des prisonniers, mais le plus souvent les gestes simples passent inaperçues, et cependant nous savons qu’ils ne sont pas perdus. Ils ne sont pas insignifiants ; ils sont comme nos petits gestes de respect et de sauvegarde de la création que nous dicte un comportement écologique. A leur place, ils sont indispensables, et notre vie quotidienne en est nourrie, sanctifiée. Si, au contraire, notre environnement communautaire ou familial n’est pas irriguée par ces marques d’amour gratuit, il s’étiole et devient alors vraiment insignifiant.

Nous découvrons ainsi que ce n’est plus nous qui donnons notre temps, notre attention ou notre compassion. Car nous ne savons pas comment bien donner, sans aucun retour sur nous-mêmes Mais l’Esprit de Dieu vient au secours de notre faiblesse, et c’est Lui qui donne, à travers nous. Il nous envoie et on peut dire que c’est lui qui nous ‘donne’, au service de nos frères. Aussi nous ne devons pas tant nous efforcer d’être nous-mêmes généreux, mais plutôt nous abandonner à sa volonté de donner, de rayonner tout bien.
Mes sœurs, mes frères, la célébration de ce jeudi saint nous fait enfin comprendre que nos simples gestes d’amour sont toujours situés sur un vaste horizon. La liturgie de ces jours saints nous révèle en effet que notre vie toute entière est intégrée dans la mystère de Jésus, le mystère du salut de tous les humains. Rien n’est mesquin dans notre existence, parce qu’elle peut désormais être vécue dans la perspective de la croix et de la résurrection du Seigneur. Dès lors tout ce que nous faisons, si humble que ce soit, acquiert une grandeur insoupçonnée. Car, pour reprendre les paroles de Jésus lui-même, notre vie est ‘donnée pour la multitude’. Ce vaste monde qui nous entoure, avec la multitude des humains, leurs douleurs et leurs espoirs, est toujours mystérieusement présent dans notre vie, et nous lui sommes concrètement solidaires. Quand nous pouvons vivre cette solidarité au sein du mystère du Christ que nous célébrons cette semaine, notre service n’est pas pénible et notre vie n’est pas ‘peineuse’, mais, même à travers bien des exigences et épreuves, elle déborde d’une joie toute simple.

Fr.Pierre

Fresque de Leonard de Vinci, La Cène, 1494-98

Quatrième dimanche de Carême A

Homélie du dimanche 26 mars 2017

Quatrième dimanche de Carême A

Dans ce fascinant récit de l’aveugle-né, l’évangéliste apparaît à la fois comme un témoin direct d’une histoire prise sur le vif et comme un narrateur qui construit habilement son récit selon une progression simple : l’aveugle voit de plus en plus clair et les pharisiens sont de plus en plus aveugles. Et tout ce récit devient un message pour ceux qui l’écoutent, pour nous donc. Lire la suite

Fête de saint-Benoît du 21 mars 2017

​Introduction

Il nous est bon d’être réunis ce soir pour célébrer le passage de Benoît au « Royaume des splendeurs », comme l’écrivait notre frère Jean-Yves dans son hymne. C’est une joie pour la communauté de retrouver dans cette célébration, nos hôtes et nos amis, le groupe si fidèle suscité par Jean Hallet, nos oblats qui, depuis près de 30 ans, se sont engagés dans notre monastère Saint-André pour vivre de la tradition bénédictine. La jeune « fraternité de Clerlande », initiée par le P. Raphaël, nous rejoint aussi ce soir et notre patriarche Benoit nous entraine tous ensemble dans une même direction de service mutuel et d’adoration. Lire la suite

La dragueuse de Sykar… 19/03/2017

Homélie du 3è dimanche de Carême

La dragueuse de Sykar…

Tout simplement ce matin, je vous propose de regarder encore cette scène de l’évangile. Et d’y entrer autant que nous le pouvons.
D’un côté il y a un homme, Jésus. « Fatigué par la route », écrit St Jean, mais il n’y a sûrement pas que cela. On devine, en lisant entre les lignes, que sa mission n’est pas facile, qu’il se heurte à des cœurs qui restent fermés… Il voudrait bien révéler aux enfants d’Israël la tendresse du Père, mais ils ne s’y ouvrent pas…
Cet homme est tourné vers l’avenir. Il croit en la bonté de l’homme. Lire la suite

La Transfiguration de Jésus…

Homélie du 2e dimanche de carême, 12 mars 2017

La Transfiguration de Jésus…

C’est assez redoutable de devoir en parler, d’éventuellement la commenter, à la limite de l’expliquer. Vingt siècles de Pères de l’Eglise, de théologiens et de mystiques s’y sont risqués. Vingt siècles de chants et d’hymnes liturgiques n’ont pas eu peur de l’approcher.

Plusieurs siècles d’iconographes orientaux ont préféré le silence du pinceau, tel l’auteur de cette icône ici exposée aux bons soins du fr. Grégoire.
Et nos trois évangélistes, Matthieu, Marc et Luc, ont eu bien des difficultés à en relater l’événement, pour autant que la Transfiguration fût un événement visible à l’œil nu. Pour Mt et Mc, Jésus leur serait apparu « métamorphosé » (c’est le terme qu’ils emploient : « metamorphosis »). Pour luc, c’est le visage de Jésus qu’ils ont vu « tout autre » (« éteron »), dans un rêve, semble-t-il, car ils étaient « écrasés de sommeil ». Lire la suite

Mise en quarantaine

Homélie du Dimanche 5 mars 2017

Mise en quarantaine

Voilà, c’est parti.
C’est parti pour 40 jours.
Le premier mot de la liturgie des cendres, c’était une parole du prophète Joël qui disait : « Revenez »
Il s’agit donc de revenir. Et s’il s’agit de revenir, c’est donc que nous étions partis, c’est que nous étions peut-être aux abonnés absents, loin de tout… Ce qui est bien, c’est que nous avons du temps. Quarante jours. Enfin, il ne faudrait pas qu’on traine sur la route !
Nous avons devant nous quarante jours pour revenir à nous-mêmes, pour revenir à un peu de bon sens, quarante jours pour revenir aux autres, aller à leur rencontre, quarante jours pour revenir à Dieu ou le laisser rétablir en nous une juste image de lui… Et quarante jours surtout, pour laisser sa Vie gagner en nous…
40 jours de carême comme autrefois 40 ans dans le désert pour le peuple d’Israël…
40 jours, comme 40 ans pour recevoir une terre promise, un cœur nouveau, ni dur ni mou, mais un cœur tendre, ajusté à la tendresse du Père, un cœur vivant, quoi. Lire la suite

Mercredi des Cendres 1/03/2017

Homélie du mercredi 1 mars 2017

Mercredi des Cendres

En ces 40 jours de Carême, Benoît entend, avant tout, nous préparer dans la joie du Saint-Esprit à la grande fête de la nuit pascale dans un rejet complet du monde et une offrande plus parfaite de soi-même au Seigneur RB (49, 6-7). C’est bien la joie pascale qui est présente dans nos lectures, nos prières, nos larmes, la componction de notre cœur. Il ajoute : « La vie d’un moine devrait être, en tout temps, aussi observante que durant le Carême. Mais comme il y en a peu qui possèdent cette perfection, nous exhortons tous les frères à vivre en toute pureté pendant le Carême et à effacer, en ces jours sacrés, toutes les négligences de l’année » (RB 49, 1-2). Ce qui est dit des moines vaut également, je pense, pour tous les chrétiens, quel que soit leur état de vie. Lire la suite

8è dimanche du T.O. Matthieu 6 24-34

Homélie du 26 février 2017

8è dimanche du temps ordinaire. Matthieu 6 24-34
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Ce dimanche encore nous entendons le ‘Sermon sur la Montagne’. L’évangéliste Matthieu y a rassemblé les paroles les plus neuves de Jésus. Il y a recomposé son programme, on dirait même son ‘manifeste’.

Il y annonce surtout que Jésus n’est pas venu abolir la Loi, mais bien plutôt l’accomplir. Mais ce mot ‘accomplir’ est lui-même ambigu. Il ne suffit pas d’accomplir la Loi, comme on accomplit un devoir, pour être en règle avec elle, pour en être quitte… En tout cas, avec l’Évangile, on n’est jamais quitte ! On peut prétendre ‘accomplir’ la Loi, mais on ne pourra jamais ‘accomplir’ l’Évangile’. C’est évident dans la partie du Sermon sur la Montagne que nous avons reçue aujourd’hui.

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