Archives par mot-clé : Dieudonné Dufrasne

Messe de funérailles du Père Dieudonné (Vidéo)

Vendredi 27 octobre 2017

Messe de funérailles du Père Dieudonné (Vidéo)

La cérémonie complète en vidéo pour ceux qui n’ont pu être présents, ou qui désirent revivre ce moment  émouvant.

Notre frère Dieudonné Dufrasne est décédé ce 22 octobre 2017, peu après l’Office des Vigiles qu’il avait préparé.
Né en 1938 à Cuesmes, il a fait profession monastique en 1959 à l’abbaye de Zevenkerken et y a été ordonné prêtre en 1963.
Il a été un des fondateurs du monastère de Clerlande où il consacré toute son énergie au renouvellement de la liturgie, en particulier par les missels et la revue Communautés et Liturgies.

Dans l’action de grâce, nous prions le Seigneur de l’accueillir

Messe de funérailles du Père Dieudonné (Homélie)

Vendredi 27 octobre 2017

Messe de funérailles du Père Dieudonné

Le cœur du moine, de tout chrétien, est sans repos tant qu’il ne demeure en Dieu. Notre frère Dieudonné a vécu sa vie comme le temps d’un long désir, de son entrée au monastère à l’âge de 18 ans jusqu’à ses 79 ans. Il consacra sa vie à la liturgie, habité par le rythme donné à l’Église de découvrir son Seigneur, de Noël à Pâques, de Pâques à la Pentecôte, de la vie de tous les jours à l’Avent, attente infinie du retour de Jésus-Christ, dans le quotidien et à la fin des temps.

Dieudonné était une personnalité riche, brillante et contrastée, mystique et empreinte de poésie, gai luron, remarquable formateur des prêtres, des diacres, prêchant des retraites, accompagnateur de tous les âges, prédicateur doué, usant des images de son temps.

Le chant habitait tout son être. D’une voix chaude et profonde, résonnent encore en nous les psaumes qu’il répétait sans cesse avec ardeur tout au long des célébrations. Le soir, malade, je l’entendais encore de ma chambre se remémorer les airs qu’il devait entonner le lendemain matin. Il avait le souci des détails en liturgie : rythme, gestes, diction ; signes visibles d’un lien profond avec le Seigneur Jésus.

Voici une dizaine de jours, interrogé par les membres de la « fraternité de Clerlande » sur l’écoute de Dieu chez un moine, il livra dans un écrit une approche de son testament spirituel que je cite :

« Ce chemin n’a pas été une autoroute asphaltée, mais un sentier cahoteux fait de chutes et de relèvements ou – pour employer une autre image – un itinéraire de ténèbres et de lumière. Lorsque je jette un regard en arrière, je préfère y découvrir « un fil rouge » qui s’est accroché dans le ventre de ma mère et qui me tient aujourd’hui aux entrailles, qui a connu des tensions au point de devoir se casser mais qui a finalement toujours résisté. C’est pour moi aujourd’hui une évidence que je trouve dans le Psaume 138 :
C’est toi, Seigneur, qui m’as formé les reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère.
Déjà tu connaissais mon âme et mes os n’étaient point cachés de toi,
quand je fus façonné dans le secret, brodé au profond de la terre.
Je te rends grâce pour tant de merveilles, prodige que je suis et que tes œuvres !
C’est donc cela mon « profil intérieur » et caché, que je vous révèle car je vous considère comme des amis ».
​L’Eucharistie aux couleurs de l’arc en ciel, selon le temps de l’Avent, de Noël, de Pâques ou de la Pentecôte, rythmait le cœur de sa vie. « Je suis le pain vivant descendu du ciel, nous dit Jésus, Celui qui mangera de ce pain vivra pour l’éternité. C’est ma chair donnée pour la vie du monde
».

Le fr. Dieudonné consacra un ouvrage dédicacé par le Cardinal Danneels à cette initiation au mystère de l’Eucharistie : aller plus profond dans la participation active de la liturgie, y entrer avec le cœur, aimer le Christ dont nous sommes mystérieusement le Corps. C’est l’émerveillement d’une présence entendue, écoutée, célébrée cœur à cœur, goûtée corps à corps. Et Dieudonné de citer un poème d’Hadewijk d’Anvers : « Ce que l’amour a de plus doux, ce sont ses violences ; son abîme insondable est sa forme la plus belle ; se perdre en lui, c’est atteindre le but ».

​L’Eucharistie, signe de l’Incarnation et de la Résurrection du Corps du Christ qui nous enveloppe tous, nous appelle ainsi à célébrer ce mystère jusqu’à son retour : qui mange ce pain vivra éternellement.

Comment pourrions-nous entrer dans la vision mystique si personnelle de notre frère ? Commentant le début de la Règle bénédictine : « Ausculta, o fili, praecepta magistri et inclina aurem cordis tui ». Ecoute, ô mon fils, les préceptes du Maître et incline l’oreille de ton cœur. Dieudonné commente : il s’agit d’une auscultation de la poitrine du Christ où se fait entendre la voix du Christ, à la manière de saint Jean, lors de la dernière Cène : Jésus fut troublé intérieurement et déclara solennellement : « En vérité, je vous le dis, l’un de vous va me livrer ! ». Les disciples se regardaient les uns les autres, se demandant de qui il parlait. Un des disciples, celui-là même que Jésus aimait, se tenait dans ses bras. Simon Pierre lui fit signe : « Demande de qui il parle » ; le disciple se déposa alors sur la poitrine (supra pectus) de Jésus et lui dit : « Seigneur, qui est-ce ? (Jean 13, 21-25).

Le lieu de mon écoute, poursuit-il, est l’amitié que Jésus m’offre avec tendresse, et l’amitié que j’essaie de lui rendre moyennant la garde de mon coeur par l’affinement de mes affections humaines, par les rendez-vous silencieux de la prière sans discours, et par la bonté que je suis tenu de témoigner à l’égard de tous ceux et celles qui m’entourent.

Habité par ce feu intérieur, le fr. Dieudonné puisait son énergie dans la Parole de Dieu et dans l’amour de ses frères. Il me seconda plusieurs années dans la vie quotidienne de Clerlande. Il se nourrissait particulièrement du Cantique des Cantiques. Le bien-aimé et la bien-aimée n’ont de cesse de se chercher pour mieux se trouver et se retrouver : rencontre amoureuse marquée à la fois par l’ardeur du désir et la distance de la pudeur. « Ma colombe, cachée au creux des rochers, montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix ; car ta voix est douce et charmant ton visage ». Ct 2. 14. Aujourd’hui, le fr. Dieudonné n’est plus caché au creux des rochers, il entend son Bien-Aimé et le voit face à face.

Il rejoint le fr. Jean-Yves, le fr. Barnabé, tous ceux qui nous ont précédés et veille à présent d’une autre manière, toujours originale avec lui, sur l’avenir de Clerlande. Puisse ce lieu demeurer un lieu de prière et de silence, de recueillement et d’accueil dans un esprit d’amour et de fraternité comme il le souhaitait.

fr. Martin