Archives pour l'étiquette François Neyt

Homélie de Pentecôte

​Dimanche 4 juin 2017

Homélie de Pentecôte

Nous avons suivi Jésus sur les routes de Palestine, nous l’avons accompagné durant sa Passion,​ sa mort et sa résurrection. Cinquante jours nous ont été donné pour entrer dans ce grand mystère pascal de la résurrection, de l’espérance, de l’amour surpassant la mort et nous voici en ce jour pour célébrer la plénitude du don de Dieu. C’est aujourd’hui, en ce jour de Pentecôte que nos communautés ont pris naissance, que l’Eglise est née, que nous pouvons vivre d’un Souffle nouveau, reprendre la route, habités, comme l’écrit saint Benoît dans sa Règle, le cœur dilaté et courir sur les chemins de Dieu avec une indicible douceur d’amour. Lire la suite

Fête de saint-Benoît du 21 mars 2017

​Introduction

Il nous est bon d’être réunis ce soir pour célébrer le passage de Benoît au « Royaume des splendeurs », comme l’écrivait notre frère Jean-Yves dans son hymne. C’est une joie pour la communauté de retrouver dans cette célébration, nos hôtes et nos amis, le groupe si fidèle suscité par Jean Hallet, nos oblats qui, depuis près de 30 ans, se sont engagés dans notre monastère Saint-André pour vivre de la tradition bénédictine. La jeune « fraternité de Clerlande », initiée par le P. Raphaël, nous rejoint aussi ce soir et notre patriarche Benoit nous entraine tous ensemble dans une même direction de service mutuel et d’adoration. Lire la suite

Mercredi des Cendres 1/03/2017

Homélie du mercredi 1 mars 2017

Mercredi des Cendres

En ces 40 jours de Carême, Benoît entend, avant tout, nous préparer dans la joie du Saint-Esprit à la grande fête de la nuit pascale dans un rejet complet du monde et une offrande plus parfaite de soi-même au Seigneur RB (49, 6-7). C’est bien la joie pascale qui est présente dans nos lectures, nos prières, nos larmes, la componction de notre cœur. Il ajoute : « La vie d’un moine devrait être, en tout temps, aussi observante que durant le Carême. Mais comme il y en a peu qui possèdent cette perfection, nous exhortons tous les frères à vivre en toute pureté pendant le Carême et à effacer, en ces jours sacrés, toutes les négligences de l’année » (RB 49, 1-2). Ce qui est dit des moines vaut également, je pense, pour tous les chrétiens, quel que soit leur état de vie. Lire la suite

6è semaine du T.O. Mt 5, 17-37

Homélie du dimanche 12 février 2017

6è semaine du T.O. Mt 5, 17-37

Devant l’infiniment grand, l’univers étoilé, le soleil, la terre, la mer, la montagne ou devant l’infiniment petit, la cellule, l’atome, nous éprouvons un sentiment de l’ordre du sublime, de l’émerveillement, de la stupeur. Les dimensions du réel nous échappent tellement. Que dire alors du sens de nos existences ?

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Conversion de St-Paul et Unité des Chrétiens 25/01/2017

Introduction

Nous célébrons aujourd’hui la clôture de la semaine de l’unité et la conversion de saint Paul. Sur la route de Damas, Saul de Tarse fait une double découverte :
Jésus de Nazareth, Fils béni du Père, le Ressuscité de Pâques
Et il est face à une question qui le bouleverse jusqu’au fond de son être : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? ». Et dans ce tu, se présente le visage des chrétiens qu’il a tant persécutés. Jésus s’identifie aux frères, à la communauté.

Au début de cette eucharistie demandons au Seigneur qu’à notre tour nous reconnaissions la présence de Jésus Christ en chacun de nos frères.
Et pour être accordés à ce que nous célébrons, confessons notre pauvreté et la miséricorde de Dieu. Lire la suite

Professions et visite à Mambré

 
Du 6 au 13 janvier 2017

Professions et visite à Mambré du Père Martin

  • « Vous devenez des adorateurs du vrai Dieu trois fois saint, choisis pour chanter la gloire de Dieu » ;
  • « Le modèle de toute vie commune est la vie des premiers chrétiens au lendemain de la descente de l’Esprit à la Pentecôte » ;
  • « Le vie monastique n’est pas un ensemble de règles, c’est un organisme vivant, complexe, où nous sommes liés les uns aux autres, une vie commune durable où nous sommes liés les uns aux autres, les frères âgés et les jeunes, les bien portants et les malades, les frères au travail et d’autres qui, pour différentes raisons, travaillent de manière réduite ».

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Messe de la nuit de Noël – 24/12/2016

Samedi 24 décembre 2016

Messe de la nuit de Noël 2016

Mot d’accueil

A u nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Que le Dieu de l’espérance et de toute consolation vous donne en plénitude la paix et la joie et que le Seigneur soit toujours avec vous.
Mes sœurs, mes frères, nous avons vécu ensemble cette année des moments intenses de joie et de peine, de douleur et de sérénité. Nous avons ressenti le départ du Frère Jean-Yves comme un arrachement qui nous a atteint personnellement. Dans notre fondation à Kinshasa, nous avons fêté l’inauguration de l’Ecole secondaire et dans deux semaines, quatre frères congolais vont prononcer leurs premiers vœux.
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Eucharistie de funérailles du frère Jean-Yves Quellec

Jeudi 17 novembre 2016

Homélie de l’Eucharistie de funérailles du frère Jean-Yves Quellec

Introduction

Liturgie d’entrée

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Que le Dieu de l’espérance vous donne en plénitude la paix dans la Foi et que le Seigneur soit toujours avec vous.
Mes sœurs, mes frères, nous vivons ensemble un moment de grande émotion, faite à la fois de douleur et de sérénité. Nous ressentons le départ du Frère Jean-Yves comme un arrachement qui nous atteint personnellement, chacun et chacune.

Un cierge est allumé par la famille
Particulièrement ses sœurs Annie et Jacqueline, ses frères Marcel et Pierre, leur grande famille et les plus jeunes. La même émotion habite ses frères moines de Clerlande, de notre fondation de Mambré à Kinshasa, des amis de Clerlande et plus loin d’autres monastères, des milieux de vie ecclésiales et d’accueil hospitalier.
Elle est également vécue par tous ceux et toutes celles qui, près de trois ans, surtout ces derniers mois, ces dernières semaines et ces dernières heures ont entouré son combat et calmé ses souffrances : médecins, infirmières, kinés, aides-soignantes. Nous les remercions de tout cœur, particulièrement notre frère Damien, médecin pour son dévouement sans répit.
Douleur, je disais en commençant ce mot, et à la fois sérénité. Ce n’est pas le calme après la tempête, mais le calme dans la tempête c’est-à-sire cette Paix que rien ne peut nous ravir grâce au Christ qui attend notre barque sur le rivage d’en face.

CHANT

Au début de cette eucharistie, afin que nous soyons accordés aux mystères de grâce que nous allons célébrer, confessons à la fois nos fautes, le péché du monde et la miséricorde du Christ-Jésus.

KYRIE

Que notre Dieu, Seigneur de tendresse et de longue patience, nous fasse miséricorde et nous conduise à la vie éternelle.

Le pardon de Dieu est lumière : elle se consume au long de nos années sans jamais s’éteindre. C’est la présence du Christ ressuscité vainqueur de la mort, symbolisée par le cierge pascal. Que cette lumière accompagne le frère Jean-Yves pour sa rencontre avec Jésus, son Maître de vie et son Ami.

Le P. Clément dépose l’étole sur le cercueil
Le P. Clément dépose l’étole sur le cercueil, signe du sacerdoce que notre frère a vécu dans bien des milieux…

Que monte jusqu’à toi, Seigneur, notre prière, et que la joue sans fin se lève sur ton Serviteur Jean-Yves. Tu l’as créé toi-même à ton image, tu en as fait ton fils dans le Corps du Christ. Donne-lui d’avoir part à l’héritage que tu réserves à tes enfants. Par le Christ notre Seigneur.

***

Homélie

 

L’évangile de ce jour, empreint d’une profonde humanité, est icône de notre passage vers le Christ ressuscité. Pêche et navigation nous conduisent sur le rivage nouveau où Jésus a allumé le feu et invite au repas de fête.

Homélie du Frère Martin
Frères et sœurs, notre frère Jean-Yves vient de nous quitter, étendu sur un lit de douleur, l’esprit empli de sa Bretagne tant aimée, du souffle du large, le visage tendu vers l’horizon de la terre nouvelle. « Laissons donc sa flamme monter, écrit François Cheng, ne nous effrayons point, ne nous affligeons point, ne nous laissons pas noyer par les larmes. Oui, laissons sa flamme monter, déchirer la nuit, laquelle, accueillante, ouvre la Voie lactée de la Transfiguration ».
Comme les Apôtres qui ne se lassent pas de pêcher toute la nuit sans rien prendre, il y a en lui une manière et une passion absolument indescriptibles de faire l’expérience de Dieu, dans sa vie et ses écrits, de découvrir et de vérifier cet endroit dans son cœur qui le rendait capable d’adorer dans tous les lieux de la terre, Kervouroch, l’île de Quemenès, Clerlande, Mambré à Kinshasa, la Pène, l’Arche de Jean Vanier.

Sa vie est marquée par ce contraste : d’un côté, son amour de ceux qui ont un cœur d’enfant, proche des malades et des souffrants ; de l’autre, son émerveillement devant la beauté des fleurs, des arbres, des oiseaux, des poissons, du ciel et de la mer. Natif du ciel, il aimait la liturgie et a secoué la torpeur de notre communauté pour nous lever à l’aube de Pâques et allumer le cierge pascal dans l’attente des premiers rayons de lumière du Christ ressuscité. C’est dans cette douce lumière qu’aujourd’hui, nous rendons grâce à Dieu pour la présence du frère Jean-Yves, prieur durant cinq ans. Il nous apporta un souffle de vie qui demeure dans notre liturgie et continuera à nous habiter. La communauté de Clerlande y puise encore une nouvelle énergie dans son accueil, son éveil à tout ce qui nous entoure, à la prière.

Après avoir peiné toute nuit, les disciples sont interpelés par Jésus : « Les enfants, auriez-vous du poisson ? ». Ils lui répondent : « Non » Il leur dit : « Jetez vos filets à droite de la barque et vous trouverez ». Une parole qui brusquement les éveille, les met debout sans qu’ils sachent vraiment qui les a prononcées. S’éveiller, se relever, se mettre debout devant une parole est signe de vie, de résurrection. L’aurore se lève. Leurs filets débordent, les eaux calmes deviennent des eaux vivifiantes. Cette transfiguration, comme d’autres, reste secrète. Elle respecte notre liberté, elle a besoin de notre liberté pour se manifester. Elle nous atteint dans la profondeur de notre être, dans l’Eglise mystère du ressuscité, avant tout dans l’eucharistie. Les Apôtres sont perplexes, Le cœur aimant de Jean bondit : « C’est le Seigneur » ! Pierre se jette à l’eau. Et lui, sur la rive, a allumé un feu de braise avec du poisson dessus.

Il nous arrive à notre tour d’être fatigués, affaiblis, malades. Mais en nous, l’homme intérieur frémit, comme dans l’attente d’une nouvelle naissance. Jean-Yves a rencontré d’immenses souffrances autour de lui comme aumônier au Centre William Lennox durant 25 ans. Il a vu la mort en face, celle encore plus douloureuse de ceux que nous aimons, que nous accompagnons. Nous pressentons avec une humble confiance qu’elle nous est devenue désormais un passage, un chemin de résurrection.

Oui, Jésus se manifeste sur le rivage de nos vies. Il nous prend au cœur de notre existence et nous entraîne parfois dans des missions qui nous dépassent, si contrastées même. Lucide sur lui-même et sur les autres, l’amour était premier dans sa vie. Quand en 2005, il passe trois semaines sur l’île de Quemenès, il écrit :

J’ai dormi d’une traite. Je vais me planter vers l’orient pour assister au petit lever du soleil-roi. Quel privilège ! Le vent s’est mis au sud-ouest dans le sens de la rentrée mais le courant sera contraire. Ainsi je n’aurai pas l’impression d’être poussé dans le dos et refoulé vers le continent d’origine.
Je ne me suis jamais considéré, en quelque lieu que ce soit, comme un résident. Je ne suis qu’un passager, admis à faire halte. Le port que je vais rejoindre me servira lui aussi à transiter.
Je tiens les yeux fixés sur l’île qui parait s’éloigner lentement alors qu’en réalité je prends mes distances avec elle.
Je vais couper ma barbichette : tout rentrera dans l’ordre.

Il nous envoie une carte postale à Clerlande présentant une vague déferlante sur le phare d’Ouessant appelé « La jument ». Chers frères, écrit-il, sur moi ont déferlé les glaciales eaux – comme sur ce phare non loin d’ici- mais le Seigneur est notre rocher et nulle vague monstrueuse ne saurait abattre qui met en lui tout son espoir.
Cette vague monstrueuse allait s’abattre sur lui ces trois dernières années. Une maladie sournoise, mortelle, allait ronger peu à peu son être et l’angoisse le tenaillait. Pourquoi évoquer ces moments si pénibles pour lui et pour toute la communauté qui l’écoutait et le soutenait ? Simplement, pour inscrire la souffrance du fr. Jean-Yves dans le mouvement de la Passion du Christ en croix.
Sur une décharge près de Sisteron, des amis de l’Arche de Jean Vannier découvrirent un jour un Christ du XVIe siècle, jeté là car la croix était fendue, le visage défiguré, le bois pourri. Ils l’ont recueilli, y découvrant le symbole de la souffrance des handicapés. Jean-Yves écrivit une méditation sur ce Christ. Voici quelques lignes qui évoquent sa propre souffrance des trois dernières années de sa vie :
Voici un Christ réduit à presque rien. Mais ce rien est plus considérable, plus aimable, que toutes les grandeurs qui l’ont précédé et qui l’ont suivi. L’extrême misère de ce Jésus mystérieux annonce et déjà réjouit la Gloire à venir puisque cette misère extrême est aussi la conséquence d’un amour qui se porte à toute extrémité d’un amour in extremis, jusqu’à la fin – « Il les aima jusqu’à la fin, extrêmement » – mais aussi jusqu’aux confins de la douleur humaine, de l’horreur infligée par des hommes à d’autres hommes. Jésus va vers l’horreur pour l’arracher de nos mains.
A l’apparente impuissance du Très Haut dans la Passion du Fils se joint l’énergie d’un corps amputé, d’un corps disloqué, d’un visage défiguré.

Autour de cette immense souffrance, une vie foisonnante : arbres, fleurs, visages d’enfants et de cet automne où Jean-Yves faisait de longues promenades, où j’ai pu l’accompagner. Le jour pénible où après un long combat de plus de deux années, le médecin lui annonce qu’une opération n’est plus possible, il prend l’ascenseur pour fumer une pipe à l’entrée de l’hôpital St Luc et devant la chapelle, il voit défiler sur un écran ce texte : « La corneille prénommée Gertrude -depuis des années, il avait apprivoisé une corneille qui le retrouvait devant la cuisine chaque matin- la corneille a les ailes tellement ajourées que je vois le ciel à travers quand elle passe à la verticale de ma tête ».
Il y a voit un clin d’oeil de Dieu, comme Noé devine la terre nouvelle quand la colombe revient tenant entre son bec un rameau d’olivier.
« En débarquant sur le rivage, les disciples voient un feu de braise avec du poisson posé dessus et du pain et eux, d’apporter les 153 poissons de la pêche miraculeuse. Et Jésus dit alors « Venez déjeuner ». Ils n’osaient lui demander : « Qui es-tu ? ». Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus est sur l’autre rivage de nos vies et Il nous dit : « Les enfants, avez-vous fait un bon voyage ? ».  Adieu vat.

Frère Jean-Yves

Adieuvat

Fr. Martin

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OUVERTURE DE L’ANNEE 2016-2017. Présentation du prieur

Dimanche 9 octobre 2016

 

Ouverture de l’année 2016-2017

L e lieu de Clerlande, son site et sa nature, sa chapelle et ses bâtiments, la spiritualité qui en ressort, en font un patrimoine dont les moines sont les témoins privilégiés. C’est un trésor qui nous concerne tous et nous en sommes les gardiens à titres divers.

Au début de cette année nouvelle, nous reprenons conscience du patrimoine monastique et spirituel, mystique et théologique, dans lequel Clerlande s’inscrit et qu’il a le devoir de partager humblement. Cette recherche en 2016 se veut une ouverture. Elle ne se situe pas dans une perspective archéologique et répétitive, mais dans une volonté de s’ouvrir à des perspectives nouvelles, espérons-le, salvatrices. Il y a lieu de rassembler nos forces, de fédérer nos bonnes volontés, tout en respectant la vie des moines et la grande diversité des hôtes qui nous fréquentent.

  1. Clerlande est un lieu d’accueil, de prière, de recueillement

chevreuil_soir_tombantLa beauté du site, le silence des bois, le recueillement de la chapelle nous invitent à l’adoration, à l’action de grâce, à l’intercession pour l’humanité. Cette prière s’exprime dans les Laudes de chaque matin et dans les Vêpres du soir. Ces chants de louange et d’intercession sont habités par l’émerveillement et la paix. Ce ne sont pas des émotions passagères. Elles peuvent trouver en nous les voies d’intériorisation et d’unification que beaucoup viennent chercher à Clerlande.

  1. Clerlande est un lieu de ressourcement et d’échanges sans cesse à réinventer

2k3a5283Le Pape François rappelle que le Dialogue Interreligieux repose sur l’accueil mutuel qui s’accompagne de la prière. Tant de groupes viennent chez nous pour se ressourcer, partager leurs expériences de vie, les éclairer par des échanges mutuels. Souvent chacun de nous est comme une demeure sombre qui s’ouvre par ses sens, la vue, le silence, la parole, le toucher, la nourriture partagée. Ce sont autant d’ouverture vers l’autre. La lumière qui pénètre en nous est celle de la Croix glorieuse du Christ, si rayonnante dans notre Chapelle, illuminant nos vies et l’éclairant d’un éclat incomparable.

  1. La liturgie dominicale et le temps liturgique

Sur le mur? Clerlande, un dimanche après l'eucharistieL’eucharistie et nos offices de prière sont l’œuvre quotidienne des moines. La célébration dominicale nous appartient à tous et est source de joie commune dans le Christ ressuscité. J’aime rappeler que nous avons eu à Clerlande des garderies pour les tout-petits, des liturgies pour les enfants, des préparations à la confirmation et à la profession de foi. Clerlande retrouve parfois ces jeunes qui ont été baptisés, qui ont fait leur première communion et leur confirmation à Clerlande. Le respect des paroisses, l’âge des moines et celui des familles ont évolué. Nos célébrations dominicales ressourcent chacun à sa mesure. Les Offices de la Semaine sainte attirent une assemblée plus nombreuse encore. Cependant, nous avons besoin de nous renouveler, d’être soutenus par les membres de la chorale, par des musiciens, de découvrir d’autres musiques et d’autres expressions liturgiques.

  1. Hôtellerie

Comme dans tout monastère bénédictin, l’accueil des hôtes, reçus comme le Christ explicite la Règle bénédictine, occupe une place importante. L’agenda du P. Grégoire est partagé avec les membres de la communauté chaque dimanche soir dans une réunion de communauté. Il révèle le nombre impressionnants de groupes qui passent à Clerlande. Je me risque seulement à préciser quelques orientations qui s’y manifestent.

  • Des groupes reliés au monastère, partageant un enseignement et une formation mutuelle à travers un livre, une lecture biblique, un partage de vie. Le groupe rassemblé par Jean Hallet existe depuis 1972 et constitue le groupe le plus ancien, réfléchissant sur la société, l’Eglise, attentifs aux liens avec le monastère. Plusieurs frères sont reliés à des groupes de formation sur un plan ecclésial (groupes de foyers, de retraite, de catéchèse), sur un plan œcuménique, de dialogue interreligieux, sur un plan social (test-achat) etc…
  • Des personnes soutiennent directement les activités du monastère. La chorale de Clerlande, liée à l’eucharistie dominicale et aux grandes fêtes liturgiques. Des personnes liées directement à l’accueil et à la vie du monastère: des professeurs venant avec leurs classes, des retraites de fin d’année, des personnes assidues à nos offices…Des bénévoles soutenant le magasin, la librairie, le soin des frères malades. Un groupe précieux autour de leur président Thierry Donck forme l’asbl Alliance pour un Développement Durable (ADD) gérant les projets de notre fondation de Mambré à Kinshasa. Enfin, certains prennent en main les « Ateliers de Clerlande » et les concerts qui s’y donnent.
  • Discernement et accompagnement spirituel. Plusieurs groupes veulent se réunir à Clerlande pour discerner comment agir en chrétien dans la société d’aujourd’hui : bioéthique, handicaps (Centre W. Lennox), soigner autrement, soins palliatifs (Pallium), l’éducation et l’enseignement. D’autres touchent la pleine conscience, le yoga, le Taïchi, le Zen, l’ostéopathie…

De ces groupes et de ces personnes, plusieurs se contentent de trouver le site inspirant et paisible ; d’autres sont heureux d’échanger avec des moines ; d’autres encore, plus rares, viennent prier avec les moines et s’intéressent à la vie monastique.

  1. « La fraternité de Clerlande », un pas vers l’avant?

Grâce à la venue du Père Raphaël qui a créé à Lille des fraternités de laïcs nourris par l’exemple et les écrits de Madeleine Delbrêl engagée en tant que chrétienne et mystique dans la vie sociale en France, Clerlande est entré en contact avec ce mouvement composé de tous âges, spécialement de jeunes couples insérés dans différents milieux sociaux. Un groupe s’est formé à Clerlande, tenté de se rallier à ces « fraternités du Parvis » en découvrant la spiritualité de Madeleine Delbrêl.

Ce groupe « fraternité de Clerlande » s’est démarqué des fraternités du Parvis en mettant l’accent sur « la spiritualité de Clerlande ». Leur objectif : se nourrir de la tradition bénédictine, se mettre au service de la communauté pour devenir partenaire, réfléchir à l’avenir de Clerlande. L’avenir montrera si nous pouvons reprendre des réflexions déjà émises par le P. Frédéric à l’origine d’un « village monastique ».

Proches de nous, les oblats du monastère constituent en quelque sorte « le tiers ordre bénédictin ». Ils sont peu nombreux. Dans la vie quotidienne de Clerlande, un frère est oblat régulier, un autre oblat séculier. Tous deux sont des frères d’un grand soutien. D’autres prient en communion avec nous et se réunissent de temps à autre.

  1. Fédérer et respecter le chemin de chacun

Les groupes qui nous fréquentent, avec leur approche propre du site, du silence, de leurs réflexions, de la liturgie, de l’accueil, trouvent à Clerlande un espace de prise de distance par rapport au monde dans lequel nous vivons : appel à se reposer, à se libérer du stress, à discerner, à conscientiser, à humaniser. Certains se relient à la source de vie à laquelle ils viennent s’abreuver.

Nous avons nos moyens de communication : Clerlande-Infos ; bulletin annonçant les ateliers de Clerlande qui se développent au fil de l’année ; notre site-internet. Nous avons l’objectif de demander systématiquement à nos hôtes s’ils désirent être informés de ce qui se développe à Clerlande, tant sur le plan de la spiritualité que sur celui de nos activités. Des étudiants viennent préparer leurs examens chez nous. Plusieurs sont devenus des familiers. Nous voulons les inviter à aller plus loin dans les liens qui sont les nôtres, dans un évènement à vivre ensemble (un voyage, un week-end de réflexion). Nous pensons à tous ceux et à toutes celles qui nous fréquentent pour leur signaler une activité ou un temps qui répond à leurs souhaits.

Conclusion

Notre histoire communautaire est inséparable de l’histoire de la spiritualité monastique qui plonge ses racines dans l’Evangile et dans la vie des premières communautés chrétiennes (Actes 2. 42-46). Ces communautés habitées par le souffle de l’Esprit Saint (Pentecôte) ont vu naître le premier monachisme des moines d’Egypte,  leurs paroles de vie (Apophtegmes), une tradition qui s’est épanouie avec saint Benoît. Elle implique à travers la douceur, l’humilité, le respect de chacun de reconnaître le Christ dans l’Abbé, les frères, les malades, les hôtes. C’est un jeu de miroir au niveau de la foi, le Christ présent en chacun, dans un respect de la différence de la vocation de chacun.

 Avec le soutien de l’Esprit de Dieu, il nous est demandé en cette année 2016  de nous relier davantage à nos racines, non pas comme je le disais au début, dans un esprit archéologique et répétitif, mais dans une perspective nouvelle et créatrice. Il nous est bon de rester fixé au tronc qui est le nôtre et en même temps de rester ouverts à ceux et celles qui veulent se greffer ou se rapprocher de l’arbre, la tradition monastique.

 Ce sont les frères et les fidèles de Clerlande qui font vivre aujourd’hui ce lieu béni de Dieu. Prenons conscience de cette vitalité si fragile qui repose entre les mains de Dieu. Ce patrimoine est aussi le vôtre. Dans les échanges et les services qui vous seront à présent proposés, sauvegardons cet esprit de l’ora et labora, dans la sérénité et le recueillement qui nous sont offerts.

 

Les moines de Clerlande portent le trésor spirituel qui leur est confié. Plus que jamais, la communauté, fragilisée ces derniers temps, a besoin de vous, du réseau que vous constituez. En tant que prieur de la communauté je fais appel à votre soutien et déjà vous en remercie.

 

P. Martin Neyt, prieur de Clerlande.

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Homélie du dimanche 9 octobre 2016

Introduction à la messe

Mes sœurs, mes frères, ce dimanche est pour les amis de Clerlande source de fraternité et de joie. En effet, ce dimanche nous souhaitons rassembler nos énergies et nos bonnes volontés pour mieux accueillir et servir le patrimoine spirituel qui nous est donné sur cette colline de Clerlande. C’est l’ouverture et la relance de nos projets en cette année 2016-2017.

Moines et laïcs, nous sommes là pour servir et protéger ce lieu habité par l’Esprit de Dieu et avec sa présence, nous pourrons mener à bien ce qu’il attend de nous. Les textes de ce jour sont une invitation à rendre grâce pour ce que Dieu réalise en chacun et chacune d’entre nous. Nous n’en sommes pas toujours conscients, nous traversons parfois de lourdes épreuves. Que Dieu conduise nos cœurs vers la reconnaissance de sa présence et que finalement nous soyons habités de gratitude. Les textes nous surprennent.

C’est le général syrien, lépreux, qui cherche à tout prix à remercier le prophète Elisée qui l’a guéri de son mal ; c’est Jésus qui guérit dix lépreux en chemin ; c’est saint Paul qui nous rappelle que si nous supportons les épreuves de la vie, nous obtiendrons le salut par Jésus Christ, à l’image du bon larron à qui Jésus déclare : « Aujourd’hui tu seras avec moi au Paradis ». Que notre vie soit pleine d’action de grâce et ensemble, malgré notre faiblesse. Rendons grâce à Dieu pour ce qu’Il nous donne de vivre et de traverser avec cet amour fraternel qui nous habite.

Tournons-nous vers Celui qui attire tout à Lui et guérit de nos blessures

Homélie du dimanche 9 octobre 2016

Mes sœurs, mes frères,

Marcher dans la vie nous invite à prendre conscience du but qui est le nôtre. Dans tout voyage, en effet, le but polarise le chemin. Pour les moines et les amis de notre monastère, pour ceux et celles qui nous découvrent, ce chemin devant nous reste souvent empreint de mystère.

Le temps qui s’écoule, l’espace lui-même sont ponctués par notre rythme de vie, par les appels qui surviennent, par les limites aussi de nos santés. Au fil des années, nous découvrons que l’instant présent est infiniment précieux, habité d’une force où l’Esprit de Dieu révèle sa présence et nous accompagne. Nos souvenirs sont habités d’une lumière mystérieuse qui traverse le temps.

La Bible est un miroir ouvert à chaque génération et chaque lecture que nous en faisons n’en épuise pas le sens. Ce dimanche, nous retrouvons Jésus qui marche aux confins de la Judée et de la Samarie. Il monte vers Jérusalem. Luc insiste à plusieurs reprises sur l’orientation prise par Jésus sur cette route qui va de Galilée à Jérusalem en passant par la Samarie. Au chapitre 9. 51 déjà, Luc annonce que Jésus prend résolument le chemin de Jérusalem où doit s’accomplir la mission qui est la sienne, « ce temps où il devait être enlevé aux cieux après avoir souffert ». En cheminant de village en village, annonçant la Parole, il enseigne qu’il nous faut lutter pour entrer par la porte étroite, celle qui conduit à la vie. En ce jour, nous voici aux confins de la Galilée et de la Samarie, la région où Jésus est né, une zone assez mal définie où Luc situe un des épisodes les plus connus de son Evangile.

Une nouvelle fois, Jésus raffermit son cœur pour faire face au chemin que son Père lui indique, chemin de vérité et de don de soi. Sur son chemin, comme sur le nôtre, les rencontres ne manquent pas, les imprévus aussi. Il nous appelle à discerner sa volonté au milieu des évènements quotidiens, dans le recueillement, le silence, le don d’une parole vraie.

Voici dix lépreux qui surviennent à la rencontre de Jésus. Leur chemin à l’écart est-il celui d’étrangers, de réfugiés, de souffrants dans le monde d’aujourd’hui, de nous-mêmes ? Le groupe des lépreux, ces malheureux errants, s’arrête à distance, conformément à la législation en vigueur. Mais le cri qu’ils font entendre est extraordinaire : « Jésus, maître, prends pitié de nous ». Plus qu’une prière de malheureux, une profession de foi inouïe. « Jésus » ! Il est rare dans les Evangiles que quelqu’un appelle Jésus simplement par son nom. Ce Nom apparaît seulement à cinq reprises dans l’Evangile de Luc.

Nous connaissons bien la prière de l’aveugle, assis au bord du chemin à l’entrée de Jéricho. Il entend Jésus qui s’approche et il s’écrie : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ». Ceux qui marchaient en tête tente de l’écarter, mais lui criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! ». Et Jésus s’arrête, le fait venir et l’interroge : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? « Seigneur, dit-il, que je recouvre la vie ». Jésus lui dit : « Recouvre la vue ; ta foi t’a sauvé ». A l’instant il recouvra la vue et il suivait Jésus en glorifiant Dieu. Lc 18. 35-43.

A la prière de l’aveugle de Jéricho, à celle des dix lépreux, écoutons aussi les derniers mots du larron sur la croix à côté de Jésus : « Jésus, souviens-toi de moi dans ton Royaume ». D’un côté, un homme pendu au gibet pour ses crimes, de l’autre dix lépreux atteint d’un mal considéré à l’époque tenu pour lié au péché. La réponse de Jésus à l’aveugle de Jéricho, aux dix lépreux, au larron montre que cette prière obtient le salut. Et qu’est ce salut ? C’est être sauvé, c’est avoir accès au Royaume de Dieu : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis » (Luc 23. 43) ; « ta foi t’a sauvé ».

L’invocation au nom de Jésus deviendra dans l’Orient chrétien une prière continuelle, une méthode simple répétée au rythme de la respiration : « Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi, pauvre pécheur » « Seigneur Jésus, sauve-moi » ou encore « Jésus, Fils du Dieu vivant, sois béni ».

Dans les récits que je vous ai rappelés, comme dans les Paroles des Pères du désert et de toute la tradition monastique, nous entendons l’appel du pécheur à être sauvé et Jésus vient donner une réponse à cet appel. Il faut être dans l’appel pour recevoir la réponse de Jésus. Le Maître de nos vies ne s’impose pas. Dans le récit des dix lépreux, un seul vient remercier, mais tous sont guéris. Et cette reconnaissance de la grâce de Jésus conduit au salut, ouvre la porte étroite du Royaume.

Cette prière adressée à Jésus, dans l’Evangile de ce jour, nous est adressée aujourd’hui : elle est un appel a l’action de grâce et à la miséricorde divine. Nous savons que prononcer le Nom de Jésus appelle sa présence. Cette prière jalonne l’histoire spirituelle de l’Orient chrétien, de Palestine aux Pères du désert d’Egypte, de Gaza au Mont Athos, du Mont Athos à la Russie tel ce petit livre si célèbre du « Pèlerin russe ».

En ce jour d’ouverture de l’année à Clerlande, nous sommes invités à appeler le Nom de Jésus, à lui rendre grâce en tout et à l’invoquer sans cesse. Il ne nous est pas demandé de travailler sans cesse mais de prier sans cesse. L’homme qui sait rendre gloire à Dieu se découvre libéré intérieurement. Chaque matin, dans la célébration des Laudes, les moines et leurs hôtes sont invités à l’action de grâce et à l’adoration du Dieu trois fois saint.

L’Evangile met en valeur le dixième lépreux qui revient et rend grâce. C’est une merveilleuse invitation pour nous à nous abandonner à la volonté de Dieu dans nos vies, à le remercier en tout et pour tout.

Sur les chemins de la vie, toujours surprenants, les étrangers sont là, les pauvres et les personnes fragiles aussi. Et il y a sans doute en chacun de nous une part d’étranger dont Jésus peut nous libérer. Le chemin qui est le nôtre n’a de sens que si nous avons un but.

Ce but, c’est de marcher humblement sur un chemin de vérité et d’action de grâce. Se lever et se tenir debout, vénérant la Croix et la Résurrection. Le mystère eucharistique est ce chemin qui nous conduit jour après jour jusqu’à l’heure de son retour.

fr. Martin

Dimanche 14 aout 2016. LC 12, 49-53

 

Demain, nous célébrerons la fête de l’Assomption de la Vierge Marie. Dans l’évangile de ce jour, c’est Jésus qui nous livre l’intimité de son cœur et de sa prière : moment d’extase, de combat, d’appel à la compassion et même de détresse. Qu’exprime-t-il ? « Je suis venu apporter un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême et comme il me coûte qu’il soit accompli ».

Quel est donc ce feu qui le brûle et que Paul Claudel commente en ces termes : « Je suis le Feu. Qui m’a touché, il faut qu’il consente à brûler… ». Quel est ce baptême qu’il va traverser par sa mort et sa résurrection ? Que révèlent pour nous ce feu apporter sur la terre et ce baptême plus fort que la mort ?

Selon les Rabbins, Abraham peut être comparé à un homme voyageant de lieu en lieu qui aperçut un palais en flamme (d’autres Rabbins parlent d’un palais de lumière). Abraham s’étonne et s’exclame : est-il possible que nul ne s’occupe de ce palais ? de ce monde en flamme ? (ou de ce monde de lumière ?). Le Maître du monde répondit à Abraham : « Je suis le propriétaire de ce palais ». Et Abraham de répliquer : « Est-il concevable que ce monde n’ait pas de guide ? ». Le Dieu trois fois saint répondit : « Je suis le guide, le Souverain de ce monde ». Et c’est dans l’émerveillement, dans la lumière qu’Abraham commença sa quête de Dieu.

Voici quinze jours, le Pape François était à Cracovie pour les JMJ, près de 2 millions et demi de jeunes et lors d’un chemin de croix, retraçant les principales étapes de la Passion du Christ, il a repris la question de Jésus : « Où est Dieu ? » Cette question, il l’a étendue aux fléaux contemporains. « Où est Dieu, a-t-il répété, si dans le monde il y a le mal, s’il y a des hommes qui ont faim, qui ont soif, sans toit, des déplacés, des réfugiés ? Où est Dieu lorsque des personnes innocentes meurent à cause de la violence, du terrorisme, des guerres. Où est Dieu lorsque des enfants sont exploités, humiliés…il existe tant d’interrogations auxquelles il n’y a pas de réponses humaines ». Voici la réponse de Jésus : « Dieu est en eux, Il souffre en eux profondément identifié à chacun. ».

Jésus désire ardemment que le feu habite les croyants, nous habite. Le peuple juif avait vécu l’expérience matérielle du feu. Le feu réchauffe, éclaire, purifie, occupe une place essentielle et en même temps l’homme n’a jamais pu le maîtriser, force incontrôlable sous forme d’incendie, d’orage, d’éruption volcanique. Il demeure toujours mystérieux et redoutable. Quand Moïse s’approche du buisson ardent pour accueillir la nouveauté de Dieu, il est appelé à laisser là ses sandales, à entendre le Dieu trois fois saint qui se révèle et qui voit la misère de son peuple.

Le feu dont parle Jésus est celui de son combat intérieur et de l’énergie divine qui l’habite. Ce feu n’est pas un feu vengeur, c’est le feu des épreuves qu’il traverse habité par l’Esprit-Saint. Cet Esprit repose sur Jésus au moment de son baptême ; il l’accompagne ensuite au désert où il est tenté.

Les épreuves qu’il traverse sont aussi les nôtres. Le feu qu’il aspire voir brûler sur terre est celui de la Pentecôte, de la présence de l’Esprit Saint à nos côtés. Ce feu implique le passage par la souffrance, la mort sur la croix, la Résurrection.

A Gethsémani, comme sur la Croix, les gémissements de Jésus rejoignent ceux de toute la création et de notre humanité en souffrance. A nous d’être ses témoins, sa présence dans ce monde en feu et d’y apporter la lumière de l’espérance. Le baptême dont il nous parle est le mystère de sa mort et de sa Résurrection, chemin d’espérance et d’avenir.

Nous, chrétiens, nous avons reçu ce baptême dans le feu et l’Esprit saint à la Pentecôte. « C’est une force qui tomba sur eux » décrit St Luc. Cette force nous est donnée pour traverser les épreuves de la vie et témoigner de la Lumière du Christ. Le monde est-il un palais en feu ou un palais de lumière ? Bien sûr, qu’il brûle, mais il nous est demandé de garder en nous cette espérance lumineuse pour laquelle Jésus a fait don de sa propre vie. Peut-être nos cœurs sont-ils asphyxiés par la fumée ?

Teilhard de Chardin, dans les tranchées de la guerre 1914-1918 a vu dans ce vendredi saint de l’histoire l’empreinte en creux de la Résurrection. Soljenitsyne, devant la destruction des monastères par Staline, écrit : quand les monastères disparaissent, les bagnes s’ouvrent à des innocents dont certains se transforment en moines.

Avec le soutien du feu de l’Esprit saint, par notre baptême, notre foi en Jésus Christ, nous sommes appelés à brûler de compassion au plus profond de notre être, nous sommes appelés certes à regarder le monde en flamme, mais surtout à y apporter l’espérance lumineuse d’un avenir pour ceux et celles qui nous entourent, pour les plus jeunes. Le Pape François s’inscrit dans cette ligne de luttes, d’épreuves à traverser, de compassion et d’amour.

Jésus, ayant aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’au bout. Il leur partage le pain et le vin, signe de son corps et de son sang livré pour nous. Que l’eucharistie de ce jour allume en nous le feu de l’Esprit et nous donne de vivre pleinement notre baptême, signe d’espérance confiante, de sa Résurrection et de la nôtre.

Dans notre monde en souffrance, des femmes, des hommes deviennent des artisans de paix, de fraternité, de justice. Souvent, ils risquent leur place, leur sécurité, leur vie même. Ils sont habités par une énergie qui vient d’ailleurs. Le souffle divin est là qui les protège et qui transforme le monde à travers leurs engagements. Vie et mort ; ténèbres et lumière telles sont bien les choix et les divisions que Jésus nous révèle et qui nous conduisent à d’autres dimensions de la paix.

En ce jour, Jésus nous partage l’intime de ses convictions. C’est un moment rare dans sa vie. « Je suis venu apporter le feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé. Je dois recevoir un baptême et comme il m’en coûte qu’il soit accompli ». En écho, l’expérience de Jérémie le conduit au bord de la mort, sauvé par un Ethiopien. A leur tour, les chants nous invitent à courir avec endurance l’épreuve qui nous est proposée. Que ferons-nous ?

Confions au Seigneur de nos vies ce qui nous est demandé. Que son Esprit soutienne notre faiblesse et nous ouvre sa miséricorde.

fr. Martin

Peinture de Jules BRETON (1827-1906), Le feu de la Saint-Jean, 1891

Fête de Saint Benoît: 11 juillet 2016

Introduction

Fête de Saint benoît du 11 juillet 2016

Avec les frères de Clerlande, rendons grâce à Dieu pour ces liens qui nous unissent et nous donnent ensemble de célébrer en ce jour Benoît, patron de l’Europe. Au début du XXe siècle, il existait seulement une poignée de monastères en dehors de l’Europe. Depuis lors, près de 400 communautés sont nées sur tous les continents, l’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie. D’où vient cet engouement pour la tradition bénédictine ?

Elle trouve sa source chez les Pères du désert d’Egypte à partir du 3e siècle. Ce courant irradie autour de la méditerranée, Lérins et Cassien, saint Martin et Ligugé, saint Patrick en Irlande, saint Colomban, grand voyageur (Luxeuil 590) et son disciple St Gall en Suisse.

Benoît, né en 480, vit en solitaire, fonde Subiaco, puis le monastère du mont Cassin à l’âge de 49 ans. Il y rédige sa Règle, chef d’œuvre d’équilibre, de paix, d’harmonie entre des frères et des générations différentes. Progressivement, cette Règle s’impose à l’Occident, source de paix, de prière et de travail en communauté. La liste des figures est longue : le moine wisigoth Benoît d’Aniane (817), Cluny (910), Cîteaux (1098), Clairvaux, saint Bernard, la Trappe (1662). L’essor s’est transplanté aux USA au XIXe siècle…ensuite sur les autres continents.

L’Occident a retenu de cette tradition : la recherche d’équilibre et de paix, la vie fraternelle et l’accueil, la promotion de l’écologie, une spiritualité universelle dont les racines sont communes avec la tradition orientale et l’orthodoxie.

Plus que jamais, dans l’Europe et le monde actuel, le monachisme reste un modèle d’auto-développement économique, social et culturel. Le seul but de la vie des moines et des moniales est cette quête essentielle de Dieu, « ne rien préférer à l’amour du Christ ». Pour être accordé à ce que nous célébrons, tournons-nous vers la Croix du Christ doux et humble de cœur.

Homélie de ce jour

En ce jour de fête, l’occasion nous est donnée de renouveler en nous-même et avec nos frères l’appel que nous avons reçu, l’engagement qui fut le nôtre, le chemin qui est devant chacun de nous. Que l’Esprit puisse mener à bon terme ce qu’Il a commencé en nous.

         Un des Pères ascétiques qui ont formé la tradition de l’Orient chrétien, Jean Climaque, rappelle que l’être humain doit apprendre « à circonscrire l’incorporel dans le corporel », s’arrachant à la surface pour remonter, dans la profondeur même du corps, vers une plus grande transparence.

A travers le souffle sensible, au-delà, une autre respiration se déclenche, on respire l’Esprit dans un sentiment de plénitude de tout l’être. Se tourner vers l’intérieur, s’abstraire des bruits et des remous de notre monde tout en sachant qu’ils existent. Notre cadre de vie, le monastère, la chapelle, la nature qui nous entoure, les rayons de soleil quand ils nous arrivent, les oiseaux qui chantent, parfois un chevreuil qui traverse notre espace, tout nous est donné pour s’éloigner de l’agitation destructrice du monde, quitter un monde en flamme pour découvrir un monde illuminé par une présence secrète.

L’œil du cœur, dépouillé d’un repli sur soi, perçoit la transparence de la création qui se communique tout en restant inaccessible, comme l’exprimait Maître Eckhart.

Ce regard sur les réalités quotidiennes, sur nos vies quotidiennes, dans leur pauvreté et leur richesse, dans leur beauté comme dans leurs fragilités comporte une dimension eucharistique et ultime.

Ce qui est ressenti comme don transcende les habitudes, les énervements, les regards et les attitudes distraites. Ce qui est ressenti comme don, éveille en nous la gratitude, l’émerveillement. Au long de nos existences, nous sommes appelés à devenir des êtres eucharistiques au sens fort du terme.

L’eucharistie, habitée par le Souffle de l’Esprit, est ce grand mouvement christique qui monte vers le Père. Elle nourrit le cœur de notre vocation et nous fait entrer dans le mystère de notre être. Elle nous donne de rendre grâce en tout et d’intercéder pour ceux et celles qui tissent nos vies, nos frères malades, au loin ou proches, les pauvres et les réfugiés.

 L’office divin, qui ponctue notre journée, l’éclaire inlassablement, nous ramène à cette transparence intérieure oriente notre marche vers le Père, nous apprend à nous aimer, à supporter nos faiblesses du corps et du caractère. La louange dans l’aube naissante, l’intercession dans le soir tombant sont les ailes de notre prière qui rejoignent le mystère du Christ qui ne cesse de s’offrir au Père.

L’eucharistie irradie sur les moments de la journée, la nuit et le jour, le travail et la prière. Chaque instant est un appel à la prière continuelle, au mystère eucharistique, comme ces vagues de la mer qui montent et descendent selon les marées.

Et la vie commune ? A Clerlande, elle se présente comme un grand atelier où chacun est au travail, de l’accueil aux finances, dans sa cellule à rédiger un texte, à préparer la liturgie, ou ailleurs, à préparer le repas, à entretenir ce vaste bâtiment jardin, chemins, colmater les brèches qui inondent la cuisine et des cellules. Dans cet atelier où le magasin s’ouvre sur l’accueil et les icônes, les personnes ont une place privilégiée, celle du Christ dans nos frères malades, dans nos hôtes, dans le pauvre qui survient à l’improviste et bouscule nos projets.

Dans ces réalités quotidiennes, au fil des jours qui sans cesse se répètent et nous interpellent, sommes-nous des vivants, des êtres de joie et d’action de grâce ?  des chercheurs de Dieu, des guetteurs de l’aurore ? Des moines joyeux comme le vin qui bonifie ? Des êtres de devoir ? Des cœur ouverts et généreux ? Des surveillants les uns des autres ? Certes, des êtres attentionnés, mais l’amour entraîne toujours plus loin, comme l’Evangile du bon Samaritain. Notre communauté, comme mystère eucharistique, nous donne la clé d’un univers créé pour devenir eucharistie : 1 Thess. 5. 18 : « En toutes choses faites eucharistie ». C’est la métamorphose des énergies divines en chacun de nous ; Olivier Clément écrit : « Déceler et assumer sous la cendre de nos péchés, le corps glorieux du Christ ressuscité, « un buisson ardent ». L’être est transparence aux énergies divines dont la source est le Père, qui rayonnent du visage du Ressuscité et que le Souffle vivifiant nous communique. De Dieu à chacun de nous, de chacun de nous à chacun de nous. La plénitude de l’amour personnel est à l’origine de notre vie commune, de toute existence en communion.

L’être aimé, dévoilé dans sa transparence, a quelque chose d’eucharistique et d’ultime. Si nos yeux s’ouvrent, si nous recommençons à voir, nous nous laisserons toucher par cette Présence qui nous entraîne de commencement en commencement jusqu’à des commencements qui n’ont pas de fin. Nous y découvrirons une lumière nouvelle dans l’amour de nos frères, de nos oblats et nos hôtes, dans ce qui s’ouvre devant nous, témoins du Christ qui nous a aimés jusqu’au bout.

fr. Martin

Aurore Pascale

Frères et sœurs bien-aimés,

L’aurore de ce matin de Pâques nous découvre le mystère de la mort de Jésus, de sa descente aux Enfers et de sa Résurrection. Un matin nouveau se lève qui éclaire doucement l’obscurité qui s’était étendue sur la terre au moment où Jésus remet son Esprit à son Père et s’était écrié : « Tout est accompli ».

Déjà Homère chantait l’aurore aux doigts de rose et l’Egypte pharaonique célébrait la déesse de la nuit étoilée, qui avait retenu cachée la présence du soleil et qui l’avait rendue le matin, lorsque l’aurore annonçait une espérance nouvelle. C’est aux premières lueurs du matin, le premier jour de la semaine, que les femmes apportent les aromates qu’elles avaient préparées et trouvent la pierre roulée devant le tombeau. Le mystère est là entier.

Le fr. Grégoire a chanté l’Exultet pascal : « En cette nuit, le Christ, ayant rompu les chaînes de la mort (Act. 2.24), est remonté victorieux des Enfers. Ô nuit bienheureuse qui seule a pu connaître le temps et l’heure en lesquels le Christ est ressuscité des Enfers ».

Job, dans sa souffrance, s’exclame : « Que se voilent les étoiles de son aube, qu’elles ne voient point s’ouvrir les paupières de l’aurore » Job 3. 9. Dieu lui répondra plus tard : « Job, as-tu, une fois dans ta vie, commandé au matin ? assigné l’aurore à son poste » ? Job 38. 12. Oui, l’aurore marque un tournant et la fin d’un long combat. Le patriarche Jacob se bat corps à corps avec Dieu toute la nuit jusqu’au lever de l’aurore et Dieu lui dit : « lâche-moi ; l’aurore est levée » Gen.32. 25. C’est alors que Dieu bénit Jacob et lui donna le nom nouveau, Israël. Moïse est attiré par Dieu près du buisson de feu où Il lui déclare son Nom : « Je suis celui qui suis ; j’ai vu la misère de mon peuple. Tu le libéreras de ce pays et le conduiras à travers le désert ».

Durant cette traversée du désert, une colonne de nuée leur indiquait la route le jour et une nuée lumineuse la nuit. Ex 13. 21-22. C’est aussi de bon matin que Moïse, seul sur la montagne, reçoit les tables de la Loi inscrites sur la pierre. Ce matin de Pâques, la pierre est roulée, le lieu est vide, le ressuscité est ailleurs.

Pareil au soleil qui se cache la nuit, Pâques est ce temps de passage, celui de l’obscurité qui a envahi le ciel le Vendredi Saint. Jésus s’est enfoncé jusqu’aux enfers le Samedi Saint et resurgit à l’aube de ce jour portant sur lui les stigmates de la Passion. Cette ligne lumineuse à l’horizon, annonçant la Résurrection du Christ, est signe de l’immense souffrance des hommes qui débouche sur une nouvelle espérance : « Vraie Lumière, celle qui jaillit de la Nuit ; et vraie Nuit, celle d’où jaillit la Lumière » écrit François Cheng.

L’Orient chrétien exprime ce Passage en des termes inoubliables que je reprends à mon tour. La terre a tremblé le Vendredi Saint, l’obscurité s’est étendue sur le monde, parce que Dieu s’est endormi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles.

Il va visiter ceux et celles qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Le Seigneur Jésus entra dans les Enfers, tenant les armes victorieuses de la Croix, de la Passion qu’il a traversée pour nous. Lorsque le premier Père, Adam, le vit, plein de stupeur, il se frappa la poitrine et cria aux autres : « Mon Seigneur soit avec vous » et le Christ répondit à Adam : « Et avec ton Esprit ». Et lui ayant saisi la main, il dit : « Eveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera ». Et il ajouta à tous : « Levez-vous, soyez illuminés. Je ne vous ai pas créés pour demeurer ici, enchaînés dans les Enfers. Levez-vous, œuvres de mes mains, créées à mon image. Partons d’ici. Car vous êtes en moi et moi en vous ».

Mes sœurs, mes frères bien-aimés, voilà l’aurore pascale, voilà l’espérance nouvelle dont nous sommes les témoins. Aux premières lueurs du matin, le premier jour de la semaine, les femmes apportent les aromates qu’elles avaient préparées et trouvent la pierre roulée. Le Cantique des cantiques pose la question : « Qui est celle qui surgit comme l’aurore ? » Saint Jean y répond dans l’Apocalypse : « C’est le peuple des croyants, la fiancée de Dieu, qui descend, parée comme une épouse pour son époux ».

Pâques est à la fois l’aurore et le plein éclat du soleil. L’éclat du Christ ressuscité qui apparaîtra à Marie-Madeleine dans le matin de Pâques, aux disciples enfermés dans la crainte, aux disciples d’Emmaüs sur la route. Il demeure pour nous l’aurore du ciel à venir, d’une terre nouvelle et il nous demande d’œuvrer à ce monde nouveau.

Guetteurs de l’aube, les moines ne cessent de chanter : « Eveille-toi, harpe, cithare, que j’éveille l’aurore » Ps 57. 9 ; 108. 3. « Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur n’attend l’aurore » Ps. 130. 6.

Si l’Esprit de Dieu lui-même nous accompagne dans notre marche, comme il a éclairé le peuple qui marchait dans le désert, nuée lumineuse le jour, colonne de feu la nuit, il nous rappelle sa présence tout au long de la vie des hommes. La vie et la mort de Jésus nous tournent vers la Pâque définitive. L’aurore de la Pâque 2016 est là. Nos cœurs sont dans la joie. Une joie qui traverse les douleurs du monde et les nôtres. Une douleur qui rejoint celle du Christ pascal. Une joie vécue de l’attente de la Pâque définitive où Jésus-Christ, Soleil de nos vies, nous réunira toutes et tous, vivants et morts, dans son Royaume de douceur, de paix, de communion.

Fr. Martin

Illustration: Roma, Basilica di San Paolo fuori le Mura. (Candelabro pasquale, XIII sec. Dettaglio: Cristo esce dal sepolcro. Détail : Le Christ sort du sépulcre. Detail: Christ comes out of the tomb).

les trois tentations

Mes sœurs, mes frères, notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Dieu. Car Il nous a fait pour être avec Lui.

Ce temps du Carême nous entraîne à accueillir d’une manière nouvelle la Parole de Dieu. Dans la vie physique, nous naissons une seule fois, dans la vie spirituelle, à chaque âge, il nous faut naître à nouveau, réveiller les engagements de notre baptême et laissez l’Esprit de Dieu nous conduire vers la Pâques de Jésus.

Après son baptême par Jean-Baptiste, Jésus est habité par un mystérieux dynamisme qui l’entraîne sur les routes de Galilée. D’emblée sa renommée s’étend dans toute la région et à Nazareth, dans la synagogue, il ouvre le livre du prophète Isaïe et proclame : « l’Esprit du Seigneur est sur moi ; Il m’a conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération… » Lc 4. 16-18 et conclut sa lecture avec audace : « Aujourd’hui, cette Parole s’accomplit ».

Cette audace évangélique trouve sa source au baptême et atteint toute sa force quand Jésus est poussé par le même Esprit au désert, au milieu des tentations du monde qui sont aussi les nôtres. Je circulais la semaine dernière dans l’exposition des œuvres d’art exposées à Bruxelles à Tour et Taxis et quelqu’un que je connais m’accoste en me posant la question. Qu’est la tentation ? Surpris, je lui réponds à brûle-pourpoint : la tentation ? C’est la mise à l’épreuve. Et quiconque n’est pas tenté, ne peut devenir adulte. Les épreuves nous transforment et peuvent faire de nous des enfants de Dieu. Il me semble évident que, dans la transformation de chacun et chacune de nous, des combats se manifestent, comme ils sont apparus à Jésus dès le début de son ministère. « Jésus, rempli de l’Esprit Saint revint du Jourdain (le lieu de son baptême) et il était dans le désert, conduit par l’Esprit pendant 40 jours, et il était tenté par le diable ». Nous aussi, face aux tentations de la vie, nous avons besoin de la parole de Dieu et de la présence de l’Esprit- Saint pour discerner les choix qui nous sont demandés.

Au baptême, l’Esprit était descendu sur Jésus et une voix vint du ciel : « Tu es mon fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré. Lc 3. 22. Dans la première tentation, le diable reprend ces mêmes paroles avec un ton provocateur : « Si tu es le Fils de Dieu…ordonne à ces pierres de devenir du pain ». La nourriture est mise en relation avec la Parole de Dieu.

Ce n’est pas nouveau dans la Bible : Eve avait vu que le fruit de l’arbre défendu était bon à manger, beau à voir et qu’il donnait la connaissance de Dieu. Dans la première lecture de ce jour, la dîme est reliée au don de Dieu, comme la manne au désert nourrissait le peuple.

Se nourrir dans une relation à Dieu implique la reconnaissance de ce qui nous est donné, dans le respect de la création et de chaque personne sans volonté de la manger ou d’être mangé.

L’action créatrice de Dieu se fait dans le respect de la différence : respect de soi, de l’autre, de Dieu. Cette première tentation écarte la confusion et pose le premier archétype humain, la première clé du bonheur : l’interdit de la fusion de l’être humain avec son origine. « Tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance » peut se comprendre dans le sens qu’on ne peut « manger » « connaître totalement autrui ». Manger c’est faire nôtre. On assimile ce qu’on mange.

Le premier commandement est le respect de soi, d’autrui dans une relation qui distingue, qui respecte la pleine liberté de l’autre. La tendance fusionnelle est une invitation à couper le cordon ombilical pour grandir et poursuivre l’acte créateur de Dieu. Point n’est besoin de donner l’exemple de l’enfant, de la relation entre adultes, dans un couple, entre enseignant et enseigné etc…Il s’agit de ne pas façonner l’autre à notre image, mais le laisser croître à l’image de Dieu. Ainsi, se nourrir au Corps du Christ, c’est entrer dans les vues de Dieu pour découvrir notre propre identité.

Deuxième tentation

² Jésus est placé sur un lieu panoramique : un regard circulaire de beauté, pareil à la vue du paradis. Quel regard est le nôtre sur le jardin de la création ? Il nous est confié pour le cultiver et la garder. Nous avons voulu le dominer, posséder, le gérer avec pouvoir. Les grandes nations d’aujourd’hui se battent pour posséder les matières premières en Afrique et ailleurs. On ne se préoccupe guère des peuples qui y vivent. Cinq à six millions de personnes tuées dans la région des grands lacs en Afrique et que dire de la Syrie. Tant de guerres suscitées pour dominer. L’Evangile nous appelle à un regard joyeux et dramatique sur la création. Laudato Si ‘, la dernière encyclique du Pape, nous appelle à sortir d’un mode de pensée possessif ; elle condamne l’arrogance des techniques opposées à la biodiversité ; elle invite au respect des personnes et des choses. Nous vivons de nos jours dans une spirale de pauvreté et de richesses limitées à quelques privilégiés. 63.000 personnes possèdent l’équivalent de 3 milliards de gens !.

Le regard de Jésus circulaire et pur, ne se laisse pas atteindre par l’avidité d’acquérir, par la possession. Il sait combien tout est relié dans la création, l’importance de la biodiversité et que l’homme fait partie de la création et n’a pas à la dominer. Tout est mystérieusement relié d’une façon systémique. Le moindre de nos gestes, de nos paroles, de nos prières sont là pour édifier une terre nouvelle et des cieux nouveaux. Ce n’est possible qu’en adorant le Seigneur Dieu, notre Père, et lui rendre un culte.

. « Aimer son prochain, écrit Ouaknine, directeur du centre d’études juives à Paris, consiste certes à ne pas haïr, à ne pas convoiter ce qui lui appartient. C’est aussi garantir sa vie, son intégrité physique et morale. Il y a tant de manières subtiles d’écarter l’autre, de tuer les minorités, les chasser, les tuer. Il est demandé de respecter autrui dans ses talents, ses richesses, ses biens sans les convoiter. Mais voici la troisième tentation

Elle se déroule à Jérusalem au lieu de la passion de Jésus. Elle touche à notre identité même… « Si tu es le Fils de Dieu, répète une nouvelle fois le diable… ». C’est l’heure du choix définitif : en appeler à l’Esprit de Dieu, dans la prière, pour forger notre propre identité à l’image de Dieu. Sommes-nous le centre du monde ? Humblement, récitons la prière que Jésus nous a enseignée et reconnaissons le Père des cieux comme notre Père. Reconnaissons notre humble place dans le projet de Dieu et écartons cette tentation de nous mettre au centre du cercle. Le choix est simple : vouloir être comme dieu ou accepter la filiation divine que Jésus nous apporte.

Ces trois tentations sont une : manger autrui, dominer la création, se mettre au centre du cercle s’opposent radicalement à ce chemin de filiation divine, chemin de confiance, de solidarité, d’humanité, sources d’un amour circulaire qui embrasse nos vies. Au respect de soi et des autres a correspondu la fidélité du couple et le célibat consacré ; au respect de la création a correspondu la bonne gérance de la création et le vœu de pauvreté ; au refus de l’idolâtrie a correspondu le vœu de consécration, d’obéissance au projet de Dieu.

Les tentations de Jésus, poussé par l’Esprit, aboutissent à la Croix et à la Résurrection. Que l’eucharistie de ce jour, de ce chemin joyeux et dramatique vers Pâques, nous fasse renaître dans cette reconnaissance mutuelle d’enfants de Dieu.

Frère Martin

illu: La Première Tentation du Christ, psautier enluminé, vers 1222 Copenhague

Nuit de Noël 2015

Mes soeurs, mes frères,

En cette nuit de Noël 2015, nous célébrons la Nativité de Jésus, fragile bébé et déjà Sauveur par son nom ; à côté de Joseph Marie est là émerveillée devant un tel évènement. Toute mère ne vibre-t-elle pas au mystère de la nativité qui renvoie à toute naissance ? Et tout enfant qui naît n’est-il pas ouverture à la création et au sens de l’existence humaine ?

Ces réalités si profondes, ancrées dans nos cœurs humains, nous font dépasser le cadre historique présenté et les images d’Epinal que l’on perpétue. Il n’y a pas eu sous Auguste de recensement universel dans l’empire romain, mais plutôt plusieurs recensements locaux et celui de Quirinius a eu lieu en Judée dix ans avant la naissance de Jésus. Laissons de côté l’aspect misérable de l’étable isolée, où régnait le silence, la solitude aussi.

« Dans cet enclos sacré, Marie vit avec l’enfant cette intimité absolue dans l’émerveillement du commencement. Son enfant, elle le tient, elle le prend dans ses bras, le regarde, sourit à ses premiers frémissements de vie. France Quéré d’écrire : « C’est merveilleux de l’avoir dans ses bras, et puis ce langage admirable par les visages, ce face à face prodigieux, ces yeux de nouveau-né qui vous boivent littéralement » se souvient-elle. Marie n’a pu être privée de cette jubilation absolue, jardin secret de toute mère, encore ravie de ce bonheur d’avoir mis un enfant au monde. Devant cette présence indicible, si fragile, Marie, Mère de l’enfant, allait devenir la Mère de tous les croyants comme l’enfant allait nous ouvrir les cieux par sa mort et sa résurrection.

Aujourd’hui, en cette nuit, mes sœurs, mes frères, c’est la jubilation et l’émerveillement qui doivent envahir nos cœurs. La mère contemple l’enfant dans la nuit. Les anges et les bergers, humbles veilleurs, se réjouissent avec elle et nous annoncent déjà que cette joie insolite sera universelle et touchera en priorité les petits, les humbles, les doux.

Saint Luc, dans son récit de l’enfance de Jésus, répète à deux reprises : Marie gardait tous ces évènements et les méditait dans son cœur. Le verbe grec n’est pas le même, sunterein (Lc 2. 19), c’est mettre ensemble, garder précieusement en soi ces moments de bonheur intense. Le second verbe diaterein (Lc 2. 51) souligne une dispersion, un vide, une réalité informe et inconnue. Marie ne pouvait oublier l’annonce bouleversante où l’ange Gabriel attendait son consentement.

Mes sœurs, avant la naissance de Jésus, le monde était en quelque sorte informe et vide, comme l’Esprit de Dieu qui planait sur les eaux de la création au début de la Genèse, qui voletait comme un oiseau au-dessus de son nid. Il était là à la création du monde, il avait couvert de sa nuée lumineuse la traversée du désert du peuple juif. Marie se souvenait en cette nuit des paroles de l’ange : « L’esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ». Ce moment était advenu, et l’Esprit saint avait cédé la place aux anges qui chantaient : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes, ses bien-aimés ».
Pourquoi ne pas nous réjouir à notre tour ? Bien sûr, nous savons que le temps des mutations, des douloureuses transformations allait venir. Nous les connaissons dans la vie de Marie, de la naissance au pied de la Croix ; et cette terrible annonce de la prophétesse Anne qui se vérifiera : « Un glaive de douleur te percera l’âme (Lc 2. 35) » ; de la Croix à la Pentecôte où elle deviendra la Mère de tous les croyants.

Nous connaissons ces douloureuses transformations de l’enfant Jésus vivant paisiblement à Nazareth travaillant humblement avec Joseph, son père. Au moment de son baptême par Jean, l’Esprit-Saint est présent et le Père céleste proclame : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le ». La mission est là : ce sera une vie itinérante, sans une pierre où reposer la tête, annonçant la bonne nouvelle du salut révélation de l’amour divin, ouvrant l’avenir à la miséricorde et au bonheur éternel, déchirant toute hypocrisie, suscitant tant d’opposition. Dans l’évangile de Luc, L’Esprit saint se manifeste à nouveau à Gethsémani, l’heure du combat ultime : « Père que cette coupe s’éloigne de moi, mais que ta volonté soit faite » et sur la Croix, Jésus poussa un grand cri et dit : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ».

Ces déchirements et ces combats sont ceux de notre temps. Le prophète Isaïe avait proclamé : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ». De nos jours encore, ce peuple, un million de personnes, ne cesse de marcher, d’errer sur les chemins des frontières, d’attendre de nous, chrétiens, une source de lumière. Que ferons-nous ? Il n’est pas nécessaire en cette nuit bénie d’énumérer ces détresses proches et lointaines. Nous les connaissons, nous les portons dans nos cœurs, comme Marie qui gardait toutes ces choses dans son cœur, tantôt vibrante de bonheur, tantôt mère des douleurs.

En cette fête de Noël 2015, beaucoup, croyants ou non, marchent dans les ténèbres. La grande Lumière du Christ qui reviendra en gloire ne s’est pas encore manifestée. Mais l’ombre lumineuse de l’Esprit de Dieu les accompagne sur la route, les libère du chaos pour les conduire sur des chemins moins tortueux. La présence d’hommes et de femmes de bonne volonté habités par la grâce des Béatitudes leur témoignera ces signes discrets d’espérance et d’amour. Nous pouvons être a notre tour des bergers de Noël révélant la Bonne nouvelle de la naissance de Jésus, le Sauveur.

Tout cela se passait à Bethléem, la maison du pain où le tout petit enfant était né, l’infiniment fragile et délicat allait ouvrir le monde aux réalités du Royaume. Bethléem annonçait déjà la parole de Jésus : « « Je suis le Pain de vie ». Ce fut le miracle de la multiplication des pains où, à partir d’une miche de pain, il rassasie les foules. Par sa vie, ses actes, ses paroles, il nous donne jour après jour le Pain de vie.
Noël, Bethléem, c’est la maison du pain. Infime début qui évoque cette infime parcelle du pain eucharistique et cette infime goutte de vin qui est son Corps et son sang, présence discrète de l’Esprit de Dieu nous accompagnant sur la route jusqu’à ce qu’Il revienne.

Mes sœurs, mes frères,
Nous voici réunis pour célébrer ensemble la Nativité de Jésus-Christ. Si nous sommes venus dans cette chapelle, c’est pour entrer dans le mystère de cette naissance, c’est pour célébrer avec la Vierge Marie la destinée de cet enfant-Dieu qui ouvre pour nous les portes du Royaume de dieu, qui fait de nous des enfants de Dieu.
Noël 2015 : entente universelle pour plus de respect de la création à laquelle participent peut-être les chants des anges ; c’est une entente nouvelle pour arrêter la guerre en Syrie, est-ce le chant des bergers et la musique de leurs pipeaux la paix des pauvres de coeur. 2015, c’est aussi l’année de la miséricorde ouverte par le Pape François, c’est aussi l’enfant Jésus et Marie sa Mère qui vont nous révéler que la nature même de Dieu est amour et miséricorde.

Certains d’entre nous sont venus parce qu’ils ont dans leur cœur la nostalgie des chants de Noël et des célébrations de leur enfance . Pour d’autres, cette célébration conforte les liens de leur famille à travers les générations. Au repas de fête se joint ce souci de renforces les liens familiaux. D’autres encore découvrent en cette fête une souffrance plus grande encore, une solitude qui s’accentue en voyant le bonheur des uns, la maladie des autres, le décès d’êtres proches.

Quel que soit notre cœur, c’est l’amour divin qui vient discrètement, timidement à notre rencontre. Il se présente à nous comme l’enfant fragile. Il nous est offert dans le bonheur infini de la Vierge Marie, de Joseph, des bergers et des anges. Que notre cœur se laisse envahir par cette joie imprenable qui vient d’ailleurs et peut transformer notre vie et nos cœurs.

Fr. Martin

illustration: Georges de La Tour, Le Nouveau-né, 1648