Archives pour l'étiquette frère Yves de Patoul

5è dimanche de Pâques. 14/05/2017

Jean 14, 1-10 : « Je suis la voie, la vérité et la vie »

Homélie du 5è dimanche de Pâques. 14/05/2017

Ainsi commence le long discours d’adieu de Jésus la veille de son arrestation. (Jean 14-17). C’est son grand testament, un discours qui est tourné non pas vers le présent actuel de Jésus mais vers l’avenir, le sien et celui de ses disciples et de nous tous les croyants. Lire la suite

3è semaine du T.o. 22/01/2017

 

Première prédication de Jésus. Art Byzantin

En ce début d’année, nous commençons un nouveau parcours évangélique avec l’évangéliste Matthieu. Deux faits marquants dans le passage que nous venons d’écouter ensemble : la première prédication de Jésus ; elle est suivie immédiatement de l’appel des premiers disciples, Pierre et André, Jacques et Jean (Ce ne sont d’ailleurs pas les seuls qui sont appelés deux par deux). Avant de développer ces deux points, attardons-nous qq instants sur le cadre temporel et géographique que l’évangéliste a voulu donner à ces événements. Lire la suite

La foi comme une graine de moutarde

Homélie du dimanche 3 octobre 2016

 

La foi comme une graine de moutarde (Lc 17,5-10)

 Notre évangile de ce jour commence par une prière : « Augmente en nous la foi ». Cette demande, — qui n’est pas vraiment une prière au sens fort du mot, elle n’en a pas la forme, — nous paraît cependant heureuse et sincère. Elle semble animée par l’humilité des Apôtres qui reconnaissent leur peu de foi, et nous-mêmes, nous en faisons autant : nous nous sentons souvent faibles dans la foi conçue comme une force, une énergie pour accomplir les lourds commandements de l’amour du prochain. Très volontiers alors, nous nous tournons vers le Christ pour lui demander de « faire grandir notre foi ». Jusque-là, c’est bien, c’est très rassurant.

 Maintenant, observons bien la réponse de Jésus à ses chers disciples : il ignore carrément leur demande, celle d’augmenter leur foi, et il leur répond en termes différents, en changeant de registre. « Si vous aviez de la foi grande comme une graine de moutarde » — laissons tomber la suite, — le sous-entendu est celui-ci : la vraie foi, celle que moi je vous l’ai enseignée, vous n’en avez pas !, c’est donc inutile de me demander de l’augmenter en vous ! Et il ajoute ceci : si vous en aviez de celle-là, ne fût-ce qu’un seul grain, vous pourriez faire l’impossible, par exemple, planter un arbre dans la mer, car il n’y a rien de plus difficile que de mettre un arbre, qui symbolise la vie florissante, au milieu de la mer qui engloutit tout, et qui est le grand symbole du mal dans la tradition juive.

En d’autres termes, la foi n’est pas vraiment ce que les Apôtres pensent qu’elle est lorsqu’ils demandent de l’augmenter. Elle n’est pas une affaire de force, d’énergie, de puissance qui permettrait de réaliser des choses fantastiques, mirobolantes, des choses qui feraient de nous des héros. Nous connaissons tous suffisamment les évangiles pour savoir qu’ils contiennent plusieurs de ces petites histoires où l’un ou l’autre Apôtre avait rêvé d’un avenir glorieux. Les saints, eux aussi, ne sont pas des êtres exceptionnels qui auraient accompli des choses extraordinaires, du moins pas tous, loin de là. Si vous avez encore cette idée-là, je vous suggère de l’abandonner le plus vite possible. L’obstacle difficile à surmonter est que souvent les hagiographes, ceux qui écrivent la vie des saints, en rajoutent presque toujours; et celui de saint Benoît, saint Athanase, en est un exemple classique : il attribue à Benoît toute un série de miracles qui sont difficiles à gober, sinon en les rattachant à des miracles que des saints prestigieux de l’A.T. ont accomplis. Le mieux encore, pour vous convaincre du contraire est de regarder la vie des saints modernes : Thérèse de Lisieux, Jean XXIII, Jean-Paul II, Mère Teresa de Calcutta, l’abbé Pierre j’ajouterais très volontiers.

         La suite du texte qui fait l’éloge de l’homme ordinaire dans la personne de ce « simple » serviteur qui a obéi aux ordres de son maître en le servant après avoir trimé dans les champs sous une forte chaleur, elle confirme notre manière de comprendre cet évangile comme nous l’avons fait jusqu’ici : la foi telle que l’aime Jésus ne consiste pas à réaliser des choses difficiles qui feraient de nous des gens admirables. La nouvelle traduction des textes liturgiques a très heureusement remplacé l’adjectif « inutile, ou quelconque» par « simple ». Nous sommes « des simples serviteurs » qui n’avons fait que notre devoir ».

J’aime le petit texte reproduit dans le Missel des dimanches. Il est signé d’une religieuse carmélite qui parle ainsi à l’occasion de la canonisation de Thérèse de l’Enfant-Jésus : « Je crois bien que c’est la première fois qu’on canonise une sainte qui n’a rien fait d’extraordinaire : ni extases, ni révélations, ni mortifications … Toute sa vie se résume en un seul mot : elle a aimé le Bon Dieu dans toutes les petites actions ordinaires de la vie commune, les accomplissant avec une grande fidélité. Elle avait toujours une grande sérénité d’âme dans la souffrance comme dans la jouissance, parce qu’elle prenait toutes choses comme venant de la part du Bon Dieu ».

A travers ce texte, je voudrais répondre aussi à la question restée en suspens : si la foi n’est pas cette force qui me permettrait de réaliser de grandes choses, alors c’est quoi ? La carmélite nous le dit simplement avec ses mots : prendre toutes choses comme venant de la part du Bon Dieu. La foi est un don que nous avons à recevoir et non pas quelque chose à prendre. Elle est de l’ordre du qualitatif ; on ne peut pas l’augmenter ; il suffit d’en avoir, même un tout petit peu.

Recevons chaque jour des mains de Dieu le pain quotidien qui nous rassasie. Tu es mère ou père de famille, fais tout ce qu’il faut pour que tes enfants croissent en force et en sagesse, pour que ton mari ou ton épouse soit heureux à la maison. Tu es moine, lève-toi chaque matin pour louer le Seigneur et remplis toutes tes obligations et tes charges avec humilité et avec zèle le mieux que tu peux. Tu es serviteur, fais tout ce qu’un serviteur doit faire. Ne te mesure pas aux autres, mais fais tout ce que tu dois faire. Voilà me semble-t-il ce que l’Evangile de ce jour nous enseigne. Les miracles que Jésus laisse entrevoir ne proviennent pas d’une foi démesurée, mais seulement d’une foi véritable en Dieu. Cette foi, nous devons la recevoir. Si nous l’avons, elle fait de très grandes choses que les hommes peuvent admirer ou pas, cela n’a pas d’importance. Car c’est Dieu qui voit, c’est lui qui récompense.

« Bien-aimé, dit Paul à Timothée, ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains », depuis notre baptême, dirions-nous.

fr. Yves de Patoul

Photo: Vierge du bois de Clerlande, 2016
fr Thibaut

 

 

 

3e Dimanche de Pâques

La première lecture nous a rappelés que l’évangile de Jésus Christ a toujours dérangé les pouvoirs publics. Au temps de Jésus, c’était davantage le pouvoir religieux qui poursuivait les déviants. C’est lui qui a condamné Jésus, c’est lui qui poursuit les Apôtres pour être coupables, selon lui, d’enseigner au nom de Jésus-Christ et même de prononcer son nom. Il est vrai que les persécutions actuelles de chrétiens sont le fait d’extrémistes musulmans ou hindous; ils disent agir au nom de leur religion, d’Allah ou et de sa grande miséricorde. Les Apôtres ont échappé à la mort grâce à l’intervention de Gamaliel, un membre modéré du grand Conseil. « Si leur action vient de Dieu, disait-il à ses pairs, vous ne pourrez pas les faire tomber ». Une des dominantes du livre des Actes des Apôtres est la prière et une de ces formes la louange.

La deuxième lecture est précisément une invitation à élargir notre prière et notre louange jusqu’à inclure toutes les créatures célestes et terrestres. Saint Jean nous emmène en effet dans une immense liturgie aux dimensions cosmiques qu’il perçoit et qu’il décrit avec des symboles tels que l’Agneau immolé pour désigner le Christ glorieux qui reçoit l’acclamation de tous les êtres vivants au ciel et sur la terre. Nous retiendrons de cette lecture que notre liturgie dominicale est largement imprégnée de cette liturgie apocalyptique, même si nous ne nous en rendons pas toujours compte. Ajoutons que chacun de ces grands symboles parfois étranges a un enracinement biblique. l’Agneau immolé, par exemple, est une allusion à un des chants du Serviteur d’Isaïe, cet Agneau qui est déclaré seul capable (digne) d’ouvrir le livre scellé des Ecritures anciennes.

Venons-en à l’évangile tiré du chapitre 19 de l’évangile saint Jean que beaucoup de spécialistes considèrent comme ajouté plus tard. J’aime bien la formule suivante : ce chapitre 19 est « un prolongement ecclésiologique à un évangile à dominante christologique ». Il nous donne en appendice des enseignements relatifs au gouvernement de l’Eglise que Jésus a voulue.

On peut distinguer facilement 2 parties : la dernière apparition de Jésus à un groupe de disciples, qui vivent avec lui une pêche miraculeuse et un repas quasiment eucharistique. Vient ensuite l’institution de Pierre comme premier pasteur de son Eglise. Mais il y a des liens très évidents qui traversent ces deux parties. C’est l’Apôtre Pierre qui fait ce lien. Dans la première partie, il décide hardiment de partir à la pêche. Même accompagnés d’autres disciples, il échoue. Cet échec est symbolique, vous l’aurez certainement deviné: sans la grâce de Dieu, Simon-Pierre échoue dans ses projets, fussent-ils très courageux. Pour exercer son ministère, il a besoin de faire un passage que Jésus va lui faire vivre. C’est tout l’enjeu de ce chapitre 19. On pourrait dire que c’est le passage d’une foi volontariste, qui est peut-être la nôtre aussi, à une foi confiante qui consiste essentiellement à s’en remettre à Dieu plutôt qu’à soi-même ou aux hommes.

Avouons que tout cela est subtil et délicat dans la mesure – osons-le dire – où la limite entre moi et Dieu n’est pas toujours très claire, et pourtant cela est très décisif. La foi de Simon-Pierre devait être assez forte au lendemain de Pâques, mais lui et ses compagnons, n’ont rien péché de toute la nuit, ils n’avaient donc rien non plus à manger ni à offrir à leur Seigneur. La proposition de Jésus de jeter le filet d’un autre côté va tout changer : ils font ce que leur Seigneur ressuscité leur dit de faire et ils sont comblés bien plus qu’ils ne l’espéraient. Tout le reste que nous connaissons est bien sûr symbolique : les 153 poissons, le filet qui est tiré par Simon-Pierre sur le rivage, qui ne se déchire pas malgré la grande quantité de gros poissons qu’ils ont pris : ce sont là tous des symboles de l’Eglise une qui doit arriver à bon port.

Essayons de comprendre ce qui s’est passé. D’abord une longue nuit de peine, d’angoisse, nuit infructueuse et désespérante. Et puis une question qui surgit à l’aurore « Eh les enfants, n’auriez-vous pas un peu de poisson ? », question de Jésus qui met le doigt sur la cause même de leur désespoir, sur ce qui n’a pas marché pas dans leur vie. Les limites humaines qui nous empêchent de bien vivre, voilà ce que Jésus vient toucher pour en faire un lieu de rencontre. Tout ce qui ne va pas, même le péché, voilà ce que Jésus vient toucher de façon un peu provocante. Jésus leur dit : «Jetez le filet à droite » Dans une démarche de foi, il ne s’agit plus ici de réfléchir et de se dire : c’est mon métier, je sais comment faire ; et d’ailleurs j’ai déjà tout essayé, ça ne marche ni à gauche ni à droite. Pour Pierre, jeter le filet à droite c’est une manière de tout recommencer, ou mieux encore de prendre le risque de tout recommencer en faisant confiance à son Seigneur. Après que Jean lui ait dit que c’était le Seigneur, il se jette à l’eau après avoir revêtu quelque chose car il était nu comme tout bon pécheur à l’époque. Se jeter à l’eau est une belle expression française qui permet de bien comprendre toute la scène mais aussi pour nous de pouvoir nous mettre dans la peau de l’apôtre Pierre et de l’imiter dans certaines occasions où nous sommes invités par Jésus Christ notre Seigneur à lui faire totalement confiance. Au seuil de la mort, par exemple.

Pierre va donc se jeter à l’eau, pour quoi faire ? le texte ne le dit pas mais il nous le laisse deviner : c’est pour se prosterner au pied de Jésus, le remercier, le vénérer comme on voudra. Pierre va accéder à un autre statut. Il doit se préparer, se rhabiller et s’approcher de son maître. La manifestation du Ressuscité se poursuit par un repas d’alliance, un repas eucharistique à peine esquissé (qui rappelle un peu les noces de Cana au début de l’évangile de Jean). Il est suivi sans transition par la seconde partie de notre texte qu’on pourrait appeler l’institution de Pierre comme pasteur suprême.

Cela se passe à travers un dialogue extraordinaire entre Jésus et Pierre. Trois fois, jésus lui demande : M’aimes-tu ? en sous-entendant certainement : comme moi je t’aime et je te fais confiance pour la lourde tâche que je vais te confier. L’amour dont il s’agit est la confiance que Pierre doit avoir dans l’amour que Jésus lui porte. L’amour et la confiance l’un en l’autre se rejoignent totalement. Il faut que cet amour de Pierre pour Jésus soit très grand, que la confiance en lui soit totale. Désormais, c’est un autre qui te conduira, ce n’est plus toi-même.

La conclusion « Suis-moi » intervient après ce cheminement spirituel qui a abouti à une purification, une simplification. Que cette expérience soit la nôtre lorsque nos voies semblent infructueuses. Laissons-nous rejoindre par le Ressuscité qui en fera un lieu de rencontre d’où nous pourrons repartir pleins de force et de joie.

frère Yves de Patoul

note: je remercie Arnaud Chillon (dans la revue Feu Nouveau) de m’avoir si bien inspiré.

Illustration: La pêche Miraculeuse, 1308, vue par DUCCIO di Buoninsegna (1260-1319)