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Homélie de Pentecôte

​Dimanche 4 juin 2017

Homélie de Pentecôte

Nous avons suivi Jésus sur les routes de Palestine, nous l’avons accompagné durant sa Passion,​ sa mort et sa résurrection. Cinquante jours nous ont été donné pour entrer dans ce grand mystère pascal de la résurrection, de l’espérance, de l’amour surpassant la mort et nous voici en ce jour pour célébrer la plénitude du don de Dieu. C’est aujourd’hui, en ce jour de Pentecôte que nos communautés ont pris naissance, que l’Eglise est née, que nous pouvons vivre d’un Souffle nouveau, reprendre la route, habités, comme l’écrit saint Benoît dans sa Règle, le cœur dilaté et courir sur les chemins de Dieu avec une indicible douceur d’amour. Lire la suite

Homélie de Pentecôte, 15 mai 2016

Homélie de Pentecôte, 15 mai 2016.

La liturgie de ce jour de fête nous gratifie d’un choix de lectures particulièrement riche pour nous initier au mystère de la Pentecôte. C’est bien normal, puisque « Pentecôte » est un terme grec (pentecosta) qui se traduit par « le 50e jour », le chiffre 50 étant, pour la Bible, le chiffre symbolique de l’ACCOMPLISSEMENT, de la totalité, du parfait ACHÈVEMENT. Pentecôte : célébration de l’accomplissement.
Rappelons-nous que la liturgie nous a mis en route depuis le 14 février, 1e dimanche du « Carême », un terme latin cette fois-ci (quadraginta) pour une période de 40 jours, le chiffre 40 étant, pour la Bible, le chiffre symbolique du non-accomplissement, de l’inachevé, de la marche pénible vers un but encore à atteindre, les 40 ans de la pérégrination du Peuple hébreux au désert vers une Terre Promise, une terre où couleraient le lait et le miel.
Tel est le sens du Carême chrétien qui nous achemine à la célébration de la Pâque du Christ, le mystère que la liturgie devrait normalement nous présenter comme l’accomplissement de l’incarnation, l’achèvement de l’œuvre de la Rédemption.
Et pourtant, dès le lendemain de Pâques, la liturgie nous a relancés dans une nouvelle quarantaine qui a abouti au mystère de l’Ascension qui ne fut encore qu’une étape qui nous mènerait, en l’espace de 10 jours, à la fête de ce jour, la fête du 50e jour, la fête du don de l’Esprit.
Ce long cheminement de ces 50 jours symboliques nous révèle que le don de l’Esprit ne fut pas évident pour les disciples de Jésus des premières années de la Foi chrétienne.
Le récit dans l’évangile de S. Jean que nous venons de lire témoigne d’une évidence quelque peu naïve dans sa brièveté même :
au soir du premier jour de la semaine, Jésus ressuscité apparaît à ses disciples.
Il leur prouve que c’est bien lui, en leur montrant
ses mains et son côté transpercés.
Il souffle sur eux en leur disant : « Recevez l’Esprit-Saint ».
Et il leur enjoint de partir en mission, comme lui-même
a été envoyé par son Père. Ce sera là comme une première Pentecôte.
Si ces paroles furent effectivement prononcées par le Ressuscité en l’an 30, elles ne furent cependant pas transcrites en sténographie. Elles nous sont ici rapportées par l’évangéliste 50 ans plus tard, dans les années 80-85.
Par contre, nous avons entendu en 1e lecture le récit des Actes des Apôtres écrits vers les années 90, qui nous rapporte une Pentecôte tout à fait différente. Et à plusieurs titres :
.   D’abord, Jésus n’est plus là. Il est entré dans le mystère de son Ascension et de son retour auprès du Père. Il a accompli son 50e jour.
.   Ensuite, et par contre, Marie est présente. Depuis le Golgotha, les évangélistes ne l’ont plus mentionnée, même pas au matin de Pâques. Ici, S. Luc la mentionne quelques versets plus haut. Et désormais, elle figurera au centre de toutes les icônes de Pentecôte, en tant que mère de l’Eglise naissante.
.   Autre différence encore : la brève Pentecôte du matin de Pâques s’était déroulée dans le silence de l’incognito des seuls disciples, tandis qu’ici l’événement est franchement public, et l’écrivain sacré ne relate plus un fait journalistiquement historique. Il crée une fresque catéchétique d’une grande force symbolique :
–   Pentecôte de la Nouvelle Alliance, c’est l’accomplissement de la manifestation, de la Théophanie du Dieu de la Première Alliance sur le mont Sinaï, à travers le feu et le bruit d’un vent violent !
–  Pentecôte chrétienne, c’est également la restauration de l’unité des peuples, qui avait été brisée par l’orgueil de la Tour de Babel et puni par la diversité des langues. Ici, c’est la joyeuse stupéfaction de ce que chacun entend les apôtres parler sa langue, propre (je les ai comptés) à 18 nations totalement différentes.
Mais où l’écrivain sacré a-t-il appris cette géographie ? Tout simplement parce que, écrivant dans les années 90, càd +- 60 ans après Jésus, les apôtres et S. Paul et ses compagnons ont sillonné les pays du bassin méditerranéen, créant l’Eglise universelle par l’incontestable puissance de l’Esprit. Une pentecôte qui avait pris de la bouteille en 60 ans !

Il nous reste, mais brièvement, à faire honneur à la 3e lecture proposée par la liturgie, celle de la 1e lettre de S. Paul aux Corinthiens.
Elle n’est pas particulièrement typique d’une approche du Mystère de Pentecôte : on la retrouve citée en de nombreuses et diverses occasions. Nous devons la lire, aujourd’hui, comme un des fruits les plus importants de l’Esprit-Saint, à savoir le mystère de l’Eglise comme communauté de spirituels. Nous sommes ici des spirituels par la grâce de notre baptême qui nous invite et nous rend capable d’être, dans notre monde le plus proche et pour le monde le plus lointain, des femmes et des hommes d’Unité, unifiés en notre être propre, et serviteurs de l’unification du genre humain, dans le respect de tous, qu’ils soient juifs, musulmans, agnostiques, athées, esclaves ou libres, en tant qu’ils sont tous destinés à ne faire plus qu’un seul Corps dans un même Esprit-Saint. En fait, Pentecôte est un programme et une promesse d’Amour universel. Mais cette merveilleuse aventure, pour parvenir à son accomplissement,
a bien besoin des 50 jours symboliques, symboliques des longs jours et années de nos vies quotidiennes où il s’agit de laisser mûrir en nous et entre nous les fruits de l’Esprit – comme les évoque S. Paul – : la patience, la bonté, la bienveillance, la douceur, la maîtrise de soi, la paix, la joie.
Nous sommes loin, ici, de la Pentecôte tonitruante du Sinaï et du Cénacle de Jérusalem. Mais ces images réveillent notre enthousiasme, pour autant qu’elles n’entretiennent pas des illusions à-bon-marché.
Nous sommes aujourd’hui saturés de mots, de livres, de conférences, de DVD sur les mystères.
Le plus profond, il faut le taire
ou le longer sur la pointe des pieds.

fr. Dieudonné

Image: Le baptême du Christ (détail), le Tintoret, vers 1580, Chiesa di San Silvestro, Venice