4e dimanche de Pâques, 17 avril 2016

4e dimanche de Pâques, 17 avril 2016

Homélie du 4e dimanche de Pâques, 17 avril 2016 

Voilà une bien char­mante para­bole qui pré­sente la vie chré­tienne comme un atta­che­ment atten­dris­sant et réci­proque d’un ber­ger et de ses bre­bis.

Nous savons qu’il en va bien ain­si dans un trou­peau : on nous l’a dit, nous l’avons lu. Nous ne l’avons cepen­dant jamais vu, nous les cita­dins ; peut‐être l’avons-nous aper­çu fur­ti­ve­ment lors d’éventuelles pro­me­nades dans les Cévennes, pour autant que nous ayons grim­pé jusqu’aux pacages éle­vés de Lozère.

Bref, tout cela est bien étran­ger à notre expé­rience per­son­nelle — et pour le dire pro­saï­que­ment — nous ne sommes pas dans la peau d’un ber­ger et encore moins dans celle d’un mou­ton. La vie chré­tienne, Dieu mer­ci, n’est pas celle d’un trou­peau.

Nous ne pou­vons cepen­dant pas en res­ter à ce constat et sim­ple­ment sor­tir de cette eucha­ris­tie sur un petit nuage roman­tique. Nous devons nous deman­der ce que ce lan­gage sym­bo­lique de Jésus signi­fie pour nous, pour moi, dans notre rela­tion vitale avec le Christ. C’est une ques­tion per­son­nelle que chacun(e) d’entre nous est ame­né à se poser, la réponse étant alors for­cé­ment per­son­nelle.

Dès lors, les pro­pos qui vont suivre me sont per­son­nels sans être excep­tion­nels pour autant, car tous et cha­cun — qui que nous soyons, écrit S. Benoît — sommes invi­tés à ouvrir l’oreille de notre cœur pour entendre l’appel à suivre le Christ, qui nous aime et nous conduit à la vie éter­nelle.

Ainsi, tout com­mence par l’écoute : « Mes bre­bis écoutent ma voix » : c’est l’appel inté­rieur, la voix silen­cieuse : « Sois mon dis­ciple, suis‐moi, sois confiant, je te connais ». « Je connais mes bre­bis ». Jésus parle comme un hébreu ; c’est-à-dire je t’aime, je désire avoir avec toi une rela­tion d’amour. Peut‐on d’ailleurs connaître vrai­ment quelqu’un sinon en l’aimant et en se lais­sant aimer ?

Lorsque, quelques années durant, on s’est lais­sé aimer par le Christ, on découvre qu’un fil rouge tra­verse notre vie, le fil rouge de sa fidé­li­té qui ne s’est jamais cas­sé mal­gré tant d’infidélités de notre part qui auraient pu le cas­ser. C’est le fait que le Christ tient à nous dès le sein de notre mère. Le psaume 138 nous en assure :

« Ô Seigneur, tu me connais, ton amour me conduit.
C’est toi qui m’as for­mé les reins,
qui m’as tis­sé dans le sein de ma mère.
Déjà tu connais­sais mon âme.
Mes os n’étaient point cachés de toi
quand je fus façon­né dans le secret,
bro­dé au pro­fond de la terre.
Mes actions, tes yeux les voyaient,
toutes, elles étaient sur ton livre ;
mes jours, ins­crits et défi­nis,
avant que pas un d’eux n’apparût.
Que tes pen­sées, Seigneur, sont mer­veilleuses.
Tu connais vrai­ment mon cœur :
je te confie mon che­min, un che­min d’éternité.
Oui, Seigneur, tu me connais ; ton che­min me conduit ».

Cela, sœurs et frères, c’est notre cre­do. Les Credo de Nicée, de Constantinople et tous les autres, ce sont des dogmes quelque peu labo­rieux et ennuyants qui ne nous font pas vivre… Alors qu’un Credo comme celui du Psaume 138 nous va droit au cœur et en res­sort dans la joie.

Reste alors la ques­tion de repé­rer quand et com­ment nous décou­vrons la soli­di­té du fil rouge tout au long de ce che­min d’éternité quoique ter­restre. Pour faire bref, je retiens deux signes de la pré­sence du Christ dans nos vies de croyants.

— D’abord les sacre­ments de l’initiation chré­tienne (comme on les appelle) : le Baptême, la Confirmation, et l’Eucharistie : l’eau, l’huile et la table. Et ces rendez‐vous, l’Antique tra­di­tion chré­tienne les a recon­nus dans le Psaume 22, le Psaume pré­ci­sé­ment du Berger :

« Le sei­gneur est mon Berger, je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche il me fait repo­ser
Vers les eaux du repos il me mène pour y refaire mon âme ».
Voilà : les eaux du bap­tême
qui ont refait notre âme, qui nous ont régé­né­rés
en une nou­velle nais­sance.

« D’une onc­tion tu me par­fumes la tête ».
Voilà : l’onction de l’huile sainte
par laquelle l’Esprit St nous pénètre
jusqu’à la moelle des os.
« Devant moi tu apprêtes une table et ma coupe déborde ».
Voilà : la table eucha­ris­tique où nous est offerte
la coupe de sang ver­sé.

— Le second signe de la pré­sence du Christ sur nos che­mins est la visite qu’il nous rend en la per­sonne de mon pro­chain qui, d’une manière ou d’une autre, dis­crè­te­ment ou inten­sé­ment, a faim, est nu, est étran­ger, malade, pri­son­nier, exi­lé. Le Christ nous invite à les connaître d’une « connais­sance d’amour ».

Pour ter­mi­ner cette médi­ta­tion sur la para­bole du ber­ger et de ses bre­bis, il nous faut évo­quer, à la suite de plu­sieurs grands mys­tiques, Jésus en croix, c’est-à-dire la mort du pas­teur qu’infligent à son cœur amou­reux l’infidélité et l’errance de cer­taines de ses bre­bis oublieuses de son amour. Ainsi cette char­mante para­bole qu’au départ nous esti­mions buco­lique prend ici une gra­vi­té, lourde de l’ignorance du monde à l’égard de l’amour divin.

Dans le Poème 4 de ses poèmes mys­tiques, S. Jean de la Croix évoque le Christ, le pas­tou­reau, bles­sé à mort par la pas­tou­relle, l’humanité oublieuse de l’amour de son bien‐aimé :

« Un pas­tou­reau se trouve esseu­lé, dans la peine,

exi­lé du plai­sir et du conten­te­ment,
l’esprit obsé­dé de son aimée pas­tou­relle,
le cœur, dans son amour, pro­fon­dé­ment bles­sé.

Il pleure… oh non qu’il se sente bles­sé d’amour,
mais parce qu’il pense qu’il est objet d’oubli.
car rien qu’à pen­ser qu’il est oublié de sa belle ber­gère,
il erre en terre étran­gère, pro­fon­dé­ment bles­sé.

Et au bout d’un long temps,
il mon­ta tout en haut, sur un arbre
et ouvrit, tout grands, ses beaux bras.
Et mort il y res­ta, par ses bras sus­pen­du,
le cœur, en son amour cruel­le­ment meur­tri ».

fr. Dieudonné

Photographie de Léonard Misonne

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