6e dimanche de Pâques, 1e mai 2016

Homélie du 6e dimanche de Pâques, 1e mai 2016.
A la Cathédrale S.S. Michel et Gudule, lors de la « Messe des artistes » de 12h30.

« Ne soyez pas bouleversés et effrayés ! ».

Cette recom­man­da­tion de Jésus à ses dis­ciples d’autrefois fait un bond de 2000 ans pour atter­rir aujourd’hui, au milieu de nous, comme si elle nous était adres­sée. Et, de fait, elle nous est adres­sée.

Chaque page des évan­giles doit se déta­cher du papier‐bible pour prendre vie sur le papier de nos exis­tences actuelles. C’est bien nous qui sommes bou­le­ver­sés et effrayés, nous n’avons pas à nous le cacher car nous avons de bonnes rai­sons de l’être. En tous cas, deux bonnes rai­sons :

. La pre­mière vient du contexte dans lequel nous vivons quo­ti­dien­ne­ment. Appelons‐le la situa­tion sociale, poli­tique, mon­diale, au loin et chez nous. Inutile d’insister : nous sommes gavés, par les média, d’informations sur les puis­sances de haine et de mort qui har­cèlent notre planète‐terre. Et dès lors, avouée ou inavouée, la peur, quelque part, nous habite. Et la peur, nous le savons, est mau­vaise conseillère : elle mène à l’enfermement fri­leux et à l’égoïsme ; elle mène à l’agressivité envers les autres qui sont tous sus­pec­tés de vou­loir nous agres­ser.

. La seconde rai­son d’être bou­le­ver­sés nous vient de ce que le Mal qui per­siste dans notre monde met en péril notre confiance dans le Christ, elle insi­nue le doute dans notre Foi. En effet, tout au long des sept semaines de ce temps de Pâques, la litur­gie, dans les lec­tures et les chants, nous assure que le Christ res­sus­ci­té a vain­cu défi­ni­ti­ve­ment la haine et la mort, et a inau­gu­ré le monde nou­veau d’Amour et de Vie impé­ris­sable, Alléluia ! Alléluia !, mais le spec­tacle autour de nous et par­mi nous est tout autre, selon la chan­son bien connue : « Non, non, rien n’a chan­gé ! Tout, tout a conti­nué ! ».

*

Et alors, nous, dans tout cela, que sommes‐nous venus cher­cher ici ? Redire à Jésus notre désar­roi, notre bou­le­ver­se­ment ? Mais il le connaît, il le devine, comme il l’a devi­né chez ses pre­miers dis­ciples, dans la scène d’évangile que nous sommes en train de médi­ter.

C’est alors que Jésus fait preuve d’une audace sai­sis­sante : « Moi, je vous offre la Paix. Je vous donne MA Paix ! Je ne vous la pro­mets pas comme le monde la pro­met ». Trop de décla­ra­tions de paix sur papier ne tiennent pas car, comme on dit, « le papier se laisse faire ». Trop de pro­messes de paix s’évanouissent à peine signées, comme la rosée, dit la Bible, s’évanouit immé­dia­te­ment dès le matin.

Mais nous pou­vons nous deman­der d’où le Christ tient‐il cette audace de nous don­ner la paix que le monde ne peut don­ner. C’est parce qu’il est lui‐même la paix en sa per­sonne.
Il est le récon­ci­lia­teur des hommes avec Dieu son Père et récon­ci­lia­teur de tous les hommes entre eux, tous frères parce que tous enfants du Père de Jésus.

Dès lors, lorsque Jésus annonce qu’il nous donne sa paix, en fait il SE donne à nous, il soffre à nous, il se livre à nous, corps et sang. C’est le cœur de chaque eucha­ris­tie :

« Prenez, man­gez, c’est mon Corps frac­tion­né pour vous.
Prenez, buvez, c’est mon Sang ver­sé pour vous
 ».

Et la réci­proque nous est deman­dée : « Faites cela en fidé­li­té à ma mémoire ».

Et l’apôtre Jean, le bien‐aimé de Jésus qui repo­sa la tête sur la poi­trine de son maître, a recueilli le vœu de Jésus, qu’il va répé­ter sans arrêt dans son évan­gile :

« Aimez‐vous les uns les autres ».
« C’est à cela qu’on recon­naî­tra que vous êtes mes dis­ciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres 
».

Et effec­ti­ve­ment, nous savons que, dans les pre­mières années du chris­tia­nisme, les païens étaient dans un éton­ne­ment admi­ra­tif devant les dis­ciples de Jésus : « Voyez comme ils s’aiment », disaient‐ils.

Et, soyons atten­tifs au fait qu’ils ne disaient pas : « Voyez comme ils nous aiment, nous les païens, voyez comme ils nous portent de la sym­pa­thie, de la gen­tillesse, du dévoue­ment », non : mais « Voyez comme ils s’aiment entre eux ! ».

Dès lors, ne soyons pas gênés ni hon­teux de nous aimer « les uns les autres » entre frères et sœurs dis­ciples de Jésus, comme si nous oubliions tous les autres. Au contraire, c’est parce que nous vou­lons appor­ter au monde la paix du Christ que nous devons être, d’abord et constam­ment, des femmes et des hommes paci­fiés dans notre couple, notre famille, nos liens d’amitié, nos com­mu­nau­tés reli­gieuses, nos paroisses. Il paraît que nos églises se vident de plus en plus, selon le constat de la laï­ci­té. Ce n’est en tous cas pas ce qui se passe dans les pays d’Afrique, d’Asie et d’Océanie. Et ce n’est non plus pas évident chez nous. Et de toute manière, le nombre a peu d’importance : nous ne recru­tons pas pour for­mer une milice d’intervention. Certes, nous avons un com­bat à mener, le com­bat spi­ri­tuel contre tous les germes d’égoïsme et de vio­lence que nous por­tons en nous. Et pour pré­tendre appor­ter au monde la Paix que le monde ne peut don­ner, c’est-à-dire la Paix du Christ, notre voca­tion chré­tienne nous appelle à par­ta­ger entre nous le don de Sa Paix à lui. Lorsqu’avant la com­mu­nion, nous nous don­ne­rons la paix les uns aux autres, c’est la paix du Christ que nous nous par­ta­ge­rons. Ce qui n’empêche pas que nous nous la don­nions avec une cha­leu­reuse sym­pa­thie. N’est-ce pas la rai­son de notre joie, la joie que le monde ne peut nous ravir ?

Allons, frères et sœurs, ne soyons ni bou­le­ver­sés ni effrayés. Avec l’amour, nous avons l’avenir du monde entre nos mains.

fr. Dieudonné

Oeuvre peinte pour l’illustration : Les fleurs et le pay­sageAnselm Kiefer, 2000.

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