F^te Dieu

Fête‐Dieu

Fête‐Dieu, Dimanche 29 mai 2016

La messe est tou­jours une fête. Et aujourd’hui, c’est la fête de la messe, pour la célé­brer avec une ardeur joyeuse et en goû­ter la beau­té.

Regardez cette table : elle est vide, offerte, prête à rece­voir et à don­ner. Elle nous indique ain­si par elle‐même ce que nous allons faire : rece­voir pour don­ner, et à chaque fois bénir.

L’eucharistie est une grande béné­dic­tion.

Melkisédek prend du pain et du vin et il bénit le Dieu Très‐haut. Jésus prend le pain, puis la coupe, et il pro­nonce la béné­dic­tion, comme il l’a fait avec les cinq pains et les deux pois­sons avant de les dis­tri­buer à la foule.

Qu’est-ce que bénir ? Bénédiction : bien dire, dire du bien, dire une bonne et belle parole. C’est ce que je suis en train d’essayer de faire pour vous : je vou­drais tel­le­ment trou­ver de belles paroles, vous dire de bonnes et belles choses qui vous comblent et vous dilatent, qui vous donnent encore faim. Baraka, Baruch, Benedictus, Benoît, béné­dic­tins : vous voyez, nous sommes en plein dedans. Vous êtes ici chez des hommes bénis et qui veulent vous bénir. Et ensemble, nous bénis­sons Dieu, nous lui disons et lui chan­tons nos plus belles paroles.

Et comme Melkisédek, nous bénis­sons Dieu avec du pain et du vin. Melkisédek est un roi mys­té­rieux qui appa­raît un bref moment auprès d’Abraham pour bénir Dieu avec ce pain et ce vin. Il est roi de jus­tice et de paix, et quelles plus belles paroles peut‐on dire, quelle meilleure béné­dic­tion, que des paroles de jus­tice et de paix ? Qu’attendons-nous d’autre lorsque les res­pon­sables des nations ouvrent la bouche ? Non pas qu’ils parlent d’eux-mêmes, et encore moins qu’ils parlent de leur seule nation et de sa défense, mais bien de jus­tice et de paix pour tous les peuples.

Jésus aus­si est roi de jus­tice et de paix. Et toute la grande béné­dic­tion de notre eucha­ris­tie est pleine de notre désir de jus­tice et de paix pour tous les peuples.Nous pou­vons et nous devons croire que le foyer d’amitié fra­ter­nelle que nous for­mons ensemble ici est une cel­lule en com­mu­nion avec tous les foyers fra­ter­nels du monde, reli­gieux ou non.

C’est bien pour­quoi nous pre­nons du pain et du vin. Jésus n’a pas rete­nu le sacri­fice de l’agneau. Nous n’immolons plus de bête, même si nous en abat­tons par ailleurs des trou­peaux entiers pour notre nour­ri­ture. Notre eucha­ris­tie est végé­ta­rienne. Nous fai­sons mémoire de la mort du Christ à cette table, Paul vient de nous le rap­pe­ler : « Chaque fois que vous man­gez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous pro­cla­mez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. » La mort, pas la vie. Mais nous pro­cla­mons sa mort, le don total de lui‐même dans l’ultime sacri­fice, avec du pain et du vin qui sont les dons de la bien­veillance de Dieu pour la vie et la joie des hommes dans la dou­ceur ami­cale des repas. Jésus a vou­lu que son corps livré et son sang ver­sé nous soient tou­jours pré­sents, mais il a choi­si pour cela de nous offrir du pain à man­ger et du vin à boire, des élé­ments fami­liers qui nour­rissent notre chair et réjouissent nos fêtes. Il n’y a plus d’autre sacri­fice que ce joyeux repas où le Christ s’offre à nous.

Á force de la refaire, nous pre­nons le risque de ne plus en être éblouis. C’est pour­tant pro­pre­ment éblouis­sant : Je suis là debout dans ma vie d’homme, je prends le pain dans mes mains et je le mange, puis je porte la coupe à mes lèvres, et ma chair est atteinte par la chair du Christ. Dans mon corps où la mort fait impla­ca­ble­ment son oeuvre, la vie du Christ me sou­lève jusqu’à l’irradiation de sa chair trans­fi­gu­rée.

C’est aus­si pour­quoi nous pou­vons dire que nous fai­sons ici mémoire d’un ave­nir. « Nous rap­pe­lons ta mort, Seigneur, nous célé­brons ta résur­rec­tion, et nous atten­dons que tu viennes. » Nous sommes ici en pèle­rins, en nomades, en exode vers une terre de pro­messe. Nous pre­nons des forces pour aller vers l’avenir de notre vie dont nous ne connais­sons ni la durée ni les heurs et les mal­heurs. La vie nous pousse tou­jours en avant, jusqu’à la fin. Elle pousse les plus jeunes à faire vivre ceux qui pour­sui­vront la route après nous. Et l’eucharistie nous lance dans la vie qui ne connaî­tra pas de fin. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang vivra éter­nel­le­ment. »

Voilà la grande béné­dic­tion, la bonne et belle parole que le Christ nous confie de la part du Père. Á nous de la lui rendre, de lui dire les belles paroles que nos cœurs font sourdre dans l’intimité de la prière et dans la grande louange qui nous ras­semble.

Á nous aus­si d’aller vers tous les autres avec la béné­dic­tion sur nos lèvres. Si nous pou­vions seule­ment rem­pla­cer nos manières banales de nous saluer en nous deman­dant si ça va par de belles paroles dans le sou­rire, des paroles du cœur, des paroles qui ouvrent à la vie et au monde. Essayez donc de vous les dire les uns aux autres, et que l’Esprit vous les ins­pire.

fr. Bernard

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