homélie de pentecôte - 2016

Homélie de Pentecôte, 15 mai 2016

Homélie de Pentecôte, 15 mai 2016.

La litur­gie de ce jour de fête nous gra­ti­fie d’un choix de lec­tures par­ti­cu­liè­re­ment riche pour nous ini­tier au mys­tère de la Pentecôte. C’est bien nor­mal, puisque « Pentecôte » est un terme grec (pen­te­cos­ta) qui se tra­duit par « le 50e jour », le chiffre 50 étant, pour la Bible, le chiffre sym­bo­lique de l’ACCOMPLISSEMENT, de la tota­li­té, du par­fait ACHÈVEMENT. Pentecôte : célé­bra­tion de l’accomplissement.
Rappelons‐nous que la litur­gie nous a mis en route depuis le 14 février, 1e dimanche du « Carême », un terme latin cette fois‐ci (qua­dra­gin­ta) pour une période de 40 jours, le chiffre 40 étant, pour la Bible, le chiffre sym­bo­lique du non‐accomplissement, de l’inachevé, de la marche pénible vers un but encore à atteindre, les 40 ans de la péré­gri­na­tion du Peuple hébreux au désert vers une Terre Promise, une terre où cou­le­raient le lait et le miel.
Tel est le sens du Carême chré­tien qui nous ache­mine à la célé­bra­tion de la Pâque du Christ, le mys­tère que la litur­gie devrait nor­ma­le­ment nous pré­sen­ter comme l’accomplissement de l’incarnation, l’achèvement de l’œuvre de la Rédemption.
Et pour­tant, dès le len­de­main de Pâques, la litur­gie nous a relan­cés dans une nou­velle qua­ran­taine qui a abou­ti au mys­tère de l’Ascension qui ne fut encore qu’une étape qui nous mène­rait, en l’espace de 10 jours, à la fête de ce jour, la fête du 50e jour, la fête du don de l’Esprit.
Ce long che­mi­ne­ment de ces 50 jours sym­bo­liques nous révèle que le don de l’Esprit ne fut pas évident pour les dis­ciples de Jésus des pre­mières années de la Foi chré­tienne.
Le récit dans l’évangile de S. Jean que nous venons de lire témoigne d’une évi­dence quelque peu naïve dans sa briè­ve­té même :
au soir du pre­mier jour de la semaine, Jésus res­sus­ci­té appa­raît à ses dis­ciples.
Il leur prouve que c’est bien lui, en leur mon­trant
ses mains et son côté trans­per­cés.
Il souffle sur eux en leur disant : « Recevez l’Esprit-Saint ».
Et il leur enjoint de par­tir en mis­sion, comme lui‐même
a été envoyé par son Père. Ce sera là comme une pre­mière Pentecôte.
Si ces paroles furent effec­ti­ve­ment pro­non­cées par le Ressuscité en l’an 30, elles ne furent cepen­dant pas trans­crites en sté­no­gra­phie. Elles nous sont ici rap­por­tées par l’évangéliste 50 ans plus tard, dans les années 80–85.
Par contre, nous avons enten­du en 1e lec­ture le récit des Actes des Apôtres écrits vers les années 90, qui nous rap­porte une Pentecôte tout à fait dif­fé­rente. Et à plu­sieurs titres :
. D’abord, Jésus n’est plus là. Il est entré dans le mys­tère de son Ascension et de son retour auprès du Père. Il a accom­pli son 50e jour.
. Ensuite, et par contre, Marie est pré­sente. Depuis le Golgotha, les évan­gé­listes ne l’ont plus men­tion­née, même pas au matin de Pâques. Ici, S. Luc la men­tionne quelques ver­sets plus haut. Et désor­mais, elle figu­re­ra au centre de toutes les icônes de Pentecôte, en tant que mère de l’Eglise nais­sante.
. Autre dif­fé­rence encore : la brève Pentecôte du matin de Pâques s’était dérou­lée dans le silence de l’incognito des seuls dis­ciples, tan­dis qu’ici l’événement est fran­che­ment public, et l’écrivain sacré ne relate plus un fait jour­na­lis­ti­que­ment his­to­rique. Il crée une fresque caté­ché­tique d’une grande force sym­bo­lique :
— Pentecôte de la Nouvelle Alliance, c’est l’accomplissement de la mani­fes­ta­tion, de la Théophanie du Dieu de la Première Alliance sur le mont Sinaï, à tra­vers le feu et le bruit d’un vent violent !
— Pentecôte chré­tienne, c’est éga­le­ment la res­tau­ra­tion de l’unité des peuples, qui avait été bri­sée par l’orgueil de la Tour de Babel et puni par la diver­si­té des langues. Ici, c’est la joyeuse stu­pé­fac­tion de ce que cha­cun entend les apôtres par­ler sa langue, propre (je les ai comp­tés) à 18 nations tota­le­ment dif­fé­rentes.
Mais où l’écrivain sacré a‐t‐il appris cette géo­gra­phie ? Tout sim­ple­ment parce que, écri­vant dans les années 90, càd +- 60 ans après Jésus, les apôtres et S. Paul et ses com­pa­gnons ont sillon­né les pays du bas­sin médi­ter­ra­néen, créant l’Eglise uni­ver­selle par l’incontestable puis­sance de l’Esprit. Une pen­te­côte qui avait pris de la bou­teille en 60 ans !

Il nous reste, mais briè­ve­ment, à faire hon­neur à la 3e lec­ture pro­po­sée par la litur­gie, celle de la 1e lettre de S. Paul aux Corinthiens.
Elle n’est pas par­ti­cu­liè­re­ment typique d’une approche du Mystère de Pentecôte : on la retrouve citée en de nom­breuses et diverses occa­sions. Nous devons la lire, aujourd’hui, comme un des fruits les plus impor­tants de l’Esprit-Saint, à savoir le mys­tère de l’Eglise comme com­mu­nau­té de spi­ri­tuels. Nous sommes ici des spi­ri­tuels par la grâce de notre bap­tême qui nous invite et nous rend capable d’être, dans notre monde le plus proche et pour le monde le plus loin­tain, des femmes et des hommes d’Unité, uni­fiés en notre être propre, et ser­vi­teurs de l’unification du genre humain, dans le res­pect de tous, qu’ils soient juifs, musul­mans, agnos­tiques, athées, esclaves ou libres, en tant qu’ils sont tous des­ti­nés à ne faire plus qu’un seul Corps dans un même Esprit‐Saint. En fait, Pentecôte est un pro­gramme et une pro­messe d’Amour uni­ver­sel. Mais cette mer­veilleuse aven­ture, pour par­ve­nir à son accom­plis­se­ment,
a bien besoin des 50 jours sym­bo­liques, sym­bo­liques des longs jours et années de nos vies quo­ti­diennes où il s’agit de lais­ser mûrir en nous et entre nous les fruits de l’Esprit — comme les évoque S. Paul — : la patience, la bon­té, la bien­veillance, la dou­ceur, la maî­trise de soi, la paix, la joie.
Nous sommes loin, ici, de la Pentecôte toni­truante du Sinaï et du Cénacle de Jérusalem. Mais ces images réveillent notre enthou­siasme, pour autant qu’elles n’entretiennent pas des illu­sions à‐bon‐marché.
Nous sommes aujourd’hui satu­rés de mots, de livres, de confé­rences, de DVD sur les mys­tères.
Le plus pro­fond, il faut le taire
ou le lon­ger sur la pointe des pieds.

fr. Dieudonné

Image : Le bap­tême du Christ (détail), le Tintoret, vers 1580, Chiesa di San Silvestro, Venice

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