Lc 12. 49-53

Dimanche 14 aout 2016. LC 12, 49–53

Demain, nous célé­bre­rons la fête de l’Assomption de la Vierge Marie. Dans l’évangile de ce jour, c’est Jésus qui nous livre l’intimité de son cœur et de sa prière : moment d’extase, de com­bat, d’appel à la com­pas­sion et même de détresse. Qu’exprime-t-il ? « Je suis venu appor­ter un feu sur la terre et comme je vou­drais qu’il soit déjà allu­mé ! Je dois rece­voir un bap­tême et comme il me coûte qu’il soit accom­pli ».

Quel est donc ce feu qui le brûle et que Paul Claudel com­mente en ces termes : « Je suis le Feu. Qui m’a tou­ché, il faut qu’il consente à brû­ler… ». Quel est ce bap­tême qu’il va tra­ver­ser par sa mort et sa résur­rec­tion ? Que révèlent pour nous ce feu appor­ter sur la terre et ce bap­tême plus fort que la mort ?

Selon les Rabbins, Abraham peut être com­pa­ré à un homme voya­geant de lieu en lieu qui aper­çut un palais en flamme (d’autres Rabbins parlent d’un palais de lumière). Abraham s’étonne et s’exclame : est‐il pos­sible que nul ne s’occupe de ce palais ? de ce monde en flamme ? (ou de ce monde de lumière ?). Le Maître du monde répon­dit à Abraham : « Je suis le pro­prié­taire de ce palais ». Et Abraham de répli­quer : « Est‐il conce­vable que ce monde n’ait pas de guide ? ». Le Dieu trois fois saint répon­dit : « Je suis le guide, le Souverain de ce monde ». Et c’est dans l’émerveillement, dans la lumière qu’Abraham com­men­ça sa quête de Dieu.

Voici quinze jours, le Pape François était à Cracovie pour les JMJ, près de 2 mil­lions et demi de jeunes et lors d’un che­min de croix, retra­çant les prin­ci­pales étapes de la Passion du Christ, il a repris la ques­tion de Jésus : « Où est Dieu ? » Cette ques­tion, il l’a éten­due aux fléaux contem­po­rains. « Où est Dieu, a‐t‐il répé­té, si dans le monde il y a le mal, s’il y a des hommes qui ont faim, qui ont soif, sans toit, des dépla­cés, des réfu­giés ? Où est Dieu lorsque des per­sonnes inno­centes meurent à cause de la vio­lence, du ter­ro­risme, des guerres. Où est Dieu lorsque des enfants sont exploi­tés, humiliés…il existe tant d’interrogations aux­quelles il n’y a pas de réponses humaines ». Voici la réponse de Jésus : « Dieu est en eux, Il souffre en eux pro­fon­dé­ment iden­ti­fié à cha­cun. ».

Jésus désire ardem­ment que le feu habite les croyants, nous habite. Le peuple juif avait vécu l’expérience maté­rielle du feu. Le feu réchauffe, éclaire, puri­fie, occupe une place essen­tielle et en même temps l’homme n’a jamais pu le maî­tri­ser, force incon­trô­lable sous forme d’incendie, d’orage, d’éruption vol­ca­nique. Il demeure tou­jours mys­té­rieux et redou­table. Quand Moïse s’approche du buis­son ardent pour accueillir la nou­veau­té de Dieu, il est appe­lé à lais­ser là ses san­dales, à entendre le Dieu trois fois saint qui se révèle et qui voit la misère de son peuple.

Le feu dont parle Jésus est celui de son com­bat inté­rieur et de l’énergie divine qui l’habite. Ce feu n’est pas un feu ven­geur, c’est le feu des épreuves qu’il tra­verse habi­té par l’Esprit-Saint. Cet Esprit repose sur Jésus au moment de son bap­tême ; il l’accompagne ensuite au désert où il est ten­té.

Les épreuves qu’il tra­verse sont aus­si les nôtres. Le feu qu’il aspire voir brû­ler sur terre est celui de la Pentecôte, de la pré­sence de l’Esprit Saint à nos côtés. Ce feu implique le pas­sage par la souf­france, la mort sur la croix, la Résurrection.

A Gethsémani, comme sur la Croix, les gémis­se­ments de Jésus rejoignent ceux de toute la créa­tion et de notre huma­ni­té en souf­france. A nous d’être ses témoins, sa pré­sence dans ce monde en feu et d’y appor­ter la lumière de l’espérance. Le bap­tême dont il nous parle est le mys­tère de sa mort et de sa Résurrection, che­min d’espérance et d’avenir.

Nous, chré­tiens, nous avons reçu ce bap­tême dans le feu et l’Esprit saint à la Pentecôte. « C’est une force qui tom­ba sur eux » décrit St Luc. Cette force nous est don­née pour tra­ver­ser les épreuves de la vie et témoi­gner de la Lumière du Christ. Le monde est‐il un palais en feu ou un palais de lumière ? Bien sûr, qu’il brûle, mais il nous est deman­dé de gar­der en nous cette espé­rance lumi­neuse pour laquelle Jésus a fait don de sa propre vie. Peut‐être nos cœurs sont‐ils asphyxiés par la fumée ?

Teilhard de Chardin, dans les tran­chées de la guerre 1914–1918 a vu dans ce ven­dre­di saint de l’histoire l’empreinte en creux de la Résurrection. Soljenitsyne, devant la des­truc­tion des monas­tères par Staline, écrit : quand les monas­tères dis­pa­raissent, les bagnes s’ouvrent à des inno­cents dont cer­tains se trans­forment en moines.

Avec le sou­tien du feu de l’Esprit saint, par notre bap­tême, notre foi en Jésus Christ, nous sommes appe­lés à brû­ler de com­pas­sion au plus pro­fond de notre être, nous sommes appe­lés certes à regar­der le monde en flamme, mais sur­tout à y appor­ter l’espérance lumi­neuse d’un ave­nir pour ceux et celles qui nous entourent, pour les plus jeunes. Le Pape François s’inscrit dans cette ligne de luttes, d’épreuves à tra­ver­ser, de com­pas­sion et d’amour.

Jésus, ayant aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’au bout. Il leur par­tage le pain et le vin, signe de son corps et de son sang livré pour nous. Que l’eucharistie de ce jour allume en nous le feu de l’Esprit et nous donne de vivre plei­ne­ment notre bap­tême, signe d’espérance confiante, de sa Résurrection et de la nôtre.

Dans notre monde en souf­france, des femmes, des hommes deviennent des arti­sans de paix, de fra­ter­ni­té, de jus­tice. Souvent, ils risquent leur place, leur sécu­ri­té, leur vie même. Ils sont habi­tés par une éner­gie qui vient d’ailleurs. Le souffle divin est là qui les pro­tège et qui trans­forme le monde à tra­vers leurs enga­ge­ments. Vie et mort ; ténèbres et lumière telles sont bien les choix et les divi­sions que Jésus nous révèle et qui nous conduisent à d’autres dimen­sions de la paix.

En ce jour, Jésus nous par­tage l’intime de ses convic­tions. C’est un moment rare dans sa vie. « Je suis venu appor­ter le feu sur la terre et comme je vou­drais qu’il soit déjà allu­mé. Je dois rece­voir un bap­tême et comme il m’en coûte qu’il soit accom­pli ». En écho, l’expérience de Jérémie le conduit au bord de la mort, sau­vé par un Ethiopien. A leur tour, les chants nous invitent à cou­rir avec endu­rance l’épreuve qui nous est pro­po­sée. Que ferons‐nous ?

Confions au Seigneur de nos vies ce qui nous est deman­dé. Que son Esprit sou­tienne notre fai­blesse et nous ouvre sa misé­ri­corde.

fr. Martin

Peinture de Jules BRETON (1827–1906), Le feu de la Saint‐Jean, 1891

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