La foi comme une graine de moutarde. 27è TO. C

Homélie du dimanche 3 octobre 2016

27ème dimanche du Temps Ordinaire — Année C

La foi comme une graine de moutarde

Lc 17,5–10

Notre évan­gile de ce jour com­mence par une prière : « Augmente en nous la foi ». Cette demande, — qui n’est pas vrai­ment une prière au sens fort du mot, elle n’en a pas la forme, — nous paraît cepen­dant heu­reuse et sin­cère. Elle semble ani­mée par l’humilité des Apôtres qui recon­naissent leur peu de foi, et nous-mêmes, nous en fai­sons autant : nous nous sen­tons sou­vent faibles dans la foi conçue comme une force, une éner­gie pour accom­plir les lourds com­man­de­ments de l’amour du pro­chain. Très volon­tiers alors, nous nous tour­nons vers le Christ pour lui deman­der de « faire gran­dir notre foi ». Jusque-là, c’est bien, c’est très ras­su­rant.

Main­te­nant, obser­vons bien la réponse de Jésus à ses chers dis­ciples : il ignore car­ré­ment leur demande, celle d’aug­men­ter leur foi, et il leur répond en termes dif­fé­rents, en chan­geant de registre. « Si vous aviez de la foi grande comme une graine de mou­tarde » — lais­sons tom­ber la suite, — le sous-entendu est celui-ci : la vraie foi, celle que moi je vous l’ai ensei­gnée, vous n’en avez pas !, c’est donc inutile de me deman­der de l’augmenter en vous ! Et il ajoute ceci : si vous en aviez de celle-là, ne fût-ce qu’un seul grain, vous pour­riez faire l’impossible, par exemple, plan­ter un arbre dans la mer, car il n’y a rien de plus dif­fi­cile que de mettre un arbre, qui sym­bo­lise la vie flo­ris­sante, au milieu de la mer qui englou­tit tout, et qui est le grand sym­bole du mal dans la tra­di­tion juive.

En d’autres termes, la foi n’est pas vrai­ment ce que les Apôtres pensent qu’elle est lorsqu’ils demandent de l’augmenter. Elle n’est pas une affaire de force, d’énergie, de puis­sance qui per­met­trait de réa­li­ser des choses fan­tas­tiques, miro­bo­lantes, des choses qui feraient de nous des héros. Nous connais­sons tous suf­fi­sam­ment les évan­giles pour savoir qu’ils contiennent plu­sieurs de ces petites his­toires où l’un ou l’autre Apôtre avait rêvé d’un ave­nir glo­rieux. Les saints, eux aus­si, ne sont pas des êtres excep­tion­nels qui auraient accom­pli des choses extra­or­di­naires, du moins pas tous, loin de là. Si vous avez encore cette idée-là, je vous sug­gère de l’abandonner le plus vite pos­sible. L’obstacle dif­fi­cile à sur­mon­ter est que sou­vent les hagio­graphes, ceux qui écrivent la vie des saints, en rajoutent presque tou­jours ; et celui de saint Benoît, saint Athanase, en est un exemple clas­sique : il attri­bue à Benoît toute un série de miracles qui sont dif­fi­ciles à gober, sinon en les rat­ta­chant à des miracles que des saints pres­ti­gieux de l’A.T. ont accom­plis. Le mieux encore, pour vous convaincre du contraire est de regar­der la vie des saints modernes : Thérèse de Lisieux, Jean XXIII, Jean-Paul II, Mère Teresa de Calcutta, l’abbé Pierre j’ajouterais très volon­tiers.

La suite du texte qui fait l’éloge de l’homme ordi­naire dans la per­sonne de ce « simple » ser­vi­teur qui a obéi aux ordres de son maître en le ser­vant après avoir tri­mé dans les champs sous une forte cha­leur, elle confirme notre manière de com­prendre cet évan­gile comme nous l’avons fait jusqu’ici : la foi telle que l’aime Jésus ne consiste pas à réa­li­ser des choses dif­fi­ciles qui feraient de nous des gens admi­rables. La nou­velle tra­duc­tion des textes litur­giques a très heu­reu­se­ment rem­pla­cé l’adjectif « inutile, ou quel­conque » par « simple ». Nous sommes « des simples ser­vi­teurs » qui n’avons fait que notre devoir ».

J’aime le petit texte repro­duit dans le Missel des dimanches. Il est signé d’une reli­gieuse car­mé­lite qui parle ain­si à l’occasion de la cano­ni­sa­tion de Thérèse de l’Enfant-Jésus : « Je crois bien que c’est la pre­mière fois qu’on cano­nise une sainte qui n’a rien fait d’extraordinaire : ni extases, ni révé­la­tions, ni mor­ti­fi­ca­tions … Toute sa vie se résume en un seul mot : elle a aimé le Bon Dieu dans toutes les petites actions ordi­naires de la vie com­mune, les accom­plis­sant avec une grande fidé­li­té. Elle avait tou­jours une grande séré­ni­té d’âme dans la souf­france comme dans la jouis­sance, parce qu’elle pre­nait toutes choses comme venant de la part du Bon Dieu ».

A tra­vers ce texte, je vou­drais répondre aus­si à la ques­tion res­tée en sus­pens : si la foi n’est pas cette force qui me per­met­trait de réa­li­ser de grandes choses, alors c’est quoi ? La car­mé­lite nous le dit sim­ple­ment avec ses mots : prendre toutes choses comme venant de la part du Bon Dieu. La foi est un don que nous avons à rece­voir et non pas quelque chose à prendre. Elle est de l’ordre du qua­li­ta­tif ; on ne peut pas l’augmenter ; il suf­fit d’en avoir, même un tout petit peu.

Recevons chaque jour des mains de Dieu le pain quo­ti­dien qui nous ras­sa­sie. Tu es mère ou père de famille, fais tout ce qu’il faut pour que tes enfants croissent en force et en sagesse, pour que ton mari ou ton épouse soit heu­reux à la mai­son. Tu es moine, lève-toi chaque matin pour louer le Seigneur et rem­plis toutes tes obli­ga­tions et tes charges avec humi­li­té et avec zèle le mieux que tu peux. Tu es ser­vi­teur, fais tout ce qu’un ser­vi­teur doit faire. Ne te mesure pas aux autres, mais fais tout ce que tu dois faire. Voilà me semble-t-il ce que l’Evangile de ce jour nous enseigne. Les miracles que Jésus laisse entre­voir ne pro­viennent pas d’une foi déme­su­rée, mais seule­ment d’une foi véri­table en Dieu. Cette foi, nous devons la rece­voir. Si nous l’avons, elle fait de très grandes choses que les hommes peuvent admi­rer ou pas, cela n’a pas d’importance. Car c’est Dieu qui voit, c’est lui qui récom­pense.

« Bien-aimé, dit Paul à Timothée, ravive le don gra­tuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t’ai impo­sé les mains », depuis notre bap­tême, dirions-nous.

fr. Yves de Patoul

Photo : Vierge du bois de Clerlande, 2016
fr Thibaut

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