Peau d’arbre

Peau d'arbre

Qui laisse une trace laisse une plaie.
Henri Michaux

Peau d’arbre, Clerlande, 2 octobre 2016

” Nulle défaite ne m’a été épar­gnée. J’ai connu
Le goût amer de la sépa­ra­tion. Et l’oubli de l’ami
Et les veilles auprès du mou­rant. Et le retour
Vide, du cime­tière. Et le ter­rible regard de l’épouse
Abandonnée. Et l’âme enté­né­brée de l’étranger,
Mais rien n’obscurcira la beau­té de ce monde.

Ah ! On vou­lait me mettre à l’épreuve, détour­ner
Mes yeux d’ici-bas. On se deman­dait : « Résistera‐t‐il ? »
Ce qui m’était cher m’était arra­ché. Et des voiles
Sombres, recou­vraient les jar­dins à mon approche
La femme aimée tour­nait de loin sa face aveugle
Mais rien n’obscurcira la beau­té de ce monde.

Je savais qu’en des­sous il y avait des contours tendres,
La char­rue dans le champ comme un soleil levant,
Félicité, rivière gla­cée, qui au prin­temps
S’éveille et les voix chantent dans le marbre
En haut des pro­mon­toires flotte le pavillon du vent
Rien n’obscurcira la beau­té de ce monde.

Allons ! Il faut tenir bon. Car on veut nous trom­per,
Si l’on se donne au désar­roi on est per­du.
Chaque tris­tesse est là pour cou­vrir un miracle.

Un rideau que l’on baisse sur le jour écla­tant,
Rappelle‐toi les douces ren­contres, les ser­ments,
Car rien n’obscurcira la beau­té de ce monde.

Il fau­dra jeter bas le masque de la dou­leur,
Et annon­cer le temps de l’homme, la bon­té,
Et les contrées du rire et la quié­tude
Joyeux nous mar­che­rons vers la der­nière épreuve
Le front dans la clar­té, liba­tion de l’espoir,
Rien n’obscurcira la beau­té de ce monde. ”

Ilarie Voronca (1903–1946)
extrait de : Beauté de ce monde, 1940

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2 réflexions sur « Peau d’arbre »

  1. Cette éton­nante pho­to pleine de sens devant laquelle on pour­rait médi­ter sans fin…
    Un poète que je ne connais­sais pas : un texte plein de sen­si­bi­li­té qui me touche beau­coup, un chant de foi dans l’incertitude et l’épreuve, la beau­té qui sauve quand on peut l’accueillir et ne pas lais­ser à la dou­leur toute la place.
    Et pour­tant à la fin, le roseau va se briser…que de ques­tions !
    mer­ci frère Thibaut

    1. Je pense quel­que­fois que toute la ter­rible beau­té de la nature et des hommes — dont cha­cun de nous est un témoin par­ti­cu­lier, mais aus­si un acteur — est en elle‐même comme une ques­tion dres­sée vers le ciel, qui contient secrè­te­ment sa réponse, infi­ni­ment répé­tée dans le silence de notre attente et de notre espé­rance.
      Merci pour votre mot.

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