Homélie du dimanche 27 novembre 2016

1e dimanche de l’Avent

Homélie du dimanche 27 novembre 2016

D’abord, quelques rap­pels his­to­riques pour situer cette page d’évangile. Jésus meurt cru­ci­fié, très vrai­sem­bla­ble­ment en l’an 30, la veille de la Pâque juive.

La Palestine est sous l’occupation romaine qui, fati­guée de la résis­tance opi­niâtre des Juifs, décide la des­truc­tion du Temple par Titus en 70, et la per­sé­cu­tion sys­té­ma­tique des Juifs. Cette véri­table catas­trophe, Jésus a pu la pré­voir et se rap­pe­ler les anciens oracles des pro­phètes qui l’avaient annon­cée.

Lorsque Matthieu écrit son évan­gile, vers les années 80, il connaît la des­truc­tion du Temple sur­ve­nue 10 ans avant, mais 50 ans le séparent de Jésus, de sa pré­di­ca­tion et de sa mort. Par contre, il est témoin d’une autre grande épreuve, celle de la per­sé­cu­tion des pre­miers chré­tiens, déci­dée par l’empereur romain Néron. La vio­lence de cette per­sé­cu­tion met à l’épreuve la conver­sion et la fidé­li­té de cer­tains chré­tiens qui se laissent gagner par la peur d’être jetés aux lions du cirque, et qui pré­fèrent col­la­bo­rer avec le pou­voir romain. Les familles se laissent atteindre par le chancre de la dénon­cia­tion qui a tou­jours sévi et a sévi encore dans les régimes tota­li­taires, sta­li­nien, nazi, et sévit aujourd’hui dans les pays‐de‐la‐terreur du Moyen‐Orient. La déla­tion s’installe au sein des familles : père contre fils et fils contre père, belle‐mère contre beau‐fils, beau‐fils contre belle‐mère, etc. Plus aucun lien n’est alors sacré. C’est l’œuvre du men­teur, du Malin, du diable.

Or, et comme si nous n’en avions pas encore assez avec nos médias écrits, par­lés et télé­vi­sés, voi­ci que la litur­gie s’y met éga­le­ment pour nous secouer par des images que nous appe­lons com­mu­né­ment apo­ca­lyp­tiques, déjà lors des der­niers dimanches de l’année, mais encore en ce 1e dimanche de l’Avent. Ce beau temps de l’Avent qui nous mène­ra aux pieds de notre Sauveur en la per­sonne d’un enfant pai­sible et lumi­neux nous est annon­cé comme un voleur qui, dans la nuit, va per­cer le mur de nos mai­sons, sans nous aver­tir bien sûr. Dès lors, vivons sur le « qui vive » et « sauve qui peut ».

Il m’a sem­blé utile de don­ner le contexte de cet évan­gile décon­cer­tant pour notre culture moderne afin de ne pas nous conten­ter d’être décoif­fés durant un rapide ins­tant pour ensuite cher­cher d’autres textes qui rejoin­draient mieux notre vécu quo­ti­dien.

Dans les réflexions qui vont suivre, je vais essayer de res­ter au plus près du mes­sage ori­gi­nel de ce 1e dimanche de l’Avent. Ces réflexions me sont per­son­nelles. Je vous les par­tage en confiance. Et d’abord, essayons de dis­si­per le brouillard qui entoure l’idée de la fin des temps dans son cli­mat de peur. En fait, la fin des temps, si jamais elle arrive, nous esti­mons rai­son­na­ble­ment qu’elle ne sera pas pour nous. Bien que l’histoire de l’humanité ait connu des époques han­tées par la peur d’un cata­clysme final pro­chain, tel ne semble pas être le sou­ci pré­pon­dé­rant de la nôtre. Notre époque rêve plu­tôt de pro­jets illi­mi­tés et non de catas­trophes qui arrê­te­raient tout. Le sur­saut éco­lo­gique est une pro­messe de sau­ve­garde de notre pla­nète plu­tôt qu’une pro­phé­tie de des­truc­tion. Et nous y tra­vaillons tous. De plus, notre connais­sance de l’univers — dont nous sommes à peine un grain de sable — et qui est en expan­sion constante ne per­met d’envisager la fin des temps qu’après quelques mil­liards d’années. Une pure abs­trac­tion pour notre manière de vivre.

Mais sur­git alors la ques­tion de savoir s’il y a encore quelque chose ou quelqu’un qui puisse ou doive por­ter un juge­ment sur la valeur de nos actes. Comme au temps de Noé, pouvons‐nous boire, man­ger, nous marier n’importe com­ment, pro­créer la vie ou mettre fin à la vie de manière incon­si­dé­rée, tenir compte ou non de l’autre, des autres, uni­que­ment selon notre re‐senti épi­der­mique.

Notre réponse à cette ques­tion, nous les Chrétiens, dépend de notre rela­tion per­son­nelle au Christ Jésus vivant. Je parle ici dans une assem­blée où toutes les per­sonnes font l’expérience de la pré­sence de Jésus, non pas d’un Jésus voleur et qui fait peur, ni d’un juge qui pèse nos actes, mais d’un Jésus Ami qui, selon l’Apocalypse, frappe dis­crè­te­ment à ma porte pour s’inviter à trou­ver place à ma table , où je mange avec lui et lui avec moi dans un com­pa­gnon­nage lumi­neux où mon « Sauveur‐qui‐vient » me révèle à moi‐même, dans ma digni­té d’homme libre qui suis seul à juger de mes actes.

Dans sa Lettre aux Romains que nous avons lue, St Paul ne s’encombre pas des images apo­ca­lyp­tiques. Pour lui, la venue du Christ se recon­naît là où la lumière est vic­to­rieuse des ténèbres : « La nuit est bien­tôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les acti­vi­tés des ténèbres, revêtons‐nous pour le com­bat de la lumière ». Selon lui, on recon­naît les dis­ciples de Jésus comme des gens qui vivent tou­jours comme en plein jour, c’est-à-dire menant une vie hon­nête en ne don­nant pas prise au Prince des ténèbres dans des ripailles, beu­ve­ries, orgies et débauche, mais en vivant l’amour de cha­ri­té fra­ter­nelle sans dis­pute ni jalou­sie. En fait, c’est dans le vivre‐ensemble de l’Eglise que se mani­feste d’abord la venue du Seigneur. Une Eglise lar­ge­ment ouverte au monde, car il y a là des venues du Christ qu’il ne faut pas rater. D’ailleurs, c’est éga­le­ment dans cet esprit d’accueil des autres que St Matthieu signe son évan­gile au cha­pitre 25 : ceux qui rece­vront en par­tage le Royaume à venir sont ceux qui auront don­né à man­ger à l’affamé, à boire à l’assoiffé, l’accueil à l’étranger, le vête­ment à celui qui est nu, offert la visite et le sou­tien au malade et au pri­son­nier.

Le jour de l’Ascension, les anges disent aux Apôtres : « Hommes de Galilée, pour­quoi restez‐vous là à regar­der vers le ciel ? Celui que vous avez vu mon­ter des­cen­dra de la même manière aux jours de sa venue ». N’attendons donc pas la fin hypo­thé­tique de la pla­nète.

Jésus vient aujourd’hui. L’Eucharistie l’atteste.

Rendons grâce. Amen.

fr. Dieudonné

Illustration : bas‐reliefs de l’arc de Titus  (Rome)

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